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· Julien   Lepage

One piece (saison 2)
Steven Maeda et Matt Owens
2026

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Illustration de critique : One piece (saison 2)
Netflix avait réussi l'impossible avec sa première saison : convaincre à la fois les fans du manga d'Eiichirō Oda et les néophytes complets qu'une adaptation live-action de One piece pouvait fonctionner. Sous la houlette des showrunners Matt Owens et Steven Maeda (ce dernier passant le flambeau pour cette saison 2 à Joe Tracz, ancien de Percy Jackson chez Disney+, tout en restant producteur exécutif), Iñaki Godoy, Mackenyu, Emily Rudd, Jacob Romero et Taz Skylar rempilent pour huit nouveaux épisodes mis en ligne le 10 mars 2026 sur Netflix. La barre était haute. Le résultat est… à peu près à la hauteur, avec quelques accrocs qui rappellent que la magie du manga résiste encore, par endroits, à la prise de vues réelles.

Cette saison 2, sobrement titrée « En route pour Grand Line », embarque l'équipage du Chapeau de Paille vers de nouveaux horizons après la victoire sur Arlong. De Loguetown> à l'île de Drum, en passant par Whisky Peak, Little Garden et la Montagne Jumelle, les huit épisodes couvrent la première partie de la saga Alabasta et introduisent des personnages attendus comme Tony Tony Chopper, Nico Robin, Smoker, Crocodile ou encore Nefertari Vivi. La production, tournée au Cap en Afrique du Sud sous le nom de code « Project Renaissance » — un brin prétentieux, mais bon —, a bénéficié d'une surveillance accrue d'Eiichirō Oda lui-même, qui a fait le déplacement sur le plateau fin 2024 pour superviser la chose en personne. Ça s'en ressent.

L'esprit de la saison 1 est globalement conservé, et c'est l'essentiel. On retrouve ce mélange de burlesque assumé, d'émotions sincères et de combats spectaculaires qui avait fait le sel de la première saison. Mieux encore, quelques ajouts scénaristiques s'avèrent particulièrement malins : l'introduction de Bartoloméo, personnage qui n'apparaît normalement que beaucoup plus tard dans le manga, et une apparition de Brooks qui enrichit l'univers sans trahir la continuité. Ce genre de libertés intelligentes, quand elles sont prises avec discernement, témoigne d'une vraie compréhension de l'œuvre d'Eiichirō Oda plutôt que d'un simple décalquage. En revanche, la série fait un choix narratif qui agace : la scène où Luffy, se réveillant, découvrirait que Zoro a massacré à lui seul l'intégralité du Baroque Works — un moment d'une efficacité comique et dramatique redoutable dans le manga — est ici transformée en combat d'équipe collectif. On perd ainsi l'affrontement Zoro/Luffy qui en découlait, une séquence à la fois hilarante et révélatrice des dynamiques de l'équipage. Dommage. C'est exactement le genre de simplification qui lisse ce qui rendait l'original si singulier.

L'arc de Little Garden est pour sa part très bien géré : le duel séculaire entre Dorry et Broggy, ces deux géants bloqués dans un combat sans fin par simple question d'honneur, est traité avec le respect qu'il mérite et parvient à dégager une vraie émotion. À l'inverse, l'arc de Drum souffre d'un rythme trop compressé. Le dernier épisode, en particulier, se montre assez expéditif : on sent que les scénaristes avaient du matériau à caser et pas assez de temps pour le développer. Le « sacrifice » de Luffy, moment fort du manga qui repose sur un symbolisme visuel précis, a ici beaucoup moins de gueule, et la fameuse pluie rose d'Hiluluk perd une grande partie de son impact émotionnel. Ce sont des scènes qui, dans le manga, restent gravées ; ici, elles passent presqu'inaperçues.

Les personnages, eux, fonctionnent à des degrés variables. Vivi passe très bien à l'écran : attachante, crédible, elle ancre l'arc Alabasta dans quelque chose de concret. Reste que Charithra Chandran est britannique d'origine indienne, et même si elle s'en sort honnêtement, Alabasta évoque avec une clarté assumée l'Égypte antique : ses décors, sa symbolique, son esthétique. Prendre une actrice dont le profil renvoie davantage au sous-continent indien crée un léger décalage visuel qu'on ne peut s'empêcher de noter. Smoker est convaincant dans sa virilité bourrue. Tashigi est en revanche décevante : le personnage manque d'épaisseur et l'interprétation ne compense pas. Robin est plutôt réussie : Lera Abova capte quelque chose de l'ambiguïté du personnage. Quant à Crocodile, Joe Manganiello semble encore chercher ses marques : il manque de ce charisme corrosif qui rend le personnage si magnétique. Mais la saison 3 devrait lui donner plus à jouer. Le casting du Baroque Works dans son ensemble est éclectique, parfois un peu juste, globalement acceptable. Hiluluk, lui, est une réussite totale. Et on ne peut s'empêcher de fantasmer sur ce qu'aurait donné Jamie Lee Curtis en Dr. KurehaKatey Sagal n'est pas en cause, elle fait le job, mais l'idée d'une Curtis déchaînée dans ce rôle de vieille sorcière indomptable reste une occasion manquée.

Côté réalisation, la série s'appuie sur plusieurs réalisateurs, dont Emma Sullivan, Marc Jobst ou Lukas Ettlin, et le résultat est d'une cohérence visuelle appréciable pour un projet aussi morcelé. La photographie est généreuse, les décors massifs, et la bande originale de Sonya Belousova et Giona Ostinelli assure l'ambiance avec efficacité. Les animations de présentation des membres du Baroque Works sont particulièrement réussies : inventives, stylisées, elles rappellent qu'on est bien dans l'univers d'Eiichirō Oda et pas dans une copie passe-partout. Les Unluckies sont plutôt bien rendus, même si leur combat contre Sanji tombe un peu à plat. Sur le front des effets spéciaux, les progrès sont nets depuis la première saison : Dorry et Broggy sont bluffants, et Chopper, conçu à partir de trois interprètes différents, dont N'kone Mametja sur le plateau et Mikaela Hoover pour la voix, est une réussite quasi totale dans sa version animale et « chibi ». Sa version humanoïde, en revanche, est franchement laide. Et Dalton (mi-homme mi-bison) verse carrément dans le grotesque numérique.

En version française, le casting vocal mérite qu'on s'y attarde, car il est globalement excellent. Sébastien Desjours reste impeccable en Luffy. Mais les vraies révélations de cette saison côté VF, ce sont Christophe Lemoine, absolument impérial en Wapol — grandiloquent, agaçant, parfait —, Gabriel Le Doze en Hiluluk qui réussit à donner du relief à chacune de ses répliques, Elisabeth Ventura sur Robin, et l'excellent Adrien Antoine en Smoker, qui trouve exactement le bon registre entre rudesse et intégrité. Une VF qui, comme souvent sur les productions Netflix à fort héritage culturel nippon, prend soin du matériau.

Au bout du compte, cette deuxième saison de One piece tient ses promesses sans les dépasser. Elle confirme que l'adaptation est entre de bonnes mains et que l'équipage a encore de belles eaux à naviguer ! La saison 3, déjà en tournage depuis novembre 2025 au Cap, devrait d'ailleurs couvrir la fin d'Alabasta et réserver quelques feux d'artifice. Mais elle accumule aussi les petites frustrations : des moments forts du manga qui perdent leur punch à l'écran, un dernier arc bâclé, quelques effets spéciaux inégaux. C'est le lot d'une adaptation ambitieuse qui fonctionne sans être irréprochable ; solidement agréable, jamais transcendante. Les fans du manga savoureront avec un enthousiasme légèrement tempéré. Les néophytes, eux, auront franchement de la chance de découvrir cet univers par ce biais. Vivement la suite, malgré tout.
Ma note70%
Vu le 15 Mars 2026


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