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· Julien   Lepage

Raiponce
Byron Howard et Nathan Greno
2010

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Illustration de critique : Raiponce
En 2010, Disney célèbre son cinquantième film d'animation avec Raiponce, réalisé par Byron Howard et Nathan Greno. Un choix qui sonne comme une transition : après des décennies de princesses en animation traditionnelle, voici la première en 3D. Visuellement, Disney affiche ses ambitions avec un budget colossal de 260 millions de dollars, justifié par une esthétique léchée et un travail d'animation méticuleux, notamment sur la chevelure de l'héroïne. La promesse est séduisante, mais le pari est-il entièrement réussi ?

Le récit reprend le conte des frères Grimm en le revisitant à la sauce Disney. Raiponce est une princesse enlevée à la naissance par Mère Gothel, sorcière narcissique qui exploite la magie de ses cheveux pour rester éternellement jeune. Cloîtrée dans une tour, Raiponce rêve du monde extérieur et d'assister au spectacle des lanternes volantes qui illuminent le ciel chaque année pour son anniversaire. L'arrivée impromptue de Flynn Rider, un voleur charismatique en fuite, lui offre l'opportunité de quitter son cocon doré. L'occasion de découvrir le monde, d'échapper à son geôlière et, bien entendu, de vivre une grande aventure ponctuée de chansons et de gags burlesques.

Si le scénario ne brille pas par son originalité, il se repose sur une exécution soignée et efficace. Raiponce coche toutes les cases du conte moderne : une héroïne enfermée qui découvre l'indépendance, un antihéros au grand cœur, une méchante manipulatrice, et des sidekicks comiques. La formule est éprouvée, et si elle fonctionne, elle n'évite pas un certain manque d'audace. L'histoire s'appuie sur un schéma narratif prévisible qui rappelle Aladdin ou La belle et la bête, sans jamais vraiment prendre de risque. Certes, l'humour et l'action sont bien dosés, notamment grâce aux interactions entre Flynn, Maximus (le cheval détective survolté) et Pascal (le caméléon au regard expressif), mais on aurait aimé un peu plus de nouveauté.

Les personnages, quant à eux, oscillent entre réussite et convention. Raiponce est une héroïne énergique et attachante, qui mélange l'innocence d'une jeune fille enfermée depuis toujours avec une détermination qui la rend plus moderne que ses prédécesseuses. Son évolution est bien amenée, bien que calibrée. Flynn Rider, malgré son côté voleur au grand cœur, est un personnage bien écrit qui apporte une dose de légèreté bienvenue. Son duo avec Raiponce fonctionne, même si leur romance suit un chemin balisé. Mère Gothel, en revanche, est sans doute l'un des antagonistes les plus mémorables de Disney. Manipulatrice et toxique, elle incarne la figure de la mère abusive avec une subtilité assez rare dans l'animation familiale. Son amour déguisé en possessivité donne une lecture plus adulte au film, contrastant avec son humour mordant.

L'un des points forts de Raiponce réside dans ses thématiques sous-jacentes. On y retrouve la peur du changement, la quête d'indépendance et la découverte du monde. Si le film emprunte aux classiques Disney, il joue aussi avec la notion de contrôle parental et de manipulation psychologique à travers Mère Gothel. Cette dernière n'est pas une sorcière qui jette des sorts, mais une figure maternelle qui vampirise sa protégée par des paroles doucereuses et culpabilisantes. Ce traitement apporte une nuance bienvenue à une histoire qui aurait pu sombrer dans la simplicité.

Sur le plan technique, le film impressionne par sa maîtrise de l'animation. Les décors sont somptueux, et la modélisation des personnages est fluide, même si le chara-design souffre d'un certain lissage qui rappelle les productions Pixar sans en atteindre la subtilité émotionnelle. La scène des lanternes sur le lac est un moment de grâce visuelle, où la direction artistique et la musique se conjuguent pour offrir une séquence d'une grande beauté. Pourtant, l'esthétique générale manque parfois d'identité, trop polie, trop lisse, presque trop formatée pour satisfaire un public large.

Les chansons signées Alan Menken remplissent leur fonction, bien que moins marquantes que celles des grands classiques Disney. Je veux y croire et Où est la vraie vie sont efficaces, mais on est loin d'un Ce rêve bleu ou d'un Histoire éternelle. Mère Gothel s'offre un bon numéro avec N'écoute que moi, morceau qui traduit bien sa manipulation insidieuse. Mais dans l'ensemble, la bande-son ne parvient pas à s'ancrer dans la mémoire comme les meilleures compositions du studio.

Côté performances, le casting vocal fait le job. Mandy Moore et Zachary Levi livrent des prestations solides en VO, et la version française, avec Maeva Méline et Romain Duris, s'en sort honorablement. L'interprétation d'Isabelle Adjani en Mère Gothel ajoute une dimension théâtrale intéressante, bien que parfois un peu trop appuyée.

Au final, Raiponce est un Disney efficace, qui réussit son mélange entre tradition et modernité sans pour autant révolutionner le genre. L'animation est belle, l'humour bien dosé et l'histoire, bien que convenue, reste plaisante. Ce n'est pas le grand renouveau du conte de fées, mais une aventure bien ficelée qui plaira à un large public. Pour autant, il lui manque ce petit supplément d'âme qui fait la différence entre un bon Disney et un chef-d'œuvre intemporel. Raiponce est une réussite technique et divertissante, mais sans doute pas le film qui marquera durablement l'histoire de l'animation.
Ma note51%
Vu le 10 Mars 2022


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