Paradise
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Netflix a décidément un faible pour les concepts de science-fiction qui font briller les yeux deux minutes avant de nous laisser sur le carreau. Paradise, mis en scène par l'Allemand Boris Kunz, ne déroge pas à la règle. Le film réunit Kostja Ullmann et Lisa-Marie Koroll dans les rôles principaux, avec à leurs côtés Iris Berben, figure tutélaire du cinéma germanique, et Lisa Loven Kongsli. Sur le papier, ça ressemble à une série B ambitieuse qui voudrait jouer dans la cour des grands. Sur l'écran… c'est un peu plus compliqué que ça. L'intrigue tourne autour d'un couple dont la vie bascule après un incendie domestique — une bougie mal éteinte, et voilà deux millions d'euros de dettes immobilières qui s'abattent sur eux. Pour rembourser, Elena accepte de céder quarante ans de sa vie à une multinationale spécialisée dans le transfert de longévité : des riches rachètent des années à des pauvres, rajeunissent, pendant que les donneurs vieillissent à vue d'œil. Son mari, désespéré, va tout faire pour récupérer ce qui lui a été pris. Le tout dans un Berlin futuriste où les voitures ont l'air crédibles et les décors plutôt soignés — ce qui, pour un film allemand de genre, mérite d'être signalé. Le problème, c'est que dès qu'on gratte un peu, le vernis s'écaille vite. L'idée de monétiser la durée de vie humaine, de créer un marché du temps biologique dominé par les inégalités de classe, c'est du bon matériau de SF sociale. Sauf que Andrew Niccol l'avait déjà fait en 2011 avec In Time — sorti chez nous sous le titre Time Out — et Justin Timberlake en guest-vedette. Boris Kunz ne copie pas servilement son aîné, et va même plus loin dans le traitement social et politique du sujet : les terroristes anti-corporation, le trafic de migrants mêlé au trafic de temps, l'endettement comme outil de domination… le film a de vraies intentions. Mais avoir de vraies intentions ne suffit pas à construire un scénario solide, et c'est là que ça se gâte. Les personnages souffrent d'un déficit d'écriture qui finit par peser. Elena et Max sont des archétypes fonctionnels plus que des êtres de chair : lui est dans la réaction permanente, elle subit. Le film tente bien quelques embardées vers des figures plus intéressantes — notamment le personnage de la garde du corps, dont un monologue sur la valeur de la vie détonne agréablement dans le paysage — mais ces éclairs restent anecdotiques. Iris Berben en grande patronne froide et calculatrice aurait mérité bien plus de scènes ; elle est sous-exploitée, ce qui est un gâchis assez caractérisé. Ce qui frappe dans Paradise, c'est moins ce qu'il dit que ce qu'il aurait pu dire. La première partie du film est franchement réussie : l'ambiance est oppressante, le monde est posé avec cohérence, et la mécanique du transfert de vie génère une vraie tension morale. On pense parfois à Bienvenue à Gattaca, ou même à Black Mirror dans ses bons jours — cette SF qui utilise la technologie comme révélateur d'injustices bien réelles. Le capitalisme qui s'attaque au corps des plus pauvres pour prolonger la jeunesse des plus riches : le thème est d'une actualité brûlante, et le film le sait. Puis arrive la deuxième moitié, et avec elle la déception. Le récit lâche ses ambitions comme on jette du lest, et vire à la course-poursuite. Les scènes d'action s'étirent, les rebondissements s'enchaînent sans surprise, et on se retrouve dans un thriller d'action assez banal qui n'a plus grand-chose à voir avec la réflexion entamée. Les séquences de cavale sont trop longues, répétitives, et le final part dans tous les sens — comme si le scénario avait brusquement manqué de carburant et tentait de compenser par du mouvement. Ce déséquilibre entre une première partie soignée et une seconde partie expédiée est probablement le péché capital du film. Visuellement, en revanche, Boris Kunz s'en sort mieux qu'on ne l'espérait. La direction artistique est propre, les effets spéciaux honnêtes, et Berlin — avec son architecture froide et ses angles durs — prête sa géographie au projet avec une efficacité naturelle. La bande-son, en revanche, est trop présente, trop insistante, comme si la musique voulait compenser le manque de tension dramatique à coups de nappes anxiogènes. C'est le genre d'artifice qui finit par agacer. Côté casting, les acteurs font ce qu'ils peuvent avec ce qu'on leur donne, et c'est déjà ça. Kostja Ullmann est convaincant en mari désemparé qui s'emballe, Lisa-Marie Koroll gère correctement les deux états de son personnage — jeune femme puis femme vieillie — même si le maquillage de vieillissement n'est pas toujours des plus convaincants. Lisa Loven Kongsli, qu'on avait aperçue dans Force Majeure de Ruben Östlund, apporte une sobriété bienvenue dans un film qui manque parfois de retenue. En VF, les voix rendent l'ensemble plus digeste, même si la synchronisation laisse parfois à désirer sur certaines scènes d'action. Au bout du compte, Paradise est exactement le genre de film dont on ressort avec un sentiment de rendez-vous manqué. Les avis assez positifs qui circulent sur la plateforme poussent à la curiosité, et cette curiosité n'est pas totalement punie — on ne s'ennuie pas, le rythme reste soutenu, et il y a dans la première heure quelques scènes qui tiennent vraiment leurs promesses. Mais le scénario tient difficilement la route sur la durée, et la sensation de réchauffé finit par s'imposer. Pour une SF sociale ambitieuse qui va jusqu'au bout de ses idées, mieux vaut (re)voir In Time, Bienvenue à Gattaca, ou même les meilleurs épisodes de Black Mirror. Paradise, lui, restera ce film allemand qui avait une bonne idée et n'a su qu'à moitié quoi en faire.
Ma note47%
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