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· Julien   Lepage

Parents à perpétuité
Safy Nebbou
2023

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Illustration de critique : Parents à perpétuité
Aborder un sujet aussi délicat que celui de Parents à perpétuité, réalisé par Safy Nebbou (le frère de Mehdi Nebbou, Karadec d'HPI), relève d'une véritable gageure. Inspiré d'un fait divers glaçant et adapté du livre éponyme de Dominique et Sophie Moulinas, ce film prend le parti d'explorer l'autre versant du drame : celui des parents du coupable. Si l'intention est louable et le traitement globalement respectueux, l'exécution laisse à désirer, en grande partie à cause d'un jeu d'acteur inégal qui affaiblit la force du récit.

Le film s'ouvre sur un quotidien ordinaire. Laurence et Éric, incarnés par Natacha Lindinger et Éric Caravaca, sont des parents aimants, attachés à leur fils Guillaume. Ils ne voient rien venir. Et puis, en un instant, tout bascule. La gendarmerie fait irruption, arrête leur fils et l'accuse de viol. D'abord incrédules, puis rattrapés par la réalité lorsqu'il avoue, les parents se retrouvent piégés dans une spirale infernale. Entre l'horreur de l'acte commis et l'amour indéfectible qu'ils portent à leur enfant, comment réagir ? Comment affronter la justice, le regard des autres, la culpabilité de n'avoir rien vu ?

Le scénario, signé Julie Jézéquel, a le mérite d'être sobre. Le film ne cherche pas à noircir inutilement le trait, ni à déformer la réalité. Il s'attache à retracer fidèlement le calvaire judiciaire et personnel d'une famille brisée par un crime qu'elle ne peut ni excuser ni nier. En cela, il réussit à éviter le sensationnalisme, ce qui est une qualité non négligeable dans le traitement de ce genre d'affaire.

Toutefois, à force de retenue, le film peine à insuffler un véritable souffle dramatique. Les situations s'enchaînent sans jamais atteindre une intensité émotionnelle forte, en partie à cause d'un manque de nuances dans l'interprétation. Le récit, pourtant riche en tensions, se déroule presque de manière clinique. L'évolution des personnages aurait mérité plus de profondeur, plus de conflits intérieurs palpables, notamment dans la relation entre les parents et leur fils.

Sur ce plan, Parents à perpétuité souffre d'un jeu d'acteur trop inégal pour porter son propos avec toute la force nécessaire. Si Natacha Lindinger et Éric Caravaca s'en sortent honorablement, leur performance reste trop lisse, manquant de brêches et de failles pour incarner pleinement la désillusion et la douleur. Quant à Jules Houplain, dans le rôle de Guillaume, son interprétation oscille entre des instants de justesse et d'autres où l'on peine à croire à son personnage, notamment dans ses interactions avec la justice et ses parents.

En matière de mise en scène, Parents à perpétuité ne brille pas par sa singularité. La réalisation est efficace, mais sans relief particulier, et la photographie reste fonctionnelle sans apporter de véritable valeur ajoutée à l'ensemble. L'absence quasi totale de musique contribue à cette impression de distance, mais au lieu d'ajouter de la sobriété, cela renforce un certain manque d'émotion dans le traitement de l'histoire.

En somme, Parents à perpétuité est un téléfilm qui, malgré un sujet fort et une approche intéressante, ne parvient jamais à pleinement convaincre. Son respect des faits est indéniable, mais son manque d'intensité dramatique et la fadeur de certaines interprétations l'empêchent d'atteindre l'impact espéré. Un visionnage qui peut valoir le détour pour le thème traité, mais qui laisse un goût d'inachevé.
Ma note29%
Vu le 9 Mars 2025


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