La route
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Adapté du roman culte de Cormac McCarthy, prix Pulitzer au passage, La route est un film réalisé par John Hillcoat et présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2009. Avec Viggo Mortensen dans le rôle principal, accompagné du jeune Kodi Smit-McPhee, le projet s'inscrit dans cette tradition de films post-apocalyptiques qui cherchent à dire quelque chose d'universel sur l'humanité, le désespoir… et les caddies. Beaucoup d'attente autour de cette adaptation, donc. Et j'étais plutôt bien luné pour me laisser happer, prêt à prendre la route, moi aussi, aux côtés du père et de l'enfant.
L'histoire est simple : un homme et son fils traversent un monde en ruines, couvert de cendres, à la recherche d'un Sud hypothétique, en poussant leur chariot. On ne sait pas trop ce qui a provoqué l'effondrement, mais une chose est sûre : ce n'est pas un problème de livraison de surgelés. Plus d'animaux, plus de végétation, plus rien à gratter, à part les fonds de boîtes de conserve. C'est la survie, la vraie, la moche. Le père tente de protéger son fils de tout — du froid, des cannibales, de la folie. L'enfant, lui, traîne une naïveté presque gênante, mais sans doute salvatrice. En chemin, ils croisent d'autres âmes errantes, comme Robert Duvall en vieillard décati ou Guy Pearce dans une apparition finale censée offrir une note d'espoir. Censée.
Le scénario a la finesse d'un roman épuré, parfois au bord du mutisme. Et ça, je pourrais l'adorer. Mais ici, quelque chose coince. J'aurais voulu marcher avec eux, mais j'ai bifurqué. Il y a cette impression constante que tout est trop appuyé, trop démonstratif dans son austérité. On sent que le film veut dire des choses profondes, mais il semble parfois oublier de les faire vivre. À force de dépouillement, on frôle parfois le vide. Les scènes s'enchaînent comme des segments sans liant, des morceaux d'une errance dont on peine à percevoir le rythme. Même la menace — pourtant omniprésente — manque de tension. Les cannibales sont là, oui, mais ils n'évoquent pas la même peur viscérale que ceux de Mad Max 2 ou même de 28 jours plus tard.
Quant aux personnages… Le duo père-fils repose sur une dynamique touchante, mais un peu figée. Le père est totalement obsédé par la survie, au point de frôler la paranoïa ; son fils, lui, est une sorte de conscience morale ambulante, toujours prêt à rappeler qu'on est les gentils. On comprend ce qu'on essaie de faire passer — le poids de la transmission, la tension entre barbarie et innocence —, mais ça finit par tourner en rond. Leur relation ne semble pas évoluer, elle est figée dans une mécanique de répétition : « T'as vu un méchant ? » « Oui. » « Tu crois que c'est un gentil ? » « Non. » « On lui file une boîte de conserve ? » « Peut-être. » — et ainsi de suite, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Sur le fond, le film ne manque pourtant pas d'ambition. Il interroge la frontière entre l'humain et l'inhumain, entre la ténacité et l'absurde. Le monde qu'il décrit n'est plus qu'un décor de théâtre calciné, un théâtre de la fin où l'on répète des gestes de survie comme autant de rituels vides. Et au milieu, cette question lancinante : pourquoi continuer ? Ce n'est pas tant la catastrophe elle-même qui trouble, mais l'absence totale d'horizon. Même la mer, cette ligne d'arrivée fantasmée, se révèle terne et morte. Le film ose cette noirceur. Mais justement, est-ce qu'oser suffit ? Ou faut-il aussi offrir un point d'accroche, un minimum d'incarnation ? Car ici, le désespoir est tellement total qu'il devient abstrait. On regarde la fin du monde comme un diaporama National Geographic en mode dépressif.
Côté réalisation, rien à dire : c'est visuellement maîtrisé. L'image est magnifique dans son austérité. Tout est gris, froid, rugueux. Le chef op Javier Aguirresarobe livre un travail remarquable. On ressent le froid, la crasse, l'épuisement. Pas de surenchère, pas de filtre numérique outrancier, juste une ambiance poisseuse et glaçante. Et pourtant, malgré la beauté formelle, quelque chose ne prend pas. Peut-être parce que cette perfection plastique finit par anesthésier l'émotion. Et que dire de la musique, signée Nick Cave et Warren Ellis, belle mais, discrète, presque trop discrète, comme si elle n'osait pas troubler le silence ambiant.
Les acteurs, eux, font ce qu'ils peuvent. Viggo Mortensen est engagé, intense, abîmé. On sent qu'il a vécu son rôle plus qu'il ne l'a joué. Mais parfois, même la sincérité semble peser. Kodi Smit-McPhee s'en sort bien, à condition d'accepter son personnage comme un symbole plus qu'un enfant crédible. On croise aussi brièvement Charlize Theron dans des flashbacks mélancoliques, et Robert Duvall en forme d'apparition presque grotesque — un fantôme hagard venu d'un autre film, peut-être plus drôle, peut-être plus vivant.
En sortant du film, je n'étais pas fâché. J'étais surtout perplexe. Pas sûr de ce que j'avais vu, ni de ce que j'étais censé ressentir. C'est peut-être ça le plus déroutant. La route est un film qui a tout pour me plaire, mais je suis resté à côté. Comme si je n'avais pas su le prendre à la bonne température. C'est un film intelligent, ambitieux, rigoureux, mais qui oublie peut-être d'être un film vivant. Pour ceux qui cherchent un désespoir total sur grand écran, c'est sans doute une belle pioche. Moi, j'en suis sorti glacé, mais pas tout à fait bouleversé. Peut-être qu'un jour, je le reverrai, pour comprendre ce que j'ai raté. Peut-être.
L'histoire est simple : un homme et son fils traversent un monde en ruines, couvert de cendres, à la recherche d'un Sud hypothétique, en poussant leur chariot. On ne sait pas trop ce qui a provoqué l'effondrement, mais une chose est sûre : ce n'est pas un problème de livraison de surgelés. Plus d'animaux, plus de végétation, plus rien à gratter, à part les fonds de boîtes de conserve. C'est la survie, la vraie, la moche. Le père tente de protéger son fils de tout — du froid, des cannibales, de la folie. L'enfant, lui, traîne une naïveté presque gênante, mais sans doute salvatrice. En chemin, ils croisent d'autres âmes errantes, comme Robert Duvall en vieillard décati ou Guy Pearce dans une apparition finale censée offrir une note d'espoir. Censée.
Le scénario a la finesse d'un roman épuré, parfois au bord du mutisme. Et ça, je pourrais l'adorer. Mais ici, quelque chose coince. J'aurais voulu marcher avec eux, mais j'ai bifurqué. Il y a cette impression constante que tout est trop appuyé, trop démonstratif dans son austérité. On sent que le film veut dire des choses profondes, mais il semble parfois oublier de les faire vivre. À force de dépouillement, on frôle parfois le vide. Les scènes s'enchaînent comme des segments sans liant, des morceaux d'une errance dont on peine à percevoir le rythme. Même la menace — pourtant omniprésente — manque de tension. Les cannibales sont là, oui, mais ils n'évoquent pas la même peur viscérale que ceux de Mad Max 2 ou même de 28 jours plus tard.
Quant aux personnages… Le duo père-fils repose sur une dynamique touchante, mais un peu figée. Le père est totalement obsédé par la survie, au point de frôler la paranoïa ; son fils, lui, est une sorte de conscience morale ambulante, toujours prêt à rappeler qu'on est les gentils. On comprend ce qu'on essaie de faire passer — le poids de la transmission, la tension entre barbarie et innocence —, mais ça finit par tourner en rond. Leur relation ne semble pas évoluer, elle est figée dans une mécanique de répétition : « T'as vu un méchant ? » « Oui. » « Tu crois que c'est un gentil ? » « Non. » « On lui file une boîte de conserve ? » « Peut-être. » — et ainsi de suite, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Sur le fond, le film ne manque pourtant pas d'ambition. Il interroge la frontière entre l'humain et l'inhumain, entre la ténacité et l'absurde. Le monde qu'il décrit n'est plus qu'un décor de théâtre calciné, un théâtre de la fin où l'on répète des gestes de survie comme autant de rituels vides. Et au milieu, cette question lancinante : pourquoi continuer ? Ce n'est pas tant la catastrophe elle-même qui trouble, mais l'absence totale d'horizon. Même la mer, cette ligne d'arrivée fantasmée, se révèle terne et morte. Le film ose cette noirceur. Mais justement, est-ce qu'oser suffit ? Ou faut-il aussi offrir un point d'accroche, un minimum d'incarnation ? Car ici, le désespoir est tellement total qu'il devient abstrait. On regarde la fin du monde comme un diaporama National Geographic en mode dépressif.
Côté réalisation, rien à dire : c'est visuellement maîtrisé. L'image est magnifique dans son austérité. Tout est gris, froid, rugueux. Le chef op Javier Aguirresarobe livre un travail remarquable. On ressent le froid, la crasse, l'épuisement. Pas de surenchère, pas de filtre numérique outrancier, juste une ambiance poisseuse et glaçante. Et pourtant, malgré la beauté formelle, quelque chose ne prend pas. Peut-être parce que cette perfection plastique finit par anesthésier l'émotion. Et que dire de la musique, signée Nick Cave et Warren Ellis, belle mais, discrète, presque trop discrète, comme si elle n'osait pas troubler le silence ambiant.
Les acteurs, eux, font ce qu'ils peuvent. Viggo Mortensen est engagé, intense, abîmé. On sent qu'il a vécu son rôle plus qu'il ne l'a joué. Mais parfois, même la sincérité semble peser. Kodi Smit-McPhee s'en sort bien, à condition d'accepter son personnage comme un symbole plus qu'un enfant crédible. On croise aussi brièvement Charlize Theron dans des flashbacks mélancoliques, et Robert Duvall en forme d'apparition presque grotesque — un fantôme hagard venu d'un autre film, peut-être plus drôle, peut-être plus vivant.
En sortant du film, je n'étais pas fâché. J'étais surtout perplexe. Pas sûr de ce que j'avais vu, ni de ce que j'étais censé ressentir. C'est peut-être ça le plus déroutant. La route est un film qui a tout pour me plaire, mais je suis resté à côté. Comme si je n'avais pas su le prendre à la bonne température. C'est un film intelligent, ambitieux, rigoureux, mais qui oublie peut-être d'être un film vivant. Pour ceux qui cherchent un désespoir total sur grand écran, c'est sans doute une belle pioche. Moi, j'en suis sorti glacé, mais pas tout à fait bouleversé. Peut-être qu'un jour, je le reverrai, pour comprendre ce que j'ai raté. Peut-être.
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