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· Julien   Lepage

Le rêve de Noël
Georges Méliès
1901

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Illustration de critique : Le rêve de Noël
Un court-métrage de cette époque provoque toujours une curiosité particulière : celle de regarder un laboratoire plus qu'une œuvre pleinement aboutie. Le rêve de Noël, signé par Georges Méliès, joue exactement ce rôle. Devant ce flot de tableaux successifs, on oscille entre admiration amusée et légère frustration, comme si ce rêve de fin de siècle tournait parfois à la démonstration appliquée.

La première partie, où Méliès incarne un magicien orchestrant l'expédition des jouets, capte l'œil par son énergie visuelle. La parade des poupées, menée par le personnage bouffon proche d'un Polichinelle, fonctionne comme une petite kermesse mécanique : ça grouille, ça s'agite, ça déborde de trouvailles artisanales. Pourtant, une impression étrange demeure : tout semble parfois tourner en rond, au sens littéral comme figuré, tant l'espace scénique reste frontal et tapissé de décors qui respirent peu.

L'épisode des toits enneigés et de la messe apporte un contraste bienvenu. On ne s'attend pas à une telle parenthèse quasi-documentaire chez Méliès. Le long plan du clocher qui sonne, inhabituellement posé, surprend par sa douceur. L'instant suspendu fonctionne presque mieux que les trucages, parce qu'il touche quelque chose d'humble, un geste intime plutôt qu'un spectacle. L'arrivée du mendiant, incarné encore par Méliès, renforce cette tonalité : une scène simple, presque naïve, mais sincère.

Le retour final dans la chambre des enfants clôt le film avec une logique théâtrale plus qu'émotionnelle. Les cadeaux près de la cheminée, les adultes qui entrent pour saluer les petits : tout est charmant, mais le rythme s'effiloche. Le dernier tableau, dans un paysage hivernal avec danseurs et arbre géant, cherche à rassembler tous les motifs dispersés… sans réussir à créer une synthèse réellement puissante. On admire le bricolage inventif, mais on ne ressent pas toujours l'élan d'émerveillement que ce type de féerie promet.

À force d'empiler des tableaux aux ambitions variées, du fantastique au religieux, du décor urbain au banquet, le film finit par ressembler à un coffre à jouets trop rempli : fascinant à explorer, un peu chaotique à regarder. L'éclectisme visuel, les costumes d'époques mélangées, les pigeons vivants côtoyant des cloches peintes, tout cela compose un ensemble aussi attachant qu'inégal.

Reste une curiosité stimulante : voir Méliès expérimenter, tenter de créer une continuité à travers des fondus, connecter des lieux disparate, chercher une circulation d'images plus fluide que dans ses numéros habituels. L'effort est perceptible, parfois réussi, parfois non. La copie incomplète dont on dispose, lacunaire et réarrangée, n'aide évidemment pas à évaluer l'œuvre telle qu'elle fut pensée.

Au final, le film garde un charme historique certain, un plaisir d'archéologie visuelle. Mais c'est moins un enchantement total qu'une promenade intéressante au cœur des hésitations d'un cinéma encore en train de s'inventer. Une féerie mi-séduisante, mi-empesée, qui fascine autant qu'elle laisse légèrement sur sa faim.
Ma note45%
Vu le 14 Avril 2015


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