L'homme puma
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L'homme puma (ou The pumaman, selon la jaquette) débarque en 1980, tourné en anglais, fabriqué en Italie, piloté par Alberto De Martino, avec Donald Pleasence en grand méchant, Sydne Rome en blonde « fonctionnelle », et Walter George Alton en héros dont le nom sonne déjà comme une marque de céréales. À la fin des seventies, le monde a pris la claque Superman, et dans le bis transalpin, on s'est dit : « s'ils font voler un homme en collant, alors nous le ferons nous aussi ! ». Ça ressemble à un pari d'export, et rien qu'à l'idée, on imagine déjà les producteurs se frotter les mains.
Le film te raconte, sans respirer, qu'autrefois des extraterrestres ont joué les bienfaiteurs chez les Aztèques, qu'ils ont laissé un masque d'or (qui permet littéralement de contrôler les esprits), et surtout une lignée de protecteurs : les hommes-puma. Aujourd'hui, le masque est aux mains du docteur Kobras, gourou criminel qui veut devenir maître du monde en manipulant des gens « importants » du domaine de l'énergie. Pourquoi de l'énergie ? Parce qu'on est en plein imaginaire post-choc pétrolier, et que ça fait toujours sérieux de dire « énergie » dans un film. Son plan est déjà une merveille : comme il ne peut pas porter le masque en permanence, il contrôle ses victimes à distance… via des têtes de mannequins. Oui, des têtes. Plantées là, moustachues, perruquées, hideuses, et censées être les doubles « psychiques » des personnes hypnotisées.
En face, nous retrouvons Tony Farms, paléontologue à Londres, qui ignore tout de son destin et se fait approcher par Vadino, émissaire aztèque de deux mètres, qui a une méthode pédagogique très simple : pousser les gens par les fenêtres pour vérifier s'ils volent. Le film en fait une scène, puis une autre, jusqu'à ce que le spectateur accepte l'idée que défenestrer quelqu'un est tout à fait normal. Quand Tony finit par survivre une chute pas possible sans se briser en deux, Vadino lui refile la ceinture magique : un truc très laid, avec une face d'idole grimaçante… et voilà notre homme promu ! Cape verte et rouge, emblème improbable, pouvoir de traverser les murs, visions astrales, et surtout… le vol.
Là, on touche au cœur du nanar : le film n'est pas juste un « mauvais Superman », c'est un mauvais Superman qui ne comprend pas que son effet principal est censé être le vol. Et ça, c'est émouvant : on sent l'ambition, on voit la débrouille, et surtout, on constate le désastre. Les scènes aériennes sont si raides qu'on dirait un gars suspendu par l'arrière du pantalon, en train de battre des bras devant des images de Londres qui font mal aux yeux. Ce n'est pas seulement raté : c'est un langage, un dialecte du bis italien qui dit « on n'a pas les moyens, mais on va le faire quand même ».
Le scénario, lui, a cette logique très italienne du photocopiage : mélanger deux ou trois idées qui marchent ailleurs, secouer, servir chaud. Le bis, c'est une industrie qui s'exporte, et ça se sent : ici, le film veut être à la fois super-héroïque, conspirationniste, exotique, et vaguement science-fiction. Résultat : il change de ton à chaque bobine, il empile des éléments mythologiques en carton-pâte, et il finit par ressembler à une soirée où tout le monde raconte une histoire différente, mais où personne ne veut laisser l'autre finir sa phrase. La force (relative) du film, c'est qu'il ne s'écroule jamais totalement : il avance. La faiblesse, c'est que ça avance souvent vers un mur, et quand ça traverse le mur, ça fait « biiip » au synthé.
Les clichés sont servis à la louche : l'élu qui ne veut pas être élu, la jolie femme du camp adverse qui se retourne parce que le héros a des yeux gentils, le méchant qui veut le monde parce qu'il est méchant, le mentor mystique qui sait tout et surgit quand il faut. Mais il y a aussi deux ou trois divergences involontaires qui font tout le sel du nanar : les têtes de mannequins, déjà, qui transforment une idée de contrôle mental en vitrine de magasin ; et la méthode « on jette des suspects par la fenêtre », qui, à force, devient une sorte de running gag brutal. Et puis cette mythologie aztèque racontée avec une assurance majestueuse, même quand ça mélange tout (Stonehenge, Andes, Aztèques).
Du côté des personnages, Tony est une page blanche qu'on remplit à la hâte : il subit, il découvre, il accepte, il re-subit. C'est le héros parfait pour un film qui préfère les accessoires (ceinture, cape, masque) à l'intériorité. Jane Dobson, elle, est écrite comme un interrupteur : OFF quand elle espionne, ON quand elle tombe amoureuse. Elle n'a pas de vraie trajectoire, juste des bascules. Et pourtant, dans un film pareil, ça fait le job : elle sert d'entrée dans le repaire de Kobras et d'alibi romantique à un récit qui, sinon, serait une suite de tests de chute libre.
Le personnage qui compte vraiment, c'est Vadino. C'est lui qui donne de la tenue à l'ensemble, parce qu'il porte le mythe comme si c'était une tragédie. Même dans les scènes de bagarre façon Bud Spencer du pauvre, il reste droit, grave, et trop intense pour ce qu'il est en train de vivre. C'est d'ailleurs une remarque qui revient souvent : dans l'épisode de Mystery science theater 3000 consacré au film, un auteur notait que le « vrai héros », c'est Vadino, parce que c'est lui qui intervient dès que ça devient vraiment difficile ou physique.
Niveau thèmes, on a une base intéressante sur le papier : la manipulation des puissants, la peur d'une élite sous influence, l'énergie comme nerf du monde, la question du masque (littéralement) comme instrument de domination. Le problème, c'est que le film ne creuse rien : il brandit des mots-clefs. On est dans le bis qui mime le sérieux : « contrôle mental », « maître du monde », « énergie », « organisation secrète »… et hop, une poursuite. C'est frustrant parce qu'avec un peu plus d'écriture, on pourrait avoir un petit thriller paranoïaque fauché. Là, on a surtout un grand méchant qui joue à la poupée vaudou avec des têtes de vitrine.
La réalisation, c'est le paradoxe : De Martino n'est pas un amateur. Il sait cadrer, il sait faire « film », il a un côté professionnel qui se voit dans les transitions, les tentatives de mouvements, et la manière de tenir un récit sans qu'il s'arrête pour reprendre son souffle. Mais ce professionnalisme se fracasse sur deux murs : les effets spéciaux et la bande-son. Les trucages sont d'une pauvreté spectaculaire.
Et les acteurs dans tout ça ? Donald Pleasence fait ce qu'il peut, mais il a l'air d'un acteur venu d'un autre film. Il a la présence, il a le visage qui raconte déjà quelque chose, mais il est affublé de costumes si douteux qu'on dirait qu'on lui a promis un génie du mal et qu'on lui a livré une garde-robe de discothèque. Son Kobras a un côté « je suis fatigué, mais je vais quand même essayer de conquérir le monde », ce qui devient presqu'attachant. Sydne Rome joue la partition attendue : elle existe, elle sourit, elle s'inquiète, elle repart. Et Walter George Alton, au milieu, n'est pas catastrophique (ce qui, dans ce type de film, est déjà un compliment). Il a même un petit truc « honnête » qui fait qu'on ne lui en veux pas d'être le pantin d'un harnais.
Au bout du compte, L'homme puma est exactement ce qu'il prétend être sans le savoir : un nanar. Tellement persuadé d'être sérieux que ça devient hilarant. Il y a un plaisir réel à le regarder, parce qu'il est rempli d'idées absurdes, de solutions bricolées, de moments où l'on sent que tout le monde a fait au mieux dans un contexte impossible. C'est bancal, souvent ridicule, parfois franchement jouissif… surtout dès que le film veut impressionner.
Le film te raconte, sans respirer, qu'autrefois des extraterrestres ont joué les bienfaiteurs chez les Aztèques, qu'ils ont laissé un masque d'or (qui permet littéralement de contrôler les esprits), et surtout une lignée de protecteurs : les hommes-puma. Aujourd'hui, le masque est aux mains du docteur Kobras, gourou criminel qui veut devenir maître du monde en manipulant des gens « importants » du domaine de l'énergie. Pourquoi de l'énergie ? Parce qu'on est en plein imaginaire post-choc pétrolier, et que ça fait toujours sérieux de dire « énergie » dans un film. Son plan est déjà une merveille : comme il ne peut pas porter le masque en permanence, il contrôle ses victimes à distance… via des têtes de mannequins. Oui, des têtes. Plantées là, moustachues, perruquées, hideuses, et censées être les doubles « psychiques » des personnes hypnotisées.
En face, nous retrouvons Tony Farms, paléontologue à Londres, qui ignore tout de son destin et se fait approcher par Vadino, émissaire aztèque de deux mètres, qui a une méthode pédagogique très simple : pousser les gens par les fenêtres pour vérifier s'ils volent. Le film en fait une scène, puis une autre, jusqu'à ce que le spectateur accepte l'idée que défenestrer quelqu'un est tout à fait normal. Quand Tony finit par survivre une chute pas possible sans se briser en deux, Vadino lui refile la ceinture magique : un truc très laid, avec une face d'idole grimaçante… et voilà notre homme promu ! Cape verte et rouge, emblème improbable, pouvoir de traverser les murs, visions astrales, et surtout… le vol.
Là, on touche au cœur du nanar : le film n'est pas juste un « mauvais Superman », c'est un mauvais Superman qui ne comprend pas que son effet principal est censé être le vol. Et ça, c'est émouvant : on sent l'ambition, on voit la débrouille, et surtout, on constate le désastre. Les scènes aériennes sont si raides qu'on dirait un gars suspendu par l'arrière du pantalon, en train de battre des bras devant des images de Londres qui font mal aux yeux. Ce n'est pas seulement raté : c'est un langage, un dialecte du bis italien qui dit « on n'a pas les moyens, mais on va le faire quand même ».
Le scénario, lui, a cette logique très italienne du photocopiage : mélanger deux ou trois idées qui marchent ailleurs, secouer, servir chaud. Le bis, c'est une industrie qui s'exporte, et ça se sent : ici, le film veut être à la fois super-héroïque, conspirationniste, exotique, et vaguement science-fiction. Résultat : il change de ton à chaque bobine, il empile des éléments mythologiques en carton-pâte, et il finit par ressembler à une soirée où tout le monde raconte une histoire différente, mais où personne ne veut laisser l'autre finir sa phrase. La force (relative) du film, c'est qu'il ne s'écroule jamais totalement : il avance. La faiblesse, c'est que ça avance souvent vers un mur, et quand ça traverse le mur, ça fait « biiip » au synthé.
Les clichés sont servis à la louche : l'élu qui ne veut pas être élu, la jolie femme du camp adverse qui se retourne parce que le héros a des yeux gentils, le méchant qui veut le monde parce qu'il est méchant, le mentor mystique qui sait tout et surgit quand il faut. Mais il y a aussi deux ou trois divergences involontaires qui font tout le sel du nanar : les têtes de mannequins, déjà, qui transforment une idée de contrôle mental en vitrine de magasin ; et la méthode « on jette des suspects par la fenêtre », qui, à force, devient une sorte de running gag brutal. Et puis cette mythologie aztèque racontée avec une assurance majestueuse, même quand ça mélange tout (Stonehenge, Andes, Aztèques).
Du côté des personnages, Tony est une page blanche qu'on remplit à la hâte : il subit, il découvre, il accepte, il re-subit. C'est le héros parfait pour un film qui préfère les accessoires (ceinture, cape, masque) à l'intériorité. Jane Dobson, elle, est écrite comme un interrupteur : OFF quand elle espionne, ON quand elle tombe amoureuse. Elle n'a pas de vraie trajectoire, juste des bascules. Et pourtant, dans un film pareil, ça fait le job : elle sert d'entrée dans le repaire de Kobras et d'alibi romantique à un récit qui, sinon, serait une suite de tests de chute libre.
Le personnage qui compte vraiment, c'est Vadino. C'est lui qui donne de la tenue à l'ensemble, parce qu'il porte le mythe comme si c'était une tragédie. Même dans les scènes de bagarre façon Bud Spencer du pauvre, il reste droit, grave, et trop intense pour ce qu'il est en train de vivre. C'est d'ailleurs une remarque qui revient souvent : dans l'épisode de Mystery science theater 3000 consacré au film, un auteur notait que le « vrai héros », c'est Vadino, parce que c'est lui qui intervient dès que ça devient vraiment difficile ou physique.
Niveau thèmes, on a une base intéressante sur le papier : la manipulation des puissants, la peur d'une élite sous influence, l'énergie comme nerf du monde, la question du masque (littéralement) comme instrument de domination. Le problème, c'est que le film ne creuse rien : il brandit des mots-clefs. On est dans le bis qui mime le sérieux : « contrôle mental », « maître du monde », « énergie », « organisation secrète »… et hop, une poursuite. C'est frustrant parce qu'avec un peu plus d'écriture, on pourrait avoir un petit thriller paranoïaque fauché. Là, on a surtout un grand méchant qui joue à la poupée vaudou avec des têtes de vitrine.
La réalisation, c'est le paradoxe : De Martino n'est pas un amateur. Il sait cadrer, il sait faire « film », il a un côté professionnel qui se voit dans les transitions, les tentatives de mouvements, et la manière de tenir un récit sans qu'il s'arrête pour reprendre son souffle. Mais ce professionnalisme se fracasse sur deux murs : les effets spéciaux et la bande-son. Les trucages sont d'une pauvreté spectaculaire.
Et les acteurs dans tout ça ? Donald Pleasence fait ce qu'il peut, mais il a l'air d'un acteur venu d'un autre film. Il a la présence, il a le visage qui raconte déjà quelque chose, mais il est affublé de costumes si douteux qu'on dirait qu'on lui a promis un génie du mal et qu'on lui a livré une garde-robe de discothèque. Son Kobras a un côté « je suis fatigué, mais je vais quand même essayer de conquérir le monde », ce qui devient presqu'attachant. Sydne Rome joue la partition attendue : elle existe, elle sourit, elle s'inquiète, elle repart. Et Walter George Alton, au milieu, n'est pas catastrophique (ce qui, dans ce type de film, est déjà un compliment). Il a même un petit truc « honnête » qui fait qu'on ne lui en veux pas d'être le pantin d'un harnais.
Au bout du compte, L'homme puma est exactement ce qu'il prétend être sans le savoir : un nanar. Tellement persuadé d'être sérieux que ça devient hilarant. Il y a un plaisir réel à le regarder, parce qu'il est rempli d'idées absurdes, de solutions bricolées, de moments où l'on sent que tout le monde a fait au mieux dans un contexte impossible. C'est bancal, souvent ridicule, parfois franchement jouissif… surtout dès que le film veut impressionner.
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