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· Julien   Lepage

Terre secrète, merveilles insolites de la planète
Patrick Baud
2016

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Illustration de critique : Terre secrète, merveilles insolites de la planète
Cinq ans déjà que ce bouquin traîne sur ma table basse, et je réalise que je ne lui ai jamais consacré le temps qu'il mérite ; c'est-à-dire celui d'en parler vraiment, parce que celui de le feuilleter, ça, c'est fait une bonne cinquantaine de fois. Patrick Baud, pour ceux qui vivraient dans une grotte (ce qui serait ironique vu le sujet), c'est le créateur de la chaîne YouTube Axolot, plus de 600 000 abonnés à l'époque, et surtout l'un des vulgarisateurs les plus doués de sa génération. Le bonhomme avait déjà publié L'homme qui sauva le monde et autres sources d'étonnement en 2012, puis un album illustré sur des destins méconnus, avant de s'attaquer à ce projet ambitieux : compiler cent merveilles naturelles de la planète dans un beau livre chez Dunod, en s'associant avec Charles Frankel, géologue et planétologue franco-américain qui collabore avec la NASA. Le tandem a du sens : d'un côté le conteur, de l'autre le scientifique. Ce sera d'ailleurs le premier tome d'une série qui comptera Lieux secrets, Nature secrète et France secrète, preuve que la formule a trouvé son public.

Le principe est aussi simple qu'efficace : cent sites naturels, cent double-pages. À gauche, une photographie pleine page. À droite, un texte descriptif suivi d'une explication scientifique du phénomène observé, le tout accompagné d'une mini-carte de localisation et des coordonnées GPS. On voyage de la Porte de l'Enfer au Turkménistan aux bulles de méthane gelées du lac Abraham au Canada, en passant par la Terre des sept couleurs à l'île Maurice et les cristaux géants de la Cueva de los Cristales au Mexique. Pas de personnages ici, pas d'intrigue : le protagoniste, c'est la Terre elle-même, et elle n'a besoin d'aucun scénariste pour être spectaculaire. On pense parfois aux plans larges de Terrence Malick dans The tree of life, ces séquences muettes où la nature occupe tout l'écran et où l'humain n'est plus qu'un point d'interrogation minuscule. Le glossaire en fin d'ouvrage (pangée, gneiss, phonolite) achève de donner au livre une rigueur qui dépasse le simple album photo.

La formule est belle, indéniablement. Les photographies sont parfois si irréelles qu'on jurerait regarder des concept arts ou des matte paintings, sauf que tout est bien réel, et c'est précisément ce qui fascine. Baud a le talent du choix : ses cent sites ne sont pas les énièmes clichés du Grand Canyon ou des chutes du Niagara, mais des lieux authentiquement méconnus, souvent improbables, toujours photogéniques. La collaboration avec Frankel apporte une vraie valeur ajoutée scientifique : on ne se contente pas de dire « c'est beau », on comprend pourquoi c'est là et comment c'est arrivé. Mais le format contraint (une double page par site, pas une de plus) impose une concision qui confine parfois à la frustration. On reste sur sa faim devant certains phénomènes qui mériteraient trois ou quatre pages d'approfondissement. Le volcan Dallol en Éthiopie, par exemple, ou les tsingy de Madagascar : on a envie d'en savoir davantage, de creuser, et le livre nous dit gentiment « passez au suivant ». C'est le syndrome du buffet à volonté : tout est appétissant, rien n'est vraiment rassasiant. On aurait aimé, aussi, que le livre ose une réflexion (même brève) sur la fragilité de ces sites, sur le tourisme qui les menace, sur ce que signifie « découvrir » un lieu à l'ère d'Instagram. Mais ce n'est pas le projet, et on ne peut pas reprocher à un ouvrage de ne pas être ce qu'il n'a jamais prétendu être.

Le résultat, c'est un livre qu'on feuillette avec un plaisir sincère, qui fonctionne aussi bien comme objet de contemplation solitaire que comme cadeau à glisser sous un sapin, et qui remplit parfaitement son contrat d'émerveillement.

Terre secrète ne prétend pas révolutionner quoi que ce soit : c'est un beau livre, au sens le plus littéral du terme, et c'est déjà beaucoup. Pas tout à fait assez pour marquer durablement, mais suffisamment pour qu'on y revienne, de temps en temps, quand le monde extérieur manque un peu de merveilleux.
Ma note77%
Lu le 23 Juillet 2021


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