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· Julien   Lepage

The mask
Chuck Russell
1994

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Illustration de critique : The mask
Sorti en 1994, The mask est une comédie fantastique réalisée par Chuck Russell, qui marque l'explosion de Jim Carrey en tant que star mondiale et révèle au passage Cameron Diaz dans son tout premier rôle. Adapté d'un comic book beaucoup plus sombre publié chez Dark Horse, le film prend une direction résolument plus légère, misant sur un humour cartoonesque et un rythme effréné qui s'inspire directement des œuvres de Tex Avery. À l'époque, le film a rencontré un énorme succès critique et public, ce qui a contribué à en faire un classique de la pop culture. Mais derrière cette façade de divertissement familial se cache une œuvre qui, avec le recul, a mal vieilli et repose sur une formule qui, dès le départ, montrait ses limites.

L'histoire suit Stanley Ipkiss, un employé de banque timide et malchanceux qui trouve un mystérieux masque conférant à celui qui le porte des pouvoirs surnaturels et une personnalité exubérante. Sous cette nouvelle identité, il devient une version vivante des cartoons qu'il admire, ce qui lui permet de s'imposer dans un monde qui lui marche dessus. Mais ce pouvoir attire aussi la convoitise du gangster Dorian Tyrell, qui cherche à s'emparer du masque pour asseoir son emprise criminelle sur la ville. S'ensuit une série de péripéties où notre héros devra naviguer entre sa nature profonde et la tentation d'abuser de son alter ego survolté.

Sur le papier, l'idée est prometteuse : explorer ce que nous cacherions derrière un masque si nous pouvions révéler nos désirs les plus profonds, une thématique qui aurait pu donner lieu à une réflexion plus poussée sur la dualité et le contrôle de soi. Mais The mask se contente d'utiliser ce concept comme un prétexte pour enchaîner des gags bruyants et surexploiter les capacités élastiques de Jim Carrey. Le scénario, ultra-simpliste, repose essentiellement sur un enchaînement de situations prévisibles où tout est traité avec une légèreté qui frôle l'insulte à l'intelligence du spectateur. On devine rapidement que les scénaristes n'ont jamais cherché à dépasser le simple postulat de base : un type maladroit devient un dieu du cartoon, et puis basta.

Les personnages, eux, sont d'une superficialité déconcertante. Stanley Ipkiss est l'archétype du loser sympathique, mais sans véritable évolution ni profondeur psychologique. Il n'apprend rien de son aventure, si ce n'est qu'il doit s'affirmer, ce qui est d'une banalité affligeante. Dorian Tyrell, de son côté, est un méchant générique sans saveur, dont les motivations se résument à être méchant parce qu'il le faut bien. Et que dire de Tina Carlyle, jouée par une Cameron Diaz réduite à un rôle de potiche glamour ? Son personnage n'a absolument aucun impact sur l'histoire si ce n'est celui d'être l'objet de désir du héros, un cliché éculé qui ne fait que renforcer l'impression que le film n'a rien d'autre à offrir que du tape-à-l'œil.

Si le film avait voulu proposer un vrai propos sur la dualité et la transformation de l'identité, il aurait pu creuser davantage les implications du masque. À aucun moment on ne ressent la moindre tension dramatique ou réflexion sur les conséquences de son usage. Dans le comic original, le masque rendait ses porteurs instables, violents et incontrôlables, ce qui en faisait une métaphore bien plus intéressante de la libération des instincts refoulés. Mais ici, tout est aseptisé pour coller à un public familial, ce qui fait perdre tout impact à l'histoire.

Visuellement, il faut reconnaître que les effets spéciaux étaient impressionnants pour l'époque et traduisaient bien l'idée d'un cartoon en live-action. Mais là encore, le film s'enferme dans son concept et ne sait pas quoi en faire après avoir épuisé ses quelques idées. L'excès de gags grotesques et de gesticulations incontrôlées finit par lasser au bout d'une heure, et le rythme du film devient inégal, avec des scènes interminables qui ne servent qu'à combler un scénario déjà maigre. La mise en scène de Chuck Russell est fonctionnelle, mais ne cherche jamais à transcender son matériau, se contentant d'illustrer le cabotinage sans fin de son acteur principal.

Et parlons-en, justement, de Jim Carrey. Si on accepte qu'il est fait pour ce genre de rôle où il peut lâcher toute sa palette d'expressions faciales délirantes et d'exagérations corporelles, il n'en reste pas moins que son interprétation manque cruellement de nuances. Il ne joue pas Stanley Ipkiss, il joue Jim Carrey. Il en fait des tonnes à chaque scène, et ce qui pouvait paraître fascinant ou hilarant à l'époque devient, avec le recul, une démonstration fatigante d'un acteur qui prend trop de place et ne laisse aucun répit au spectateur. À force d'être dans l'excès permanent, le personnage du Mask en devient vite irritant au lieu d'être attachant.

L'humour, quant à lui, oscille entre des références aux cartoons classiques et des blagues qui ne volent pas plus haut que le niveau d'une cour de récréation. Là où les œuvres de Tex Avery avaient une inventivité sans limite et une capacité à détourner les codes avec brio, The mask se contente de recopier ces éléments sans jamais réussir à les transcender. Le comique de répétition finit par devenir un comique d'épuisement, et les scènes censées être drôles tombent à plat, car elles ne reposent sur rien d'autre qu'un acteur qui fait des grimaces.

The mask est un film qui, sous ses airs de divertissement délirant, ne tient pas la route une fois passée la nostalgie des premiers visionnages. Son humour infantilisant, son scénario inexistant et son absence totale de profondeur le rendent pénible à revoir, surtout en sachant ce qu'il aurait pu être s'il avait exploité son potentiel autrement. Ce n'est pas tant un mauvais film qu'un film vide, une coquille creuse qui brille par ses effets spéciaux mais s'effondre dès qu'on gratte un peu. On comprend pourquoi il a marqué les esprits à sa sortie, mais on comprend encore mieux pourquoi il est aujourd'hui relégué au rang de relique kitsch du cinéma des années 90. Et dire qu'il y a eu une suite… mais là, c'est une autre histoire.
Ma note12%
Vu le 30 Décembre 2011


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