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· Julien   Lepage

Mémoire effacée
Joseph Ruben
2003

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Illustration de critique : Mémoire effacée
**Mémoire effacée**, réalisé par Joseph Ruben, repose sur un concept intrigant : que se passerait-il si tout ce que vous saviez sur votre vie était effacé, et si vous étiez la seule personne à vous souvenir de ce qui a disparu ? Avec une actrice aussi talentueuse que Julianne Moore en tête d'affiche et un scénario né d'un rêve du scénariste Gerald Di Pego, le film avait de quoi susciter curiosité et attentes. Et pourtant, malgré une idée de départ fascinante, le résultat final oscille entre le captivant et le décevant. Le film nous plonge dans la vie de Telly Paretta, une mère endeuillée par la perte de son fils dans un crash aérien. Le drame s'intensifie lorsque, du jour au lendemain, son entourage – y compris son mari – commence à nier l'existence de cet enfant. Alors que son psychiatre tente de lui faire accepter une réalité où son fils n'a jamais existé, Telly découvre qu'elle n'est pas seule dans cette folie apparente. Aidée par Ash, un homme qui finit par se souvenir de sa propre fille disparue, elle lutte pour conserver ses souvenirs tout en se heurtant à des forces obscures qui tentent de l'effacer, au sens propre comme au figuré. Le début du film installe efficacement une atmosphère de mystère et de paranoïa. L'amnésie collective et le doute qui s'installent rappellent des intrigues propres à Dark City ou à certains épisodes de X-Files, où le spectateur est autant perdu que le protagoniste. Malheureusement, dès que le mystère commence à se dévoiler, le scénario perd de son souffle. Ce qui aurait pu être une réflexion captivante sur la mémoire et le deuil se transforme en une aventure pseudo-scientifique et, disons-le franchement, un peu absurde. Le grand "révélateur" – une expérience menée par des forces extraterrestres – est introduit de manière maladroite, laissant le spectateur perplexe plutôt qu'émerveillé. Les personnages, bien qu'intéressants, ne sont pas tous aussi développés qu'ils auraient pu l'être. Telly, incarnée par Julianne Moore, reste le pilier du film : une mère déterminée, dont la résilience est à la fois touchante et admirable. Ash, joué par Dominic West, apporte une dynamique intéressante en tant qu'allié réticent. Mais les personnages secondaires, comme le mari de Telly ou les agents gouvernementaux, manquent de profondeur et servent davantage de prétextes narratifs. Les dialogues, bien que corrects, flirtent parfois avec le cliché, en particulier lors des confrontations entre Telly et les figures d'autorité. Le film aborde des thèmes puissants, comme le deuil, l'importance des souvenirs, et la capacité d'un individu à résister à l'effacement de son identité. Ces sujets auraient pu être explorés avec plus de subtilité, mais l'accent mis sur le suspense et les effets spectaculaires prend souvent le pas sur une véritable réflexion émotionnelle. On sent une ambition d'offrir une parabole sur l'amour maternel indéfectible, mais le tout est noyé sous une intrigue qui se veut plus spectaculaire que signifiante. Visuellement, Joseph Ruben fait un excellent travail pour instaurer une ambiance froide et paranoïaque. Le choix de limiter la palette de couleurs pour refléter l'état émotionnel des personnages est une réussite. Les décors de New York, utilisés intelligemment, renforcent le sentiment de claustrophobie et d'isolation de Telly. Les effets spéciaux, bien que rares, sont mémorables – notamment cette scène où un personnage est littéralement aspiré dans le ciel. Cependant, ce genre de moment, aussi marquant soit-il, ne compense pas les faiblesses d'un scénario qui perd en cohérence à mesure qu'il progresse. L'interprétation des acteurs est sans doute l'un des points forts du film. Julianne Moore, comme à son habitude, livre une performance impeccable. Elle parvient à insuffler à Telly une intensité émotionnelle qui maintient le spectateur engagé, même lorsque le scénario vacille. Dominic West fait ce qu'il peut avec son rôle d'acolyte sceptique, tandis que Gary Sinise, dans un rôle plus secondaire, apporte un certain charisme à son personnage ambigu. Mais c'est bien Moore qui porte le film sur ses épaules, lui donnant une profondeur qu'il ne mérite pas toujours. En fin de compte, **Mémoire effacée** est un film qui frustre autant qu'il intrigue. Il commence fort, avec un mystère qui capte l'attention et une héroïne à laquelle on peut facilement s'attacher. Mais à force de vouloir trop en faire – des complots extraterrestres à des révélations improbables – il finit par se perdre. Si vous êtes un fan de X-Files ou que vous aimez les thrillers avec une touche de science-fiction, ce film peut valoir le détour, ne serait-ce que pour admirer la performance de Julianne Moore. Mais ne vous attendez pas à un chef-d'œuvre : ce n'est pas un film qu'on regarde pour son intelligence, mais pour ses quelques moments de tension bien maîtrisée. Idéal pour un dimanche pluvieux, mais pas mémorable.
Ma note45%
Vu le 24 Novembre 2012


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