Le souffle des dieux
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Avec Bernard Werber, on sait à peu près ce qu'on va trouver avant même d'ouvrir le livre. C'est à la fois sa force et son problème. Depuis Les Fourmis en 1991, cet ancien journaliste scientifique a bâti un empire éditorial sur un principe simple et redoutablement efficace : prendre une idée philosophique démesurée, la vulgariser avec un sourire, et l'emballer dans une fiction grand public accessible à tous. Trente millions de lecteurs dans le monde ne peuvent pas avoir entièrement tort. Mais trente millions de lecteurs peuvent très bien se retrouver à lire la même chose en boucle sans trop s'en plaindre.
Le souffle des dieux, paru en octobre 2005, est le deuxième volet du « Cycle des dieux » — lui-même troisième arc narratif d'une « Pentalogie du ciel » commencée dix ans plus tôt avec Les thanatonautes. Autant dire qu'on est ici en territoire werbérien profond, avec tout ce que ça implique de fidélité au cahier des charges. Werber confie d'ailleurs sur son site avoir mis sept ans à concevoir l'ensemble de cette trilogie, et avoir commencé par en écrire la fin. L'image est belle. Le résultat, lui, est plus discutable.
L'intrigue reprend exactement là où Nous, les dieux s'était arrêtée. Michael Pinson, âme défunte devenue élève-dieu, continue de gérer son peuple d'hommes-dauphins dans le grand jeu d'Y, une simulation cosmique où des apprentis divinités font évoluer des civilisations entières comme on gère une partie de Civilization un vendredi soir. Cette fois, Michael accède à Zeus en personne, qui lui révèle une vérité vertigineuse : ce sont les hommes qui ont inventé les dieux, et non l'inverse. Zeus n'a fait que s'incarner dans le mythe que l'humanité lui avait taillé sur mesure. C'est le genre d'idée qui mérite un roman entier… ou qui aurait pu en mériter un bien meilleur. Autour de Michael gravitent Aphrodite (relation amoureuse aussi explosive qu'encombrante), Mata Hari (qui lui servira de boussole inattendue), son ami Raoul Razorback, et le mystérieux Déicide, tueur de dieux qui élimine ses concurrents à coup de foudre sans que personne ne comprenne vraiment ses motivations.
Sur le papier, tout ça est franchement séduisant. Le concept du jeu d'Y comme miroir de l'Histoire humaine est malin, et la relecture des mythologies grecques avec cette clef-là possède un vrai potentiel. Sauf que Werber ne résiste pas à la tentation de recycler. Son peuple d'hommes-dauphins rejoue, presque mot à mot, les grandes tragédies historiques de notre monde : bouc émissaire, persécution, élévation spirituelle… oui, cette communauté est une allégorie du peuple juif, auquel Werber appartient. Allégorie qui a la subtilité d'un tractopelle ! Les anti-dauphins sont bien entendu antidelphinidés : a-dolf… Oui, c'est lourd.
Le vrai problème du Souffle des dieux, c'est qu'il est un roman de milieu de trilogie, et qu'il assume ce rôle avec un peu trop de désinvolture. On avance, certes. On découvre Zeus, on entrevoit qu'il existe peut-être quelque chose au-dessus de lui, et on est invités à acheter le tome suivant. Mais entre les deux, on tourne. Les chapitres encyclopédiques (marque de fabrique werbérienne, souvent délicieux dans les premiers romans) commencent ici à sentir le remplissage. L'écriture, toujours aussi fluide et lisible, ne cherche à aucun moment à se dépasser. On est loin de l'ambition stylistique d'un Damasio qui, un an plus tôt avec La horde du Contrevent, prouvait que la SF française pouvait être aussi une littérature de langue. Chez Werber, la prose est un véhicule, jamais une destination.
Ce qui sauve le livre de l'ennui, c'est le plaisir coupable du concept. Il y a quelque chose d'irrésistible dans l'idée de voir Mata Hari, Georges Méliès et Marilyn Monroe jouer ensemble aux dieux apprentis. Et les coups de théâtre fonctionnent (Werber a un sens réel du cliffhanger, un instinct de conteur populaire qu'il ne faut pas sous-estimer).
Les amateurs de la saga liront Le souffle des dieux sans déplaisir, et passeront directement au troisième tome.
Le souffle des dieux, paru en octobre 2005, est le deuxième volet du « Cycle des dieux » — lui-même troisième arc narratif d'une « Pentalogie du ciel » commencée dix ans plus tôt avec Les thanatonautes. Autant dire qu'on est ici en territoire werbérien profond, avec tout ce que ça implique de fidélité au cahier des charges. Werber confie d'ailleurs sur son site avoir mis sept ans à concevoir l'ensemble de cette trilogie, et avoir commencé par en écrire la fin. L'image est belle. Le résultat, lui, est plus discutable.
L'intrigue reprend exactement là où Nous, les dieux s'était arrêtée. Michael Pinson, âme défunte devenue élève-dieu, continue de gérer son peuple d'hommes-dauphins dans le grand jeu d'Y, une simulation cosmique où des apprentis divinités font évoluer des civilisations entières comme on gère une partie de Civilization un vendredi soir. Cette fois, Michael accède à Zeus en personne, qui lui révèle une vérité vertigineuse : ce sont les hommes qui ont inventé les dieux, et non l'inverse. Zeus n'a fait que s'incarner dans le mythe que l'humanité lui avait taillé sur mesure. C'est le genre d'idée qui mérite un roman entier… ou qui aurait pu en mériter un bien meilleur. Autour de Michael gravitent Aphrodite (relation amoureuse aussi explosive qu'encombrante), Mata Hari (qui lui servira de boussole inattendue), son ami Raoul Razorback, et le mystérieux Déicide, tueur de dieux qui élimine ses concurrents à coup de foudre sans que personne ne comprenne vraiment ses motivations.
Sur le papier, tout ça est franchement séduisant. Le concept du jeu d'Y comme miroir de l'Histoire humaine est malin, et la relecture des mythologies grecques avec cette clef-là possède un vrai potentiel. Sauf que Werber ne résiste pas à la tentation de recycler. Son peuple d'hommes-dauphins rejoue, presque mot à mot, les grandes tragédies historiques de notre monde : bouc émissaire, persécution, élévation spirituelle… oui, cette communauté est une allégorie du peuple juif, auquel Werber appartient. Allégorie qui a la subtilité d'un tractopelle ! Les anti-dauphins sont bien entendu antidelphinidés : a-dolf… Oui, c'est lourd.
Le vrai problème du Souffle des dieux, c'est qu'il est un roman de milieu de trilogie, et qu'il assume ce rôle avec un peu trop de désinvolture. On avance, certes. On découvre Zeus, on entrevoit qu'il existe peut-être quelque chose au-dessus de lui, et on est invités à acheter le tome suivant. Mais entre les deux, on tourne. Les chapitres encyclopédiques (marque de fabrique werbérienne, souvent délicieux dans les premiers romans) commencent ici à sentir le remplissage. L'écriture, toujours aussi fluide et lisible, ne cherche à aucun moment à se dépasser. On est loin de l'ambition stylistique d'un Damasio qui, un an plus tôt avec La horde du Contrevent, prouvait que la SF française pouvait être aussi une littérature de langue. Chez Werber, la prose est un véhicule, jamais une destination.
Ce qui sauve le livre de l'ennui, c'est le plaisir coupable du concept. Il y a quelque chose d'irrésistible dans l'idée de voir Mata Hari, Georges Méliès et Marilyn Monroe jouer ensemble aux dieux apprentis. Et les coups de théâtre fonctionnent (Werber a un sens réel du cliffhanger, un instinct de conteur populaire qu'il ne faut pas sous-estimer).
Les amateurs de la saga liront Le souffle des dieux sans déplaisir, et passeront directement au troisième tome.
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