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· Julien   Lepage

Toute l'orthographe
Bénédicte Gaillard et Jean-Pierre Colignon
2005

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Illustration de critique : Toute l'orthographe
Il y a des figures qui finissent par incarner une discipline tout entière, au point qu'on ne sait plus très bien si c'est eux qui servent la cause ou la cause qui les sert. Bernard Pivot, c'est ça : l'homme qui a réussi le prodige de rendre l'orthographe populaire, de transformer une dictée en spectacle télévisé suivi par trois millions de téléspectateurs, de faire vibrer les foules autour d'un accord de participe passé comme d'autres le font avec un penalty en finale. Vingt ans de Dicos d'or sur France 3, une émission culturelle de référence avec Apostrophes, une carrière de critique littéraire au Journal du dimanche : l'homme a du crédit, et il le sait.

Toute l'orthographe paraît en juillet 2005, quelques mois avant la dernière édition des championnats d'orthographe dont il était l'animateur depuis 1985. Le timing n'est pas innocent : c'est un livre de clôture autant que de transmission, une sorte de testament pédagogique pour ceux qui ne pourraient plus suivre l'événement sur le petit écran. Il s'inscrit dans la collection Les Dicos d'or de Bernard Pivot chez Albin Michel, aux côtés de Toute la grammaire et Toute la conjugaison : un triptyque pratique et coloré dont il constitue le volume central. Précision qui a son importance : si Pivot signe la collection et en rédige les préfaces, le contenu de fond est l'œuvre de Jean-Pierre Colignon, ancien responsable de la langue française au groupe Le Monde et enseignant en école de journalisme. Pivot est ici davantage une marque qu'un pédagogue ; ce qu'il ne cherche d'ailleurs pas à dissimuler.

Ce que ce livre propose, c'est un parcours structuré à travers les zones de turbulence de la langue française : féminisation des noms et adjectifs, règles du trait d'union, accords du participe passé, consonnes doubles, genres incertains. Autant de pièges que les candidats aux Dicos d'or connaissaient bien, ceux-là mêmes que Pivot aimait à glisser dans ses dictées finales : il confessait d'ailleurs mettre une semaine entière à boucler ces textes, rageur quand Le Petit Larousse et Le Petit Robert ne s'accordaient pas sur une même orthographe. La présentation est claire, la mise en page en couleur, les règles illustrées d'exemples concrets, les astuces mnémotechniques bien trouvées. C'est propre, efficace, honnête dans ses ambitions.

Le problème est précisément là : les ambitions sont trop sages. On comprend les règles, on apprécie les anecdotes qui émaillent les pages, mais on referme le livre avec la sensation d'avoir bien mangé à la cantine : nourrissant, équilibré, sans grande surprise. Il manque ce que Colignon appelle lui-même « la position du jongleur » : on la sent par moments, mais elle ne suffit pas à faire oublier que l'ouvrage s'adresse avant tout au lecteur déjà convaincu, à l'amateur de langue française qui cherche à consolider des bases plutôt qu'à explorer des territoires nouveaux. Reste que Toute l'orthographe remplit honnêtement son contrat. Le ton est léger sans être désinvolte, la langue française y est traitée comme une chose vivante et espiègle plutôt que comme une série d'obstacles. Pour préparer un concours, rafraîchir des notions oubliées depuis le lycée, ou juste avoir sous la main une référence rapide et agréable à consulter, c'est un outil valable. On est simplement en droit d'attendre un peu plus d'un homme qui, pendant vingt ans, avait su rendre ce sujet palpitant.
Ma note66%
Lu le 21 Mai 2010


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