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· Julien   Lepage

Le quiz en vrac
Thomas Baronnet et Cyril Leulier
2017

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Illustration de critique : Le quiz en vrac
Il y a des chaînes YouTube qu'on a aimées comme on aime un groupe de rock avant qu'il ne se sépare : intensément, bêtement, avec la certitude que ça durera. Studio Vrac était de celles-là. Thomas Baronnet et Cyril Leulier, deux copains amiénois au sens de l'humour impeccablement régressif, avaient trouvé une formule aussi simple qu'efficace : l'énigmatique Monsieur Esclave débarque, propose un quiz, et le perdant écope d'un gage. Voilà. C'est tout. Et c'était tordant. Entre la mauvaise foi permanente de Cyril et la triche à peine dissimulée de Thomas, chaque vidéo était une petite fête. On pense à ces sketchs des Monty Python où la bêtise assumée devient, par alchimie mystérieuse, quelque chose de presque sublime. Sauf qu'en 2026, la chaîne ressemble davantage à une ville fantôme : la dernière vidéo date de deux ans, et celle d'avant… de six. Autant dire que le souvenir qu'on en garde est plus vif que la réalité actuelle.

C'est dans ce contexte d'amour intact, mais orphelin que débarque, en 2017, Le quiz en vrac, édité par 404 Éditions, le spécialiste des objets culturels geek, à qui l'on doit notamment de nombreux livres et coffrets autour de la pop culture. L'idée de transposer l'esprit de Studio Vrac en jeu de société avait tout d'une bonne intuition. Les fans étaient là, l'univers était posé, et le quiz, comme format, se prête naturellement à la table. Avec 250 questions et 120 défis couvrant les séries télé, le cinéma, les jeux vidéo, les mangas et la BD, le contenu sur le papier est solide. Les questions convoquent aussi bien l'univers Marvel que la saga Dragon ball, et le livret qui accompagne le jeu prend la peine de détailler chaque réponse : une attention appréciable, et rare dans le genre.

Mécaniquement, le jeu s'adresse à quatre joueurs ou plus, à partir de 14 ans, pour des parties d'une vingtaine de minutes. Chaque équipe choisit un personnage parmi quatre, chacun doté d'un pouvoir spécifique inspiré des protagonistes de la chaîne. Les joueurs lancent le dé, avancent sur le plateau, et répondent aux questions piochées selon la case sur laquelle ils tombent. Une bonne réponse permet de relancer le dé et de continuer à avancer. Des cases spéciales déclenchent des défis ou des duels. Le but : atteindre l'arrivée en accumulant un maximum de points grâce à un système de jetons.

Voilà pour la théorie. En pratique, c'est là que les choses se gâtent, doucement, proprement, sans drame, mais avec une régularité de métronome. Les pouvoirs des personnages, censés injecter un peu de l'ADN de Studio Vrac dans la mécanique, sont à double tranchant : bien pensés sur le papier, ils cassent le rythme en jeu, transformant chaque activation en une micro-interruption qui refroidit l'ambiance plutôt qu'elle ne l'anime. Ce qu'on admirait chez Thomas et Cyril, c'était précisément leur naturel, leur spontanéité : des qualités qui se traduisent très mal dans un système de règles figées.

Et c'est bien là le problème fondamental : une fois qu'on a retiré le vernis geek et les références à la chaîne, il ne reste qu'un jeu de l'oie. Un jeu de l'oie avec de bonnes questions, certes, mais un jeu de l'oie quand même… dans un marché où Time's up, Concept ou Skull ont démontré depuis longtemps qu'on pouvait faire quelque chose d'original et d'entraînant avec peu de moyens et beaucoup d'idées. La question que les deux compères auraient dû se poser (comment se démarquer dans un genre saturé ?) est restée sans réponse convaincante.

J'adorais Studio Vrac. J'avais envie que ce jeu soit à la hauteur de l'affection que j'avais pour la chaîne. Il ne l'est pas. Ce n'est ni catastrophique, ni mémorable, c'est juste décevant, ce qui est parfois pire. Dommage.
Ma note32%
Joué le 21 Février 2026


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