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· Julien   Lepage

Men in black 3
Barry Sonnenfeld
2012

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Illustration de critique : Men in black 3
Un troisième volet de Men in black ? Autant dire que personne ne l'attendait réellement. Après un deuxième épisode paresseux qui sentait déjà l'essoufflement, l'idée de voir Barry Sonnenfeld remettre le couvert en 2012 avait de quoi laisser sceptique. D'autant plus que le tournage a été un véritable casse-tête : scénario inachevé, réécritures de dernière minute, interruptions prolongées… Bref, rien de très rassurant. Pourtant, contre toute attente, le film a quelques bonnes cartes à jouer, même s'il ne les abat pas toujours avec la finesse espérée.

L'histoire démarre avec Boris l'Animal, un extraterrestre particulièrement revanchard, qui s'échappe de sa prison lunaire pour retourner en 1969 et assassiner l'agent K avant que celui-ci ne l'arrête et ne prive son espèce d'une invasion en bonne et due forme. En conséquence, le présent est modifié : K n'existe plus et la Terre est désormais menacée par une invasion boglodite. L'agent J, seul à se souvenir de son partenaire, doit alors remonter le temps pour empêcher ce funeste destin et restaurer l'équilibre. Un voyage temporel, des courses-poursuites à moto-monocycle, un K plus jeune et quelques rencontres avec des figures historiques s'ensuivent.

L'idée du voyage temporel est un bon point de départ. Après tout, difficile de rester sur une simple répétition des enquêtes extra-terrestres après deux films qui avaient déjà bien balisé le terrain. Le problème, c'est que cette incursion dans les sixties aurait pu être mieux exploitée. Quelques clins d'œil sympathiques sont disséminés (la rencontre avec Andy Warhol en tête), mais l'ambiance ne transpire pas vraiment l'époque et les décors restent trop sages. On est loin d'un vrai choc culturel à la Retour vers le futur. Le scénario, quant à lui, laisse apparaître quelques trous béants, vraisemblablement dus aux multiples réécritures. Les règles du voyage temporel sont parfois floues, et certaines facilités laissent perplexe.

Les personnages restent fidèles à eux-mêmes, même si quelque chose semble s'être perdu en chemin. J est toujours ce mélange d'agent cool et de clown maladroit, mais ses vannes tombent souvent à plat, particulièrement en VF. Quant à K, son mutisme légendaire est encore plus prononcé, et on se demande si c'est voulu ou si Tommy Lee Jones est simplement fatigué du rôle. Heureusement, Josh Brolin, qui campe le K jeune, s'en sort à merveille, reproduisant à la perfection la gestuelle et le phrasé de son alter ego plus âgé. Mention spéciale à Jemaine Clement, qui s'amuse avec le rôle de Boris, un méchant certes caricatural, mais dont le design et la voix gutturale apportent un peu de consistance.

Le film tente de jouer sur la corde émotionnelle en approfondissant la relation entre J et K, en y ajoutant un twist final qui fonctionne plutôt bien, même si on aurait aimé que le lien entre les deux personnages soit plus exploré tout au long du film. De manière générale, Men in black 3 est moins centré sur l'humour absurde et plus sur l'émotion, ce qui est une prise de risque intéressante… mais pas totalement aboutie.

Visuellement, Men in black 3 assure le spectacle. Rick Baker est toujours aux commandes des créatures et ça se voit : il y a ce grain rétro, ces maquillages soignés et ces animatroniques qui rappellent que le travail artisanal a encore de la valeur. À côté de ça, les effets spéciaux numériques font le job sans être révolutionnaires. La mise en scène, quant à elle, manque de folie. Sonnenfeld a pourtant prouvé qu'il savait manier le burlesque, mais ici, tout semble un peu trop sage.

Côté casting, Will Smith fait du Will Smith. Toujours aussi charismatique, il cabotine à mort, parfois au détriment du rythme du film. Josh Brolin, lui, est impeccable. Il trouve le juste équilibre entre imitation et réinterprétation du personnage de K. Emma Thompson s'offre une apparition rafraîchissante en successeur de Z, bien que sous-exploitée. Dommage pour Frank le carlin, grand absent de cet opus. Il était pourtant un élément comique qui fonctionnait bien dans les précédents films.

Au final, Men in black 3 n'est ni un désastre, ni une franche réussite. On est face à un divertissement honnête, supérieur au deuxième film mais bien en deçà du premier. Il y a de bonnes idées, quelques moments vraiment sympathiques, mais aussi trop d'incohérences et un manque de folie qui empêche le film d'atteindre son plein potentiel. Une conclusion qui a le mérite de refermer proprement la trilogie, même si, au fond, elle n'était pas nécessaire.
Ma note48%
Vu le 5 Novembre 2012


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