Les lyonnais
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Il y a, chez Olivier Marchal, un goût pour la nostalgie criminelle, pour cette mythologie des voyous d'antan qui respectaient encore une certaine forme d'éthique. Les Lyonnais s'inscrit dans cette lignée, poursuivant l'exploration d'un monde où le grand banditisme se conjuguait avec un code de l'honneur rigide, et où les truands finissaient toujours par se retrouver face à la police qui les traquait. Inspiré des mémoires d'Edmond Vidal, le film plonge dans l'histoire du célèbre gang qui a sévi dans les années 70, tout en s'inscrivant dans une trame contemporaine où les fantômes du passé finissent par rattraper leurs survivants.
L'intrigue suit Edmond Vidal, dit Momon, un ancien braqueur désormais rangé, qui aspire à une retraite paisible entourée de sa famille. Mais lorsque son vieil ami Serge Suttel est arrêté, il se retrouve à devoir choisir entre son passé et le présent qu'il s'est construit. À travers une série de flashbacks, le film retrace l'ascension et la chute du gang des Lyonnais, de leur premier vol de cerises jusqu'à leur démantèlement brutal en 1974. Mais l'amitié qui lie Momon et Serge est plus qu'un simple lien du passé : elle est un fil à la fois indestructible et toxique, qui menace d'emporter tout ce que Momon a tenté de bâtir en quittant la pègre.
Le scénario repose sur un équilibre entre cette plongée dans le passé et la tension d'un présent sous pression. Marchal sait raconter une histoire avec efficacité, sans chercher à surcomplexifier une narration qui reste limpide malgré ses nombreux allers-retours temporels. Pourtant, si la trame fonctionne, elle repose sur des archétypes déjà bien balisés : le vieux voyou fatigué, le frère d'armes incontrôlable, les flashbacks construits comme une fresque héroïsante d'un passé révolu. Il y a là une forme de romantisation qui, si elle fonctionne, ne renouvelle pas le genre. Le film n'a pas l'ambition d'un Mesrine, mais il manque peut-être d'une prise de distance qui aurait évité certains dialogues aux accents trop sentencieux.
Les personnages, eux, sont portés par une galerie d'acteurs qui savent incarner ces figures du grand banditisme avec crédibilité. Gérard Lanvin, impérial dans le rôle de Momon, donne à son personnage cette épaisseur nécessaire, cet homme usé par son propre passé, mais qui refuse de renier ce qu'il est. Face à lui, Tchéky Karyo incarne un Serge Suttel plus caricatural, plus brut, dont la présence magnétique peine parfois à masquer le manque de nuances dans l'écriture. Les seconds rôles sont solides, mais certains manquent de substance : on pense notamment aux personnages féminins, souvent relégués au second plan, comme Valeria Cavalli, qui incarne Janou, l'épouse de Momon. C'est un mal récurrent chez Marchal, qui construit ses univers à travers des hommes rugueux et des valeurs de fraternité virile, laissant peu de place aux contrepoints féminins.
Le film s'articule autour de thèmes chers à Marchal : la loyauté, l'honneur, la filiation. Il y a dans Les Lyonnais une volonté de rendre hommage à une époque où les truands se respectaient, où la parole donnée avait plus de valeur que l'argent. Mais cette vision, bien que séduisante, est aussi teintée d'une certaine naïveté : on peut se demander si ce romantisme du banditisme ne repose pas sur une image fantasmée plus que sur une réalité tangible. La question de la transmission est aussi au cœur du film : Momon tente de protéger sa famille de son passé, mais peut-on vraiment échapper à ce que l'on a été ? Le film ne tranche pas totalement, laissant cette interrogation ouverte.
Sur le plan technique, Marchal fait du Marchal. La photographie est léchée, souvent sombre, mais baignée de lumières crues, jouant sur des contrastes qui rappellent 36 quai des Orfèvres. Les scènes d'action sont bien menées, sans excès d'esbroufe, avec un souci du réalisme qui évite l'effet de surenchère. La bande-son est discrète, mais efficace, ponctuée de morceaux qui renforcent cette ambiance mélancolique et violente à la fois. On sent le soin apporté à la mise en scène, mais également une certaine répétition dans les motifs chers au réalisateur.
Côté performances, Lanvin trouve ici l'un de ses meilleurs rôles récents, avec une présence qui rappelle les grandes figures du polar français à la Lino Ventura. Il habite son personnage avec une intensité qui ne faiblit jamais. Karyo, malgré un rôle plus prévisible, apporte cette touche de brutalité nécessaire. Les autres comédiens, comme Dimitri Storoge ou Lionnel Astier, s'en sortent avec les honneurs, même si certains restent en retrait, écrasés par la figure centrale de Momon.
Au final, Les Lyonnais est un polar solide, porté par une mise en scène soignée et des acteurs investis. Il ne révolutionne pas le genre, mais s'inscrit avec cohérence dans la filmographie de Marchal. Ceux qui apprécient son style y trouveront leur compte, tandis que les autres pourront y voir une énième variation sur un même thème. Reste un film bien exécuté, qui sait capter une époque et une atmosphère, mais qui manque parfois de cette nuance qui aurait pu en faire une œuvre plus marquante.
L'intrigue suit Edmond Vidal, dit Momon, un ancien braqueur désormais rangé, qui aspire à une retraite paisible entourée de sa famille. Mais lorsque son vieil ami Serge Suttel est arrêté, il se retrouve à devoir choisir entre son passé et le présent qu'il s'est construit. À travers une série de flashbacks, le film retrace l'ascension et la chute du gang des Lyonnais, de leur premier vol de cerises jusqu'à leur démantèlement brutal en 1974. Mais l'amitié qui lie Momon et Serge est plus qu'un simple lien du passé : elle est un fil à la fois indestructible et toxique, qui menace d'emporter tout ce que Momon a tenté de bâtir en quittant la pègre.
Le scénario repose sur un équilibre entre cette plongée dans le passé et la tension d'un présent sous pression. Marchal sait raconter une histoire avec efficacité, sans chercher à surcomplexifier une narration qui reste limpide malgré ses nombreux allers-retours temporels. Pourtant, si la trame fonctionne, elle repose sur des archétypes déjà bien balisés : le vieux voyou fatigué, le frère d'armes incontrôlable, les flashbacks construits comme une fresque héroïsante d'un passé révolu. Il y a là une forme de romantisation qui, si elle fonctionne, ne renouvelle pas le genre. Le film n'a pas l'ambition d'un Mesrine, mais il manque peut-être d'une prise de distance qui aurait évité certains dialogues aux accents trop sentencieux.
Les personnages, eux, sont portés par une galerie d'acteurs qui savent incarner ces figures du grand banditisme avec crédibilité. Gérard Lanvin, impérial dans le rôle de Momon, donne à son personnage cette épaisseur nécessaire, cet homme usé par son propre passé, mais qui refuse de renier ce qu'il est. Face à lui, Tchéky Karyo incarne un Serge Suttel plus caricatural, plus brut, dont la présence magnétique peine parfois à masquer le manque de nuances dans l'écriture. Les seconds rôles sont solides, mais certains manquent de substance : on pense notamment aux personnages féminins, souvent relégués au second plan, comme Valeria Cavalli, qui incarne Janou, l'épouse de Momon. C'est un mal récurrent chez Marchal, qui construit ses univers à travers des hommes rugueux et des valeurs de fraternité virile, laissant peu de place aux contrepoints féminins.
Le film s'articule autour de thèmes chers à Marchal : la loyauté, l'honneur, la filiation. Il y a dans Les Lyonnais une volonté de rendre hommage à une époque où les truands se respectaient, où la parole donnée avait plus de valeur que l'argent. Mais cette vision, bien que séduisante, est aussi teintée d'une certaine naïveté : on peut se demander si ce romantisme du banditisme ne repose pas sur une image fantasmée plus que sur une réalité tangible. La question de la transmission est aussi au cœur du film : Momon tente de protéger sa famille de son passé, mais peut-on vraiment échapper à ce que l'on a été ? Le film ne tranche pas totalement, laissant cette interrogation ouverte.
Sur le plan technique, Marchal fait du Marchal. La photographie est léchée, souvent sombre, mais baignée de lumières crues, jouant sur des contrastes qui rappellent 36 quai des Orfèvres. Les scènes d'action sont bien menées, sans excès d'esbroufe, avec un souci du réalisme qui évite l'effet de surenchère. La bande-son est discrète, mais efficace, ponctuée de morceaux qui renforcent cette ambiance mélancolique et violente à la fois. On sent le soin apporté à la mise en scène, mais également une certaine répétition dans les motifs chers au réalisateur.
Côté performances, Lanvin trouve ici l'un de ses meilleurs rôles récents, avec une présence qui rappelle les grandes figures du polar français à la Lino Ventura. Il habite son personnage avec une intensité qui ne faiblit jamais. Karyo, malgré un rôle plus prévisible, apporte cette touche de brutalité nécessaire. Les autres comédiens, comme Dimitri Storoge ou Lionnel Astier, s'en sortent avec les honneurs, même si certains restent en retrait, écrasés par la figure centrale de Momon.
Au final, Les Lyonnais est un polar solide, porté par une mise en scène soignée et des acteurs investis. Il ne révolutionne pas le genre, mais s'inscrit avec cohérence dans la filmographie de Marchal. Ceux qui apprécient son style y trouveront leur compte, tandis que les autres pourront y voir une énième variation sur un même thème. Reste un film bien exécuté, qui sait capter une époque et une atmosphère, mais qui manque parfois de cette nuance qui aurait pu en faire une œuvre plus marquante.
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