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· Julien   Lepage

Men in black
Barry Sonnenfeld
1997

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Illustration de critique : Men in black
Difficile d'évoquer les blockbusters des années 90 sans tomber sur Men in black. Réalisé par Barry Sonnenfeld en 1997, ce film arrive à une époque où la science-fiction au cinéma oscille entre mégaproductions apocalyptiques et récits paranoïaques sur la présence extraterrestre. En adaptant un comic book relativement obscur, Men in black joue une carte inattendue : un mélange de SF et de comédie, porté par un duo d'acteurs aux antipodes l'un de l'autre, Tommy Lee Jones et Will Smith. Avec une production menée par Steven Spielberg, tout était réuni pour en faire un succès.

Dans un monde où les extraterrestres cohabitent secrètement avec les humains, une organisation ultra-secrète, les men in black (« hommes en noir »), veille à la discrétion de cette présence. Après avoir fait preuve d'un instinct hors du commun face à un suspect aux capacités inhumaines, un jeune policier de New York, James Edwards, est recruté par l'agent K pour devenir l'agent J. Tandis qu'il découvre un univers insoupçonné, il doit faire face à une menace imminente : une créature insectoïde, Edgar le Cafard, en quête d'une minuscule galaxie aux enjeux colossaux.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la fluidité du récit. Le film ne perd pas de temps à installer son univers : quelques dialogues bien sentis, une mise en situation efficace, et en quelques minutes, on a déjà compris le fonctionnement des men in black sans que l'exposition ne pèse sur le rythme. Le scénario tient sur un mouchoir de poche, mais il est exécuté avec une efficacité redoutable. L'intrigue, qui repose sur une enquête déguisée en chasse à l'extraterrestre, trouve un équilibre entre les moments de comédie et les enjeux plus sérieux, sans jamais se prendre trop au sérieux. Le principal reproche qu'on pourrait lui faire, c'est son manque d'ambition narrative. L'histoire est linéaire, avec une montée en tension prévisible et une conclusion qui résout tout un peu trop proprement. Mais c'est aussi ce qui fait sa force : il ne cherche pas à être plus qu'un divertissement bien huilé.

L'un des éléments les plus marquants reste la dynamique entre J et K. Là où beaucoup de films de binômes opposent deux personnalités qui finissent par s'apprivoiser, Men in black joue plutôt sur un respect mutuel dès le départ. K, avec son stoïcisme légendaire, n'est jamais condescendant envers J, malgré ses manières plus décontractées. De son côté, J apporte l'énergie et l'humour, sans pour autant être l'éternel bleu dépassé par les événements. La relation entre les deux personnages est d'autant plus agréable qu'elle évite les tensions forcées ou les conflits inutiles. Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec une mention spéciale pour Edgar, dont l'évolution physique au fil du film est un régal visuel. Dommage que le personnage de Laurel, pourtant bien introduit, soit sous-exploité et relégué à un rôle fonctionnel.

Sous ses airs de comédie SF déjantée, le film porte tout de même un message intéressant sur la place des étrangers dans notre société. Loin des films d'invasion extraterrestre où le visiteur est perçu comme une menace, ici, les aliens sont souvent des individus cherchant refuge ou s'adaptant au mode de vie terrestre. Le rôle des men in black n'est pas tant d'éliminer que de réguler, de maintenir un équilibre entre les espèces, avec un certain détachement bureaucratique qui ne manque pas d'humour. Ce sous-texte migratoire est subtil, bien moins appuyé que dans d'autres films, mais il participe à donner du relief à cet univers.

Visuellement, le film oscille entre rétro-futurisme et kitsch assumé. Les décors inspirés des années 60 confèrent une identité unique aux men in black, et les créatures de Rick Baker restent impressionnantes, encore aujourd'hui. Là où le bât blesse un peu, c'est du côté des effets numériques. La fin du film, où l'animation CGI prend le pas sur les animatroniques, a moins bien vieilli que le reste. Une décision regrettable, d'autant plus que les animatroniques avaient fait leurs preuves tout au long du film. Heureusement, la mise en scène de Barry Sonnenfeld est dynamique, et la bande-son de Danny Elfman vient souligner l'aspect décalé du film avec justesse.

Côté performances, Will Smith est en roue libre, mais c'est précisément ce qu'on attendait de lui à cette époque. Son humour fonctionne toujours, sans tomber dans l'excès. Tommy Lee Jones, quant à lui, joue sur une retenue parfaite, transformant chaque dialogue en une pépite de comédie sèche. La vraie surprise vient de Vincent D'Onofrio, méconnaissable en Edgar le Cafard, qui parvient à rendre son personnage à la fois grotesque et inquiétant. Son jeu physique, entre spasmes et expressions faciales exagérées, apporte un vrai plus au film.

Après toutes ces années, Men in black reste un divertissement toujours aussi efficace, malgré quelques effets vieillissants. Son ton léger, son univers original et son duo d'acteurs en font un film toujours agréable à revoir. Il ne révolutionne rien, mais il sait exactement ce qu'il veut être et le fait avec une aisance déconcertante. Pour ceux qui cherchent un bon moment de cinéma sans prise de tête, c'est un choix quasi infaillible.
Ma note63%
Vu le 3 Novembre 2012


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