Promenade au pays des nombres

Vingt ans après sa parution, on se retrouve à feuilleter ce petit livre avec la curiosité tranquille de celui qui dépoussière une boîte à gants. Jean Pézennec n'est pas exactement un nom qui fait vibrer les devantures de librairies. Enseignant-chercheur en mathématiques à l'Université de Nantes jusqu'en 2015, il mène depuis les années 80 une double vie discrète : d'un côté, des sketches de café-théâtre et des spectacles jeunesse signés sous le pseudonyme Jean Legeay ; de l'autre, une poignée d'ouvrages de vulgarisation mathématique publiés sous son vrai nom. Promenades au pays des nombres s'inscrit dans cette deuxième veine, en continuité directe avec Les nombres. Math un peu ma planète paru chez Gallimard Jeunesse en 1997. On est donc en terrain connu pour l'auteur, et ça se sent.
Le livre, publié chez Ellipses dans la collection « L'esprit des sciences », tient en 128 pages format poche. Le programme est ambitieux sur le papier : nous emmener en promenade à travers les grandes familles de nombres, du plus banal (le bon vieux 1, le zéro, le 2) jusqu'aux plus exotiques : ?, le nombre d'or, les nombres de Fermat, et même i, l'imaginaire pur. Pour chacun, Pézennec promet d'en expliquer la nature, les origines historiques, les usages concrets et les liens avec ses congénères. Un tour du propriétaire, en somme, avec un guide qui connaît visiblement bien sa maison.
Et franchement, il tient la promesse sur pas mal de tronçons. La pédagogie est claire, le ton accessible sans jamais condescendre, et on sent que l'auteur — homme de théâtre à ses heures — a le sens de la formule et du rythme. Certains passages sur l'histoire des systèmes de numération, ou sur la construction progressive de l'idée même de « nombre », ont une vraie légèreté qui fait penser, toutes proportions gardées, à ce que Marcus du Sautoy fait en anglais avec bien plus de moyens. Les amateurs de ce genre de vulgarisation narrative trouveront ici quelque chose d'assez proche de L'homme qui aimait les chiffres de Paul Hoffman, même si on est bien loin de son souffle biographique.
Là où le bât blesse, c'est précisément dans cette question de souffle. Cent vingt-huit pages, c'est court. Très court. Trop court pour le projet affiché. Plusieurs nombres, pourtant fascinants, sont traités en quelques paragraphes qui laissent une impression d'effleurage. On aurait aimé qu'il s'attarde, qu'il creuse, qu'il ose les digressions : c'est justement là que la vulgarisation devient mémorable. À la place, on a parfois l'impression de lire un polycopié de cours bien rédigé plutôt qu'une véritable invitation au voyage. Le format de la collection « L'esprit des sciences » impose ses contraintes, et l'auteur ne parvient pas toujours à s'en affranchir.
Il y a quand même une anecdote qui mérite d'être mentionnée : le livre a été traduit en coréen en 2006, publié à Séoul par les éditions Woongjin Think Big. Pour un ouvrage de 128 pages publié dans une collection académique française à diffusion confidentielle, c'est un signal non négligeable. La Corée du Sud avait, au milieu des années 2000, un marché particulièrement actif pour les ouvrages de popularisation scientifique à destination du grand public, et cette traduction dit quelque chose de la qualité réelle du texte… même si elle n'en corrige pas les limites structurelles.
Au final, Promenades au pays des nombres est un livre honnête, utile, qui remplit correctement son contrat sans jamais l'excéder. On le lit avec plaisir, on le referme avec l'impression d'avoir mangé un bon amuse-bouche, mais pas vraiment le repas promis. Si vous cherchez une porte d'entrée douce vers le monde des nombres, il fera très bien l'affaire, surtout si vous le combinez avec quelque chose de plus charnu. Mais si vous espériez en ressortir émerveillé, allez voir ailleurs.
Le livre, publié chez Ellipses dans la collection « L'esprit des sciences », tient en 128 pages format poche. Le programme est ambitieux sur le papier : nous emmener en promenade à travers les grandes familles de nombres, du plus banal (le bon vieux 1, le zéro, le 2) jusqu'aux plus exotiques : ?, le nombre d'or, les nombres de Fermat, et même i, l'imaginaire pur. Pour chacun, Pézennec promet d'en expliquer la nature, les origines historiques, les usages concrets et les liens avec ses congénères. Un tour du propriétaire, en somme, avec un guide qui connaît visiblement bien sa maison.
Et franchement, il tient la promesse sur pas mal de tronçons. La pédagogie est claire, le ton accessible sans jamais condescendre, et on sent que l'auteur — homme de théâtre à ses heures — a le sens de la formule et du rythme. Certains passages sur l'histoire des systèmes de numération, ou sur la construction progressive de l'idée même de « nombre », ont une vraie légèreté qui fait penser, toutes proportions gardées, à ce que Marcus du Sautoy fait en anglais avec bien plus de moyens. Les amateurs de ce genre de vulgarisation narrative trouveront ici quelque chose d'assez proche de L'homme qui aimait les chiffres de Paul Hoffman, même si on est bien loin de son souffle biographique.
Là où le bât blesse, c'est précisément dans cette question de souffle. Cent vingt-huit pages, c'est court. Très court. Trop court pour le projet affiché. Plusieurs nombres, pourtant fascinants, sont traités en quelques paragraphes qui laissent une impression d'effleurage. On aurait aimé qu'il s'attarde, qu'il creuse, qu'il ose les digressions : c'est justement là que la vulgarisation devient mémorable. À la place, on a parfois l'impression de lire un polycopié de cours bien rédigé plutôt qu'une véritable invitation au voyage. Le format de la collection « L'esprit des sciences » impose ses contraintes, et l'auteur ne parvient pas toujours à s'en affranchir.
Il y a quand même une anecdote qui mérite d'être mentionnée : le livre a été traduit en coréen en 2006, publié à Séoul par les éditions Woongjin Think Big. Pour un ouvrage de 128 pages publié dans une collection académique française à diffusion confidentielle, c'est un signal non négligeable. La Corée du Sud avait, au milieu des années 2000, un marché particulièrement actif pour les ouvrages de popularisation scientifique à destination du grand public, et cette traduction dit quelque chose de la qualité réelle du texte… même si elle n'en corrige pas les limites structurelles.
Au final, Promenades au pays des nombres est un livre honnête, utile, qui remplit correctement son contrat sans jamais l'excéder. On le lit avec plaisir, on le referme avec l'impression d'avoir mangé un bon amuse-bouche, mais pas vraiment le repas promis. Si vous cherchez une porte d'entrée douce vers le monde des nombres, il fera très bien l'affaire, surtout si vous le combinez avec quelque chose de plus charnu. Mais si vous espériez en ressortir émerveillé, allez voir ailleurs.
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