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· Julien   Lepage

Spells and spume from the scribbling scrawlers
Erwan Bracchi
2020

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Illustration de critique : Spells and spume from the scribbling scrawlers
Un objet un peu étrange, à mi-chemin entre le carnet de croquis et le recueil de poésie, qui donne l’impression d’avoir été fabriqué dans une chambre encombrée de livres d’horreur et de feuilles noircies à la hâte. Derrière ce projet, Erwan Bracchi, dont c’est ici l’une des propositions les plus visibles, s’inscrit dans une veine très influencée par le gothique anglo-saxon, mais aussi par toute une tradition d’artistes qui refusent de choisir entre écrire et dessiner.

On sent d’ailleurs très vite que ce livre est pensé comme une collection de fragments, de visions, parfois de micro-contes, parfois de poèmes, qui évoquent autant La triste fin du petit enfant huître et autres histoires de Tim Burton que certaines atmosphères de H. P. Lovecraft. Il y a là un plaisir évident à convoquer des créatures, des paysages mentaux, des figures inquiétantes, comme si chaque page cherchait à ouvrir une petite porte sur un autre monde.

On retrouve une succession de motifs : monstres, solitude, transformation, mort, identité. Quelques figures émergent de l'ensemble : des princesses figées dans l’attente, des entités spectrales, des héros un peu perdus… Mais elles servent davantage de supports symboliques que de véritables personnages. Le long segment autour de Calypso, par exemple, ressemble à un embryon de récit fantasy, qui aurait gagné à assumer pleinement ce format plutôt que de rester coincé entre narration et poésie.

Le problème, c’est que tout ne fonctionne pas avec la même intensité. Là où certaines pages réussissent à installer une ambiance — un étang silencieux, une présence diffuse, une sensation de malaise presque physique — d’autres tombent dans un travers plus démonstratif. Le texte explique, insiste, conceptualise, là où il devrait simplement suggérer. Résultat : une impression de montagnes russes, avec de vrais moments de poésie suivis de passages beaucoup plus lourds.

Pour autant, il y a quelque chose d’attachant dans cette accumulation d’idées, dans cette volonté presque naïve de tout explorer : le fantastique, la philosophie, le grotesque, le conte. Et surtout, une cohérence visuelle et thématique qui donne au livre une identité claire, même quand il s’égare.

Ça reste un objet imparfait, parfois trop bavard, parfois trop conceptuel, mais porté par une imagination sincère. Le genre de livre qui laisse entrevoir ce que son auteur pourrait devenir s’il parvient à resserrer son écriture et à faire davantage confiance à ses images plutôt qu’à ses explications.
Ma note79%
Lu le 20 Mai 2020


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