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· Julien   Lepage

Pandorum
Christian Alvart
2009

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Illustration de critique : Pandorum
Le voyageur interstellaire a toujours été une figure fascinante du cinéma de science-fiction, et Christian Alvart s'attaque à ce mythe avec Pandorum, sorti en 2009. Avec Dennis Quaid et Ben Foster en tête d'affiche, ce thriller spatial germano-américain débarquait dans les salles avec l'ambition de raviver un genre un peu délaissé à l'époque. Produit par Paul W. S. Anderson, l'homme derrière le très moyen Event horizon, le film arrivait avec une certaine promesse d'atmosphère oppressante et de tension spatiale.

L'histoire nous plonge en 2174, à bord de l'Elysium, un vaisseau colossal censé transporter 60 000 colons vers Tanis, une planète miraculeuse découverte à 128 années-lumière de la Terre. Lorsque le Lieutenant Payton et le Caporal Bower se réveillent de leur hyper-sommeil, c'est le trou noir complet. Amnésie, obscurité, vaisseau désert. Rapidement, Bower part explorer les entrailles métalliques du navire pendant que Payton reste au poste de commande pour le guider par radio. L'ingénieur découvre alors quelques survivants terrifiés, dont Nadia, une biologiste allemande, et Manh, un cultivateur vietnamien mutique, mais redoutable au combat. Ensemble, ils tentent de rallumer le réacteur nucléaire qui menace de s'éteindre, tout en échappant à d'horribles créatures cannibales qui arpentent les couloirs. Parallèlement, Payton fait une rencontre troublante avec un jeune caporal paranoïaque, et les révélations s'enchaînent sur ce qui s'est réellement passé à bord de l'Elysium.

Le scénario de Travis Milloy joue habilement sur plusieurs registres. L'amnésie des protagonistes offre un cadre narratif efficace pour distiller les informations au compte-gouttes, et le concept du Pandorum lui-même — ce syndrome de dysfonctionnement orbital provoquant paranoïa et hallucinations — constitue une trouvaille intéressante. Le film emprunte évidemment à ses illustres prédécesseurs, d'Alien pour l'atmosphère claustrophobe à Event Horizon pour la folie spatiale, en passant par The descent pour ses créatures évoluant dans le noir. On pense aussi aux Chroniques martiennes de Bradbury pour certains éléments. Mais là où le bât blesse, c'est dans l'exécution. Les rebondissements s'accumulent parfois au détriment de la cohérence, et certains retournements de situation, bien que surprenants, laissent planer des zones d'ombre scénaristiques. La révélation finale, si elle a le mérite d'être ambitieuse, peine à convaincre totalement tant elle soulève de questions logistiques. Le film tente de transcender plusieurs genres à la fois : thriller psychologique, survival horror, action spatiale… sans vraiment parvenir à les unifier dans une proposition véritablement originale.

Les personnages manquent cruellement de profondeur. Bower incarne le héros résilient classique, passant de l'amnésie à la détermination sans qu'on saisisse vraiment les nuances de sa psychologie. Son arc narratif reste mécanique, fonctionnel. Payton, censé être le pilier rassurant, évolue de manière abrupte, et si le twist le concernant possède son efficacité, il arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Nadia se révèle être le personnage le plus intéressant du lot, survivante aguerrie qui a appris à se fondre dans cet Enfer métallique, mais elle reste sous-exploitée, réduite trop souvent à un rôle de faire-valoir. Manh, le combattant silencieux, apporte certes quelques scènes d'action spectaculaires grâce aux talents de Cung Le, champion de MMA qui en profite pour placer quelques-uns de ses coups de pied tournoyants signature, mais il demeure une silhouette plus qu'un véritable personnage. Le film aurait gagné à creuser davantage ces individualités plutôt que de les utiliser comme de simples pions dans son échiquier narratif.

Le Pandorum, ce syndrome qui donne son titre au film, aurait pu être exploré avec plus de finesse. Le film effleure des questions fascinantes : que devient l'humanité isolée dans l'espace ? Comment la psyché humaine résiste-t-elle à l'infini vide cosmique ? Quelle part de bestialité subsiste en nous lorsque la civilisation s'effondre ? Ces interrogations affleurent sans jamais vraiment être approfondies. On devine une volonté de questionner la dégénérescence humaine, la mutation physique et morale, mais le tout reste en surface, sacrifié sur l'autel de l'action et des jump scares. Le contexte terrestre (une planète surpeuplée à 24 milliards d'habitants, ravagée par la famine et les guerres) n'est qu'esquissé, simple justification pour lancer un vaisseau vers les étoiles. Pourtant, c'est précisément ce projet fou qui aurait mérité qu'on s'y attarde : cette humanité désespérée qui mise tout sur un dernier espoir. Le film préfère nous enfermer dans ses couloirs sombres plutôt que d'embrasser pleinement ses ambitions philosophiques.

Visuellement, Alvart fait preuve d'un certain savoir-faire. Tourné dans les studios Babelsberg de Berlin (là même où Polanski avait filmé Le pianiste et où Tarantino tournait Inglourious basterds à la même période), le film bénéficie de décors impressionnants pour son budget de 33 millions de dollars. Les corridors labyrinthiques du vaisseau, envahis de tuyaux en caoutchouc et plongés dans une obscurité humide, créent une atmosphère poisseuse indéniable. Le réalisateur allemand privilégie les éclairages stroboscopiques et les sources lumineuses vacillantes, signature visuelle qui fonctionne bien pour installer une tension permanente. On retrouve d'ailleurs sa marque de fabrique : ce plan où Bower, se rasant au laser, se reflète dans trois miroirs, apparaissant quatre fois sous tous les angles. Mais cette esthétique finit par lasser. À force de tout montrer dans la pénombre, avec des plans trop serrés et un montage nerveux, on peine parfois à distinguer ce qui se passe à l'écran. Les créatures, justement, auraient gagné à rester davantage dans l'ombre plutôt que d'être exhibées sous leurs armures d'os et leurs piques fluorescentes. L'horreur fonctionne mieux par suggestion que par démonstration. La bande originale de Michl Britsch, bien que fonctionnelle, ne parvient pas à marquer les esprits ni à apporter cette dimension épique qu'un tel récit spatial aurait pu réclamer.

Côté interprétation, Quaid livre une prestation en demi-teinte. Cantonnée essentiellement à une salle de contrôle, sa performance reste étonnamment monotone pour un acteur habitué à incarner des figures d'autorité charismatiques. On est loin de son intensité dans Le bon fils ou même de son charme décontracté dans Fréquence interdite. Foster, en revanche, s'investit pleinement dans son rôle, apportant cette nervosité palpable qui caractérise souvent ses compositions. L'acteur, qui a mangé de véritables insectes vivants plutôt que de simuler, joue ici contre-emploi après avoir incarné tant de psychopathes violents dans sa carrière. Il parvient à rendre crédible la vulnérabilité et la détermination croissante de son personnage, même si le scénario ne lui offre pas toujours le matériau nécessaire. Antje Traue, dans son premier rôle en anglais, apporte une présence physique indéniable, sanglée dans son costume de cuir, et utilise ce tremplin pour se faire remarquer avant de décrocher le rôle de Faora dans Man of steel. Cam Gigandet, lui, surjoue un peu son caporal instable, versant dans la caricature là où il aurait fallu de la subtilité. Mention spéciale à Norman Reedus, qui apparaît brièvement avant de devenir Daryl dans The walking dead, et au frère de Ben Foster, Jon Foster, qui partage avec lui une scène où son personnage se réveille pour être immédiatement dévoré ; première collaboration entre les deux frères.

Au final, Pandorum se regarde sans déplaisir, mais laisse un sentiment d'inachevé. Le film possède des atouts indéniables (une ambiance claustrophobe réussie, quelques idées stimulantes, des décors convaincants), mais peine à transcender ses influences pour proposer une œuvre mémorable. C'est un divertissement spatial correct qui aurait pu devenir le premier volet d'une trilogie fascinante, imaginant la colonisation de Tanis et ses périls, mais l'échec commercial (à peine 20 millions de dollars récoltés dans le monde) a définitivement enterré ces ambitions. Le film souffre surtout de vouloir en faire trop : entre le thriller psychologique, l'horreur gore et l'action frénétique, il se disperse et dilue son impact. On admire l'effort d'Alvart pour redonner vie au space horror, genre trop rare, mais force est de constater que son film ne parvient pas à se hisser au niveau de ses modèles.
Ma note60%
Vu le 2 Octobre 2009


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