Jack Mimoun et les secrets de Val Verde
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Jack Mimoun et les secrets de Val Verde débarque en salles le 12 octobre 2022 avec le projet un peu fou de ressusciter la grande comédie d'aventure à la française — un genre que le cinéma hexagonal pratique rarement, et encore plus rarement avec succès. Derrière la caméra, Malik Bentalha et Ludovic Colbeau-Justin, devant, un casting sur le papier alléchant : Joséphine Japy, Jérôme Commandeur, François Damiens, et même Benoît Magimel en guest de luxe, tout juste auréolé de son César pour De son vivant. Le tout produit par Pathé avec un budget de 14 millions d'euros, ce qui, pour une comédie française, représente une vraie ambition. L'avant-première au Festival du film francophone d'Angoulême avait mis l'eau à la bouche. La bande-annonce aussi. Le résultat, lui, est plus nuancé. Jack Mimoun est donc un aventurier de pacotille. Deux ans après avoir prétendument survécu seul sur l'île de Val Verde — un nom emprunté à ce pays fictif qui servait de décor à toutes les menaces géopolitiques imaginaires du cinéma d'action des années 80, de Commando à Die Hard 2 — il est devenu une star : best-seller, émission télé survivaliste, interviews en boucle. Sauf qu'il n'a jamais mis les pieds dans la jungle de sa propre légende. Aurélie Diaz, archéologue en quête de son père disparu et de l'épée du pirate La Buse, va l'embarquer malgré lui dans une vraie expédition, flanquée de son manager froussard Bruno Quézac et d'un mercenaire imprévisible répondant au nom de Jean-Marc Bastos. Le dispositif narratif — l'imposteur confronté à la réalité, le héros malgré lui — est bien posé et porte une vraie potentialité comique. Le film l'exploite, mais sans jamais aller au bout. Car le scénario, co-écrit par Bentalha avec Tristan Schulmann et Florent Bernard, ne surprend guère. Tout est balisé, pré-mâché, archivé dans une mémoire collective d'aventures vues et revues. Les rebondissements s'annoncent de loin, le méchant se découvre avec la subtilité d'un panneau autoroutier, et la résolution finale sent le déjà-vu à cent mètres. On sent l'hommage sincère à Indiana Jones, aux Goonies, à À la poursuite du diamant vert — les références sont là, assumées, presque revendiquées — mais le film ne parvient pas à transcender son modèle pour exister pleinement par lui-même. Il court après la magie de ses inspirations sans jamais vraiment la saisir. Le rythme souffre aussi : pour un film de 1h39, on ressent parfois un étirement inexplicable, un montage qui patine là où il devrait galoper. Les personnages, eux, pâtissent d'une écriture un peu paresseuse. Jack Mimoun est un concept plus qu'un être humain — l'arc de l'imposteur qui finit par devenir vrai aurait mérité davantage d'épaisseur, davantage de moments où on le croit vraiment en danger de se révéler à lui-même. Aurélie remplit sa fonction de moteur narratif sans laisser une empreinte mémorable. Quant à Jonas, le rival antagoniste, sa trahison finale est si télégraphiée qu'on n'en tire aucun frisson. Le groupe d'aventuriers souffre surtout d'un manque flagrant de liant : on les sent emportés par les péripéties plutôt que liés par une vraie dynamique de groupe. Ils courent, ils crient, mais ils ne se regardent pas vraiment. Il y a pourtant des choses à dire sur ce que le film essaie de faire. Derrière la chasse au trésor, pointe une satire gentillette de la téléréalité survivaliste et de la fabrique des célébrités — cette idée qu'on peut devenir un héros d'aventure sans jamais avoir affronté quoi que ce soit de réel. C'est une piste intéressante, effleurée sans être véritablement creusée, comme si le film avait peur d'aller trop loin dans l'ironie et préférait rester dans les eaux tièdes de la comédie familiale grand public. Ce n'est pas un reproche en soi — mais c'est un choix qui bride l'ambition. Du côté de la réalisation, le film est propre, bien cadré, bénéficiant d'extérieurs authentiquement dépaysants qui rappellent que 14 millions d'euros bien utilisés, ça peut ressembler à quelque chose. Les décors naturels de jungle offrent de beaux plans, et la photographie fait son travail honnêtement. Mais on reste dans la mise en images plutôt que dans la mise en scène : les scènes d'action sont découpées de manière fonctionnelle, jamais inventives, et l'ensemble manque de ce souffle visuel qui distingue les vrais films d'aventure des produits de divertissement corrects. C'est dans le jeu des acteurs que Jack Mimoun trouve ses meilleurs moments — et aussi ses plus grandes inégalités. François Damiens, en mercenaire lunaire à la gâchette aussi imprévisible que son humeur, est absolument jouissif. Il semble venu d'un autre film — un film légèrement plus déjanté, plus libre — et chacune de ses apparitions électrise l'écran avec une énergie de caméra cachée en pleine jungle. Jérôme Commandeur n'est pas en reste : son sens du tempo comique fait mouche à plusieurs reprises, et ses vannes de manager peureux constituent les répliques les plus solides du film. Ces deux-là forment un duo inattendu et délicieux. Benoît Magimel, en antagoniste, apporte une présence bienvenue dans le dernier acte. Joséphine Japy, en revanche, peine à exister face à ses partenaires. Quant à Bentalha lui-même — et c'est peut-être le constat le plus étonnant — il se retrouve curieusement en sous-régime dans le rôle qu'il a construit de ses propres mains. On attendait une folie, une énergie de composition ; on obtient un personnage qui existe surtout par les réactions des autres. Au fond, Jack Mimoun et les secrets de Val Verde est un film sympathique — et c'est exactement là que le bât blesse. Il est sympathique comme on l'est quand on ne veut décevoir personne, quand on préfère la chaleur consensuelle au risque d'un choix fort. Il y a de vrais éclats de rire, une générosité évidente, des acteurs qui s'amusent — et ça se voit, et ça compte. Mais le soufflé retombe vite, et ce qui reste en bouche tient plus de la bonbonnière que du festin. Ceux qui cherchent leur compte du côté de la comédie d'aventure familiale l'an passé auraient eu plus de plaisir avec The Lost City des frères Nee, qui réussit là où Jack Mimoun trébuche : construire un couple principal dont la chimie rachète les invraisemblances du scénario. Quant aux 657 000 spectateurs qui se sont déplacés en salles — un score modeste au regard des ambitions affichées — ils ont probablement eu ce qu'ils étaient venus chercher : passer un bon moment, et l'oublier presque aussitôt.
Ma note55%
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