La méthode
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Sept candidats. Un poste. Une salle de réunion. Sur le papier, La Méthode semblait tenir toutes ses promesses : Marcelo Piñeyro, réalisateur argentin qui s'était déjà fait remarquer avec Vies brûlées, s'attaquait à l'adaptation d'une pièce de théâtre à succès signée Jordi Galceran, El Método Grönholm, pour en faire un thriller psychologique au casting four-étoiles : Eduardo Noriega, Najwa Nimri, Eduard Fernández, Pablo Echarri, Ernesto Alterio, Carmelo Gómez, Adriana Ozores et Natalia Verbeke. De quoi rêver. Et j'avais même gardé ce film pour la fin d'une petite sélection de huis clos, histoire de finir en apothéose. Promis, on m'y reprendra plus. Dans Madrid en ébullition — des milliers de manifestants anti-FMI se déchaînent dans les rues au pied de l'immeuble de verre —, sept candidats se retrouvent ainsi dans une même salle d'attente ultra-moderne pour prétendre à un poste de cadre supérieur dans une multinationale. Les règles du jeu sont énoncées par écran interposé : tests, mises en situation, et surtout, éliminations progressives par le vote du groupe lui-même. Assez vite, la question s'installe : y a-t-il un psychologue infiltré parmi eux ? Et si tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils disent, était déjà observé, noté, analysé ? Piñeyro a eu la bonne idée de s'adjoindre Mateo Gil à l'écriture du scénario — le même Mateo Gil qui collaborait régulièrement avec Alejandro Amenábar, et dont Piñeyro avait dit vouloir un « regard espagnol » pour ancrer son film dans une réalité ibérique. Une collaboration qui a d'ailleurs été récompensée par le Goya du Meilleur Scénario Adapté en 2006 — ce qui, a posteriori, surprend un peu, mais passons. Le duo a enrichi la pièce originale en multipliant les personnalités en présence : le séducteur cynique, la femme de caractère, le contestataire, le carriériste transparent, le macho à peine dissimulé. Autant de profils sociaux reconnaissables, représentatifs d'un certain état du marché du travail au milieu des années 2000. Et c'est là que le film commence à tenir ses promesses — mais seulement pendant la première moitié. Les joutes verbales initiales sont captivantes, les dynamiques de groupe s'installent avec une vraie finesse, et l'on se surprend à partager l'angoisse de ces candidats qui comprennent peu à peu que le jeu est truqué, que la loyauté ne paie pas, que la compétition les dépouille progressivement de leur vernis moral. Tomasi lâche cette remarque désabusée : « On va quand même pas se battre pour travailler », et on l'applaudit intérieurement — avant de le regarder faire exactement le contraire. La métaphore est limpide, la parabole sur l'individualisme forcé par un système qui broie les individus est bien vue, bien posée. Le monde extérieur — cette manifestation altermondialiste visible par les baies vitrées — fonctionne comme un contrepoint ironique et efficace : dehors, on résiste collectivement ; dedans, on se dévore. Malheureusement, une fois ce premier acte posé, le film commence à perdre pied. À mesure que les candidats sont éliminés, l'intérêt retombe. Une scène aux toilettes — censée révéler quelque chose d'important sur un personnage — tombe à plat, entre incongruité vaguement vulgaire et occasion manquée de creuser vraiment une psychologie. Après ça, le film redémarre difficilement, et l'on assiste à la dernière demi-heure avec le sentiment pénible de regarder des scénaristes s'embourber dans leur tentative de conclure, faute d'avoir construit une vraie mécanique dramatique sur la durée. La révélation finale arrive sans que l'on ait suffisamment investi dans les personnages pour que l'impact soit là. Le macho espagnol du groupe, qui exhibe ses travers autoritaires dès les premières minutes à la façon d'un Quentin de Cube, reste curieusement en lice bien plus longtemps que la logique ne l'exigerait. Et quand on voit le profil du candidat retenu à la fin, on se dit que le réalisateur a au moins eu le mérite d'être cohérent dans son pessimisme. Les personnages, justement, restent le point le plus ambigu du film. Piñeyro a fait le choix assumé du réalisme psychologique sans emphase — pas de caricatures outrées, pas de figures manichéennes, pas de violons pour surligner les émotions. Ce parti pris est respectable, et dans un premier temps, il fonctionne. On y croit, on se sent dans le réel, ancré dans la société actuelle. Mais ce même réalisme se retourne contre le film dans un second temps : aucun personnage n'est suffisamment développé pour que l'on s'y attache vraiment, et l'absence d'antagoniste clairement identifiable finit par effacer la tension plutôt que de la nourrir. Carlos, Nieves, Fernando — autant de silhouettes crédibles mais jamais pleinement habitées. Sur le fond, le propos reste pertinent. Piñeyro dénonce avec une clarté un peu didactique les dérives du recrutement moderne, ces tests psychologiques conçus pour révéler la docilité des candidats face à l'entreprise plutôt que leurs compétences réelles. Le miroir tendu aux spectateurs est sans concession : dans ce genre de compétition, c'est l'individualisme qui gagne, invariablement, et ceux qui tentent de résister finissent éliminés. Le cadre de la multinationale déshumanisée, avec ses caméras de surveillance et ses consignes dictées par écran, évoque sans peine le panoptique de Bentham revu et corrigé pour l'ère des open spaces. C'est bien vu. C'est juste un peu trop appuyé pour être vraiment dévastateur. Côté réalisation, Piñeyro opte pour une mise en scène froide et fonctionnelle qui, paradoxalement, convient d'abord au propos — l'austérité visuelle prolonge l'atmosphère clinique du recrutement. Mais rapidement, la platitude s'impose moins comme un choix que comme une paresse. Le champ-contrechamp règne en maître absolu, sans que le décor quasi unique soit jamais exploité avec imagination. Un split screen d'ouverture vaguement De Palmien — montrant les candidats se préparer en parallèle — laisse espérer une vraie réflexion sur le voyeurisme, avant d'être abandonné sans suite. L'éclairage jaunâtre uniformise tout. La bande originale, signée Lluís Llach, reste discrète jusqu'à l'effacement. Ce n'est pas un défaut rédhibitoire, mais ça ne compense pas non plus le manque d'invention visuelle. Le casting, lui, fait le travail — plus ou moins. Eduard Fernández tire son épingle du jeu avec une densité de présence qui lui a d'ailleurs valu d'être remarqué en Espagne à sa sortie. Najwa Nimri, que l'on avait vue briller chez Amenábar dans Les Autres — pardon, dans Abre los ojos —, est convaincante dans un rôle qui lui laisse trop peu de matière. Carmelo Gómez, lui, repart avec le Goya du Meilleur Second Rôle, récompense que l'on validera sans réserve tant il habite son personnage avec une économie de moyens remarquable. En VF, Gérard Darier assure une doublure correcte, même si l'on perd inévitablement une partie de la musicalité de l'espagnol dans ces joutes verbales. Eduardo Noriega, que Piñeyro retrouvait après Vies brûlées, reste un peu en deçà de ce qu'on pouvait attendre, son charisme naturel peinent à combler les lacunes d'un personnage peu écrit. Au fond, La Méthode est un film honnête qui se saborde lui-même. La première heure est réellement captivante, portée par une idée de départ solide et une exécution suffisamment sobre pour convaincre. Puis quelque chose se dérobe sous les pieds du film, et il n'en retrouve jamais l'équilibre. La parabole sociale est là, lisible, juste — mais elle ne suffit pas à tenir un thriller sur la longueur. On est loin du choc viscéral de 12 hommes en colère, loin de la cruauté jouissive de Swimming with Sharks, et même loin de la tension millimétrée d'un Cube. Un film à voir pour sa première heure, à condition de ne pas en attendre la deuxième.
Ma note57%
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