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· Julien   Lepage

Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan
Ken Scott
2025

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Illustration de critique : Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan
Quand Ken Scott, le réalisateur canadien de Starbuck, s'empare de l'autobiographie de Roland Perez, on s'attend à retrouver cette alchimie entre émotion et humour qui avait fait le succès de ses précédents films. Avec Leïla Bekhti et Jonathan Cohen en têtes d'affiche, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan semblait réunir tous les ingrédients d'une comédie dramatique touchante. Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas toujours à faire un bon film.

L'histoire nous plonge dans le Paris des années 1960, où Esther, mère juive séfarade interprétée par Leïla Bekhti, refuse d'accepter le diagnostic médical concernant son fils Roland, né avec un pied-bot. Contre l'avis de tous les spécialistes, elle se lance dans une croisade acharnée pour trouver le médecin miracle qui permettra à son enfant de marcher. Le film nous suit sur plusieurs décennies, de l'enfance difficile du petit Roland jusqu'à sa réussite professionnelle d'adulte, en passant par sa passion dévorante pour Sylvie Vartan qui l'accompagne dans sa guérison.

Le scénario de Ken Scott souffre d'un mal récurrent : il ne parvient jamais à choisir véritablement son camp. Oscillant mollement entre biopic édifiant et chronique familiale, le film multiplie les séquences convenues sans jamais trouver son rythme. La première partie, consacrée à l'enfance, s'étire de manière particulièrement laborieuse, répétant ad nauseam les mêmes schémas narratifs : consultation médicale décevante, nouvelle tentative d'Esther, échec, recommencer. Cette mécanique de répétition, qui pourrait illustrer l'obstination maternelle, devient rapidement lassante pour le spectateur. La seconde moitié, centrée sur l'émancipation du fils devenu adulte, n'est guère plus convaincante, s'enlisant dans une psychologie de surface qui peine à explorer véritablement les enjeux de cette relation mère-fils toxique.

Les personnages manquent cruellement de profondeur, à commencer par Esther elle-même. Certes, Ken Scott tente de nuancer son portrait en montrant ses côtés manipulateurs et envahissants, mais le film n'ose jamais vraiment creuser la complexité psychologique du personnage. Esther reste trop souvent cantonnée au rôle de la mère courage déterminée, sans que ses contradictions internes ne soient véritablement explorées. Roland, quant à lui, demeure étonnamment passif tout au long du récit, simple réceptacle des actions maternelles plutôt que véritable protagoniste de sa propre histoire. Les personnages secondaires, du père effacé aux frères et sœurs, font de la figuration sans jamais acquérir une véritable consistance narrative.

Le film aborde pourtant des thématiques importantes : le handicap, l'amour maternel, la résilience, l'intégration sociale d'une famille immigrée dans la France des années 1960. Malheureusement, Ken Scott traite ces sujets avec une superficialité décevante, préférant les bons sentiments aux véritables questionnements. La représentation du handicap, si elle évite l'écueil du voyeurisme, n'apporte rien de neuf au débat. L'amour maternel est idéalisé sans nuance, et la dimension culturelle de cette famille juive marocaine n'est qu'effleurée. On sent bien que le réalisateur veut dire quelque chose sur la force de la volonté et l'importance de ne jamais abandonner, mais le message reste englué dans un sirop émotionnel qui dessert le propos.

Sur le plan technique, Ken Scott livre une réalisation propre, mais sans relief, qui manque singulièrement d'inspiration visuelle. La reconstitution d'époque fait le travail sans jamais surprendre, et la photographie de Guillaume Schiffman reste désespérément lisse. C'est surtout au niveau des effets spéciaux que le bât blesse le plus cruellement. La séquence où Sylvie Vartan apparaît rajeunie artificiellement relève du pur cauchemar technologique. Ces effets numériques bâclés nous plongent directement dans la vallée de l'étrange, créant un malaise profond qui brise complètement l'immersion narrative. On se demande comment une production de cette envergure a pu valider un rendu aussi peu convaincant, d'autant que ces séquences sont cruciales pour le développement du personnage.

Heureusement, les comédiens sauvent partiellement les meubles. Leïla Bekhti déploie tout son talent pour donner corps à Esther, naviguant avec habileté entre tendresse et exaspération. Son travail de vieillissement, aidé par un maquillage réussi, témoigne de son engagement total dans le rôle. Jonathan Cohen, habitué aux registres comiques, se montre crédible dans ce rôle plus dramatique, même si on regrette qu'il ne puisse pas davantage exploiter ses qualités d'acteur face à un personnage écrit de manière trop uniforme. Les jeunes interprètes, notamment Naim Naji dans le rôle du petit Roland, font preuve d'un naturel touchant. Sylvie Vartan elle-même, qui joue son propre rôle dans les séquences contemporaines, apporte une authenticité bienvenue, même si sa présence relève davantage du coup de marketing que de la nécessité narrative.

Au final, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan illustre parfaitement ces films français « de qualité » qui multiplient les bonnes intentions sans jamais parvenir à émouvoir véritablement. Malgré un casting solide et une histoire vraie potentiellement touchante, le film s'enlise dans une mièvrerie de bon aloi qui finit par agacer plus qu'attendrir. Ken Scott semble avoir oublié que raconter une belle histoire ne suffit pas : encore faut-il la raconter avec conviction et originalité.
Ma note26%
Vu le 26 Août 2025


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