Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

La revanche du vampire
Keith Martin
1995

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : La revanche du vampire
La revanche du vampire arrive en 1995 avec une promesse ambitieuse : rouvrir le cercueil d'un des grands méchants de la série Défis fantastiques. Derrière le pseudonyme Keith Martin se cache Carl Sargent, Gallois né en 1952, docteur en psychologie expérimentale de Cambridge, spécialisé en parapsychologie ; ce qui, pour quelqu'un qui passe ses loisirs à écrire des histoires de vampires dans le Vieux Monde, relève d'une cohérence presque trop parfaite. Sargent a signé plusieurs volumes de la collection sous ce nom d'emprunt depuis la fin des années quatre-vingt, dont le très apprécié Le vampire du Château Noir en 1989. C'est d'ailleurs l'unique cas, dans toute l'histoire de la série, où un auteur autre que les créateurs Steve Jackson et Ian Livingstone se voit confier la suite directe de l'un de ses propres titres : un privilège mérité, une responsabilité lourde à porter.

Le tome 57 de la collection reprend exactement là où son prédécesseur nous avait laissés : le comte Heindrich, ce vampire seigneur que l'on croyait définitivement réduit en cendres, est de retour. Sa résurrection tient à un artefact, un cristal de sang, sorte d'Horcrux avant l'heure qui maintient sa force vitale hors de portée tant qu'on ne l'a pas détruit. Cette fois, l'aventure ne se déroule plus dans l'enceinte close d'un château gothique, mais s'étend à tout un pays, traversant monastères, auberges de campagne, manoirs maudits et cryptes souterraines. Le héros (qui n'est pas le même que dans le premier volume, le livre prend soin de le préciser) part à la poursuite du vampire après avoir été le témoin impuissant du meurtre du chasseur qui le traquait. C'est une enquête autant qu'une chasse : il faut collecter des informations, détruire des cercueils, rallier des alliés, déchiffrer des codes : le livre abuse d'un système cryptographique où les lettres d'un nom sont converties en chiffres selon leur rang dans l'alphabet, mécanique originale, mais qui finit par alourdir le rythme de lecture.

L'ambiance reste ce que Sargent sait faire : un horror gothique anglais, quelque part entre le cinéma Hammer et les premières heures du fantastique de genre, avec des vampires femelles, des goules en nombre, un comte aux statistiques de combat franchement intimidantes. Les illustrations de Martin McKenna, fidèle au poste depuis le premier opus, sont toujours au rendez-vous avec ce style sombre et expressif qui colle parfaitement à l'univers. La rejouabilité est réelle : plusieurs chemins mènent au combat final, on peut visiter les zones dans des ordres variés, et le livre conserve du premier tome un système de Points de Foi qui interagit avec les créatures non-mortes de manière intéressante. Les Points de Sang, nouveauté de cet opus, représentent la progression du joueur face au vampire : plus on détruit de cercueils et accumule d'informations, plus le Comte arrive affaibli au combat décisif. C'est une belle idée sur le papier.

Sauf que La revanche du vampire souffre d'un défaut structurel que ses admirateurs les plus honnêtes reconnaissent volontiers : l'expansion du terrain de jeu, qui était son ambition, devient aussi sa faiblesse. Le vampire du Château Noir se déroulait dans un château aux contours nets, facile à cartographier mentalement, cohérent dans son architecture narrative. Ici, la carte éclate en une demi-douzaine de lieux disparates difficiles à tenir en tête simultanément. Le livre perd en tension ce qu'il gagne en superficie. À cela s'ajoutent plusieurs erreurs de renvoi de paragraphes ; certaines bénignes, d'autres potentiellement fatales pour le joueur honnête qui ne consulte pas de solution externe. Pour un titre publié par Puffin Books à un stade avancé de la série, c'est un signe que la relecture éditoriale n'était plus ce qu'elle avait été. On rapporte d'ailleurs qu'un éditeur de chez Puffin avait jugé bon de corriger au Tipp-Ex certaines illustrations de McKenna représentant des filets de sang sur le décolleté d'une dame vampire ; ce qui dit quelque chose sur le rapport ambivalent de la maison à l'horreur qu'elle publiait.

Ce livre est le type même de la suite honorable, mais inégale. Les fondations sont solides, la mythologie du Comte Heindrich reste convaincante, et l'on sent que Sargent aime ce personnage et ce monde. Mais on est loin de l'efficacité ramassée du premier opus, et les amateurs du genre sauront que des livres de la collection comme Le sorcier de la montagne de feu ou même d'autres titres signés Keith Martin (Le voleur d'âmes notamment) proposent une expérience plus maîtrisée. La revanche du vampire, lui, demeure un plaisir de niche, réservé aux nostalgiques de la collection et aux chasseurs de raretés : le livre est resté difficile à trouver en anglais, atteignant des prix extravagants sur eBay, et sa version française chez Folio Junior n'est guère plus accessible. Cette rareté entretient peut-être une réputation légèrement supérieure à ce que le texte justifie vraiment.
Ma note62%
Lu le 13 Décembre 2008


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.