Oui-Oui au pays des jouets
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Difficile de prétendre à l'objectivité devant une série qui s'adresse à des enfants de trois ans, et pourtant : l'exercice est là, entier. Oui-Oui au pays des jouets débarque sur BBC One le 17 septembre 1992, confiée au légendaire studio de Manchester, Cosgrove Hall Films, que l'on connaissait jusqu'alors surtout pour ses adaptations d'Enid Blyton en stop-motion et pour sa version du Vent dans les saules. C'est d'ailleurs une première pour le studio : habitué à produire pour ITV, il signe là sa toute première collaboration avec la BBC. En France, la série ne se matérialise qu'en septembre 1994 sur France 3, nichée dans l'émission Bonjour Babar, avec un doublage resserré autour de quelques voix reconnaissables, dont Brigitte Lecordier — oui, la voix de Son Gokū dans Dragon ball — et Patrick Préjean en narrateur.
L'intrigue ? Oui-Oui, petite poupée en bois au bonnet à grelot, conduit son taxi rouge et jaune au Pays des jouets, rend service à ses voisins et se fait régulièrement rouler dans la farine par deux lutins facétieux, Sly et Gobbo. Il y a aussi Potiron (le grand sage aux grandes oreilles), M. Plod l'agent de police solennel, Tessie l'ours doux et raisonnable, et toute une faune de jouets anthropomorphes peuplant un décor en miniature d'une précision artisanale touchante. Chaque épisode dure dix minutes, s'ouvre sur un problème minuscule et se referme sur la même image : Oui-Oui qui hoche la tête, son grelot qui tinte, tout va bien. Cinquante-deux épisodes plus un spécial de Noël, pour autant de variations sur une même partition.
C'est là le nœud de l'affaire. La série, scénarisée intégralement par Julia Allen et Chris Allen, respecte à la lettre la structure du conte moral pour tout-petits : situation initiale, complication légère, résolution bienveillante. Le schéma est si fidèle d'un épisode à l'autre qu'on finit par anticiper chaque rebond avant même qu'il se produise. Ce n'est pas un défaut rédhibitoire pour le public visé (un enfant de trois ans trouve au contraire dans la répétition une forme de réconfort), mais cela exclut mécaniquement tout spectateur ayant passé l'âge de l'école maternelle. Les Allen ne cherchent jamais à élargir leur terrain : pas d'arc narratif entre les épisodes, pas de développement de personnage, pas d'ambiguïté morale. Sly et Gobbo sont mauvais, Oui-Oui est naïf, Potiron est sage. Point.
Cette naïveté d'Oui-Oui est d'ailleurs le choix le plus discutable de l'adaptation. Dans les livres d'Enid Blyton, le personnage naviguait dans un univers légèrement plus rugueux : les premières éditions comprenaient des personnages et des dynamiques que les adaptations télévisées ultérieures ont prudemment gommés. La version de 1992 opère une sanitisation totale : Oui-Oui y est un candide absolu, à la limite du simplet sympathique, dont les erreurs sont si prévisibles qu'elles finissent par irriter davantage qu'attendrir. On est moins dans le territoire de l'enfant curieux qui apprend que dans celui du pantin qui patine indéfiniment sur les mêmes bévues. Potiron, lui, tire son épingle du jeu : figure tutélaire calme et ironique, il échappe au schématisme général et constitue, paradoxalement, le personnage le plus intéressant d'une série qui n'est pas faite pour lui.
Les thèmes sont ceux d'Enid Blyton revus en édition enfantine grand public : le travail bien fait, l'entraide, la franchise, la méfiance envers les fauteurs de troubles. Rien de subversif, rien de particulièrement mémorable non plus. La série coche les cases du programme jeunesse vertueux sans jamais s'interroger sur ce qu'elle veut dire ; ce qui, en 1992, dans la case matinale de la BBC, était probablement exactement ce qui était attendu d'elle.
Là où Oui-Oui au pays des jouets mérite ses galons, c'est dans son traitement visuel. Cosgrove Hall Films livre ici un travail de stop-motion proprement admirable pour l'époque : les décors miniatures sont détaillés avec soin, les textures des matériaux (bois, tissu, métal) sont perceptibles à l'écran, et l'ensemble dégage une chaleur artisanale que les séries entièrement infographiées du début des années 2000 ne sauront pas reproduire. Le Pays des jouets ressemble à un vrai pays des jouets, et c'est une réussite qui n'est pas anecdotique. La photographie est colorée sans être agressive, les décors sont cohérents, et la musique de Paul K. Joyce, portée par un générique entêtant chanté par le compositeur lui-même, s'incruste dans la mémoire avec une efficacité redoutable. Le spécial de Noël de 1994, plus ambitieux techniquement avec ses effets de neige artificielle sur les plateaux, illustre bien ce que le studio était capable de produire quand il se donnait un peu plus de latitude.
Côté doublage français, le choix de ne confier qu'à une poignée de comédiens l'ensemble des rôles produit un résultat inégal. En version originale, Susan Sheridan et Jimmy Hibbert se partagent à eux deux la quasi-totalité des personnages ; un tour de force vocal qui rappelle les économies de moyens héroïques d'un Carlo Bonomi dans Pingu. La VF reproduit ce modèle avec honnêteté, sans que les voix ne déparent, même si la sobriété imposée par le format court bride toute expressivité débordante.
Au fond, Oui-Oui au pays des jouets est exactement ce qu'il prétend être : une série de qualité raisonnable, techniquement soignée, narrativement paresseuse, qui remplit sa mission de gardiennage bienveillant pour les tout-petits sans jamais aspirer à quoi que ce soit de plus. Pour les nostalgiques d'une certaine télévision du samedi matin, elle conserve le charme madeleinesque de ses décors en carton-pâte. Pour les autres, elle s'oublie aussi vite que le tintement d'un grelot.
L'intrigue ? Oui-Oui, petite poupée en bois au bonnet à grelot, conduit son taxi rouge et jaune au Pays des jouets, rend service à ses voisins et se fait régulièrement rouler dans la farine par deux lutins facétieux, Sly et Gobbo. Il y a aussi Potiron (le grand sage aux grandes oreilles), M. Plod l'agent de police solennel, Tessie l'ours doux et raisonnable, et toute une faune de jouets anthropomorphes peuplant un décor en miniature d'une précision artisanale touchante. Chaque épisode dure dix minutes, s'ouvre sur un problème minuscule et se referme sur la même image : Oui-Oui qui hoche la tête, son grelot qui tinte, tout va bien. Cinquante-deux épisodes plus un spécial de Noël, pour autant de variations sur une même partition.
C'est là le nœud de l'affaire. La série, scénarisée intégralement par Julia Allen et Chris Allen, respecte à la lettre la structure du conte moral pour tout-petits : situation initiale, complication légère, résolution bienveillante. Le schéma est si fidèle d'un épisode à l'autre qu'on finit par anticiper chaque rebond avant même qu'il se produise. Ce n'est pas un défaut rédhibitoire pour le public visé (un enfant de trois ans trouve au contraire dans la répétition une forme de réconfort), mais cela exclut mécaniquement tout spectateur ayant passé l'âge de l'école maternelle. Les Allen ne cherchent jamais à élargir leur terrain : pas d'arc narratif entre les épisodes, pas de développement de personnage, pas d'ambiguïté morale. Sly et Gobbo sont mauvais, Oui-Oui est naïf, Potiron est sage. Point.
Cette naïveté d'Oui-Oui est d'ailleurs le choix le plus discutable de l'adaptation. Dans les livres d'Enid Blyton, le personnage naviguait dans un univers légèrement plus rugueux : les premières éditions comprenaient des personnages et des dynamiques que les adaptations télévisées ultérieures ont prudemment gommés. La version de 1992 opère une sanitisation totale : Oui-Oui y est un candide absolu, à la limite du simplet sympathique, dont les erreurs sont si prévisibles qu'elles finissent par irriter davantage qu'attendrir. On est moins dans le territoire de l'enfant curieux qui apprend que dans celui du pantin qui patine indéfiniment sur les mêmes bévues. Potiron, lui, tire son épingle du jeu : figure tutélaire calme et ironique, il échappe au schématisme général et constitue, paradoxalement, le personnage le plus intéressant d'une série qui n'est pas faite pour lui.
Les thèmes sont ceux d'Enid Blyton revus en édition enfantine grand public : le travail bien fait, l'entraide, la franchise, la méfiance envers les fauteurs de troubles. Rien de subversif, rien de particulièrement mémorable non plus. La série coche les cases du programme jeunesse vertueux sans jamais s'interroger sur ce qu'elle veut dire ; ce qui, en 1992, dans la case matinale de la BBC, était probablement exactement ce qui était attendu d'elle.
Là où Oui-Oui au pays des jouets mérite ses galons, c'est dans son traitement visuel. Cosgrove Hall Films livre ici un travail de stop-motion proprement admirable pour l'époque : les décors miniatures sont détaillés avec soin, les textures des matériaux (bois, tissu, métal) sont perceptibles à l'écran, et l'ensemble dégage une chaleur artisanale que les séries entièrement infographiées du début des années 2000 ne sauront pas reproduire. Le Pays des jouets ressemble à un vrai pays des jouets, et c'est une réussite qui n'est pas anecdotique. La photographie est colorée sans être agressive, les décors sont cohérents, et la musique de Paul K. Joyce, portée par un générique entêtant chanté par le compositeur lui-même, s'incruste dans la mémoire avec une efficacité redoutable. Le spécial de Noël de 1994, plus ambitieux techniquement avec ses effets de neige artificielle sur les plateaux, illustre bien ce que le studio était capable de produire quand il se donnait un peu plus de latitude.
Côté doublage français, le choix de ne confier qu'à une poignée de comédiens l'ensemble des rôles produit un résultat inégal. En version originale, Susan Sheridan et Jimmy Hibbert se partagent à eux deux la quasi-totalité des personnages ; un tour de force vocal qui rappelle les économies de moyens héroïques d'un Carlo Bonomi dans Pingu. La VF reproduit ce modèle avec honnêteté, sans que les voix ne déparent, même si la sobriété imposée par le format court bride toute expressivité débordante.
Au fond, Oui-Oui au pays des jouets est exactement ce qu'il prétend être : une série de qualité raisonnable, techniquement soignée, narrativement paresseuse, qui remplit sa mission de gardiennage bienveillant pour les tout-petits sans jamais aspirer à quoi que ce soit de plus. Pour les nostalgiques d'une certaine télévision du samedi matin, elle conserve le charme madeleinesque de ses décors en carton-pâte. Pour les autres, elle s'oublie aussi vite que le tintement d'un grelot.
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