Sujets

Erwan Bracchi, prolifique et touche-à-tout, délaisse un temps la musique, et, entre deux tomes de ses Histoires cochonnes et bien après son roman Domuse, il nous revient avec un petit recueil de poèmes. Quarante sonnets, composés entre novembre 2013 et octobre 2014, réunis sous le titre Sujets : mot choisi avec soin, puisqu'il désigne à la fois les thèmes traités, les individus soumis à un système, et les êtres humains comme objets d'étude. On est prévenu dès la première page.
Le recueil se déploie comme une sorte de grand tour d'horizon de la condition humaine, depuis les trous noirs jusqu'au supermarché du coin. Erwan Bracchi ausculte la mort, le travail, l'amour, Internet, la télévision, la famille, et convoque en chemin des figures tutelaires comme Lovecraft, Philip K. Dick ou Sade, chacun dédié à un sonnet. Le tout est encadré par un préambule en prose qui pose le décor : vue de loin, la Terre n'est rien, l'homme encore moins, et voici néanmoins mes sujets. C'est à la fois humble et légèrement prétentieux, ce qui est exactement la bonne posture pour ce genre d'exercice.
Ce qui frappe d'abord, c'est la maîtrise formelle. Erwan Bracchi écrit en alexandrins avec une aisance qui ne se dément pas sur quarante sonnets, ce qui n'est pas rien. Certaines clausules sont franchement réussies — « Le néomme est né homme et mourra pétrifié », « les valeurs n'ont de valeur que mutuelles » — et fonctionnent comme de petites formules philosophiques qu'on ressort volontiers en société. Le sonnet consacré au supermarché est probablement le plus abouti, avec ce « marché de Satan » et ce temps qui semble s'être arrêté de marcher entre les rayons. Celui sur le travail, teinté d'un spleen sisyphéen assez viscéral, convainc aussi pleinement.
Il y a, en revanche, des moments où la densité thématique prend le dessus sur l'émotion. Certains sonnets plus abstraits — L'espace, La technologie — restent un peu en retrait, comme si l'auteur avait davantage cherché à formuler une idée qu'à faire résonner quelque chose. On pense parfois aux Contemplations d'Hugo dans l'ambition cosmologique, mais sans toujours en atteindre la puissance d'évocation. Et Les nuées, liste vengeresse de types humains méprisables, flirte avec la posture un peu trop frontalement pour convaincre tout à fait.
Reste que Sujets est un objet cohérent et sincère, porteur d'une vraie vision du monde : matérialiste, lucide, sarcastique sans être désespérée. Pour les amateurs de poésie française contemporaine qui ne renâclent pas devant la forme classique réhabilitée, ou pour les lecteurs de Baudelaire et de Brassens à qui le mélange de rigueur métrique et d'irrévérence ne fait pas peur, il y a ici de quoi passer un bon moment. Un recueil honnête, donc, bien tenu, et qui prouve qu'Erwan Bracchi a autant de choses à dire en vers qu'en prose… ou en musique.
Le recueil se déploie comme une sorte de grand tour d'horizon de la condition humaine, depuis les trous noirs jusqu'au supermarché du coin. Erwan Bracchi ausculte la mort, le travail, l'amour, Internet, la télévision, la famille, et convoque en chemin des figures tutelaires comme Lovecraft, Philip K. Dick ou Sade, chacun dédié à un sonnet. Le tout est encadré par un préambule en prose qui pose le décor : vue de loin, la Terre n'est rien, l'homme encore moins, et voici néanmoins mes sujets. C'est à la fois humble et légèrement prétentieux, ce qui est exactement la bonne posture pour ce genre d'exercice.
Ce qui frappe d'abord, c'est la maîtrise formelle. Erwan Bracchi écrit en alexandrins avec une aisance qui ne se dément pas sur quarante sonnets, ce qui n'est pas rien. Certaines clausules sont franchement réussies — « Le néomme est né homme et mourra pétrifié », « les valeurs n'ont de valeur que mutuelles » — et fonctionnent comme de petites formules philosophiques qu'on ressort volontiers en société. Le sonnet consacré au supermarché est probablement le plus abouti, avec ce « marché de Satan » et ce temps qui semble s'être arrêté de marcher entre les rayons. Celui sur le travail, teinté d'un spleen sisyphéen assez viscéral, convainc aussi pleinement.
Il y a, en revanche, des moments où la densité thématique prend le dessus sur l'émotion. Certains sonnets plus abstraits — L'espace, La technologie — restent un peu en retrait, comme si l'auteur avait davantage cherché à formuler une idée qu'à faire résonner quelque chose. On pense parfois aux Contemplations d'Hugo dans l'ambition cosmologique, mais sans toujours en atteindre la puissance d'évocation. Et Les nuées, liste vengeresse de types humains méprisables, flirte avec la posture un peu trop frontalement pour convaincre tout à fait.
Reste que Sujets est un objet cohérent et sincère, porteur d'une vraie vision du monde : matérialiste, lucide, sarcastique sans être désespérée. Pour les amateurs de poésie française contemporaine qui ne renâclent pas devant la forme classique réhabilitée, ou pour les lecteurs de Baudelaire et de Brassens à qui le mélange de rigueur métrique et d'irrévérence ne fait pas peur, il y a ici de quoi passer un bon moment. Un recueil honnête, donc, bien tenu, et qui prouve qu'Erwan Bracchi a autant de choses à dire en vers qu'en prose… ou en musique.
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