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· Julien   Lepage

La smala
Jean-Loup Hubert
1984

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Illustration de critique : La smala
En 1984, Jean-Loup Hubert livrait son deuxième long-métrage après L'année prochaine… si tout va bien, s'attaquant cette fois à la comédie sociale avec La smala. Porté par un casting issu en grande partie du Splendid (Josiane Balasko, Dominique Lavanant, Thierry Lhermitte et Martin Lamotte), le film s'inscrivait dans cette vague de comédies populaires des années 80 qui tentaient de croquer la France des HLM avec un humour décomplexé.

L'histoire suit Simone, aide ménagère dévouée qui s'occupe des cinq enfants de Robert, accordéoniste au chômage abandonné par sa femme partie vivre à Paris avec un CRS. Lorsque Robert décide de monter à la capitale pour reconquérir son épouse, Simone se retrouve embarquée malgré elle dans cette équipée familiale rocambolesque. Refuge trouvé chez Pierrot — devenu Rita —, le frère transgenre de Simone, la petite troupe part alors à la recherche de la fugueuse dans un Paris qui leur est étranger.

Sur le papier, le projet semblait prometteur. Hubert, qui avait rédigé son scénario en vingt jours seulement, tentait de saisir l'air du temps en mêlant road-movie familial et chronique sociale. Malheureusement, là où "Affreux, sales et méchants" d'Ettore Scola mordait avec férocité, "La smala" se contente de grignoter gentiment. Le film navigue entre deux eaux, trop lisse pour être vraiment subversif, trop appuyé pour toucher juste. Les situations s'enchaînent avec une prévisibilité déconcertante : la grand-mère acariâtre, les enfants débrouillards, les péripéties parisiennes qui tournent invariablement au quiproquo.

Les personnages peinent à dépasser le stade de l'archétype. Simone incarne la femme du peuple généreuse et râleuse, Robert le loser attendrissant rongé par la nostalgie, les enfants sont tantôt angéliques tantôt turbulents selon les besoins du scénario. Seul Pierrot/Rita apporte une note d'originalité bienvenue, personnage transgenre traité avec une relative bienveillance pour l'époque, même si sa fonction reste avant tout comique. Cette galerie de figures convenues navigue dans un univers où les émotions sont télégraphiées et les retournements de situation annoncés à grand renfort de musique d'accordéon mélancolique.

Le film tente d'aborder les mutations sociales des années 80 (chômage de masse, éclatement familial, précarité des banlieues), mais avec une pudeur qui confine à l'esquive. Là où d'autres œuvres de l'époque osaient un regard acéré sur les fractures françaises, La smala préfère la carte de l'optimisme béat. La misère devient pittoresque, la débrouille attendrissante, et les problèmes sociaux se résolvent par la magie du lien familial retrouvé. Cette vision édulcorée transforme ce qui aurait pu être une satire mordante en comédie familiale inoffensive.

Techniquement, le film souffre d'une réalisation qui oscille entre routine télévisuelle et ambitions cinématographiques non assumées. Jean Charvein signe une photographie terne qui peine à donner vie aux décors de banlieue, tandis que le montage d'Hélène Viard révèle des longueurs préjudiciables au rythme. La bande originale de Michel Goguelat, ponctuée de chansons aux paroles naïves mais aux mélodies entêtantes, reste l'un des rares éléments véritablement marquants du film. L'affiche réalisée par Frank Margerin, créateur de Lucien, promettait pourtant un esprit rock'n'roll qui ne se retrouve guère à l'écran, malgré quelques tentatives maladroites, voire gênantes.

Josiane Balasko sauve partiellement les meubles en incarnant une Simone trucculente, usant de sa vulgarité naturelle avec un à-propos qui fait mouche. Victor Lanoux compose un Robert touchant dans sa mélancolie d'ancien virtuose déchu, rappelant ses prestations dans les comédies d'Yves Robert. Dominique Lavanant déploie son excentricité coutumière dans le rôle de Pierrot/Rita, apportant une fantaisie bienvenue. Les seconds rôles, notamment Maurice Risch en Gégène et les apparitions furtives de Lhermitte et Lamotte, peinent à dépasser le registre de la caricature convenue.

Au final, "La smala" reste une œuvre de son temps qui a mal vieilli, témoignage d'une époque où le cinéma français populaire hésitait entre engagement social et divertissement de masse. Ce qui pouvait passer pour subversif en 1984 — aborder la transidentité, montrer la précarité des banlieues — paraît aujourd'hui d'une timidité confondante. Le film rejoint cette catégorie de comédies françaises inoffensives qui, à force de vouloir plaire à tous, finissent par ne marquer personne. Pour saisir l'esprit de l'époque avec plus d'acuité, on se tournera plutôt vers "Tchao pantin" de Claude Berri ou "Subway" de Luc Besson, qui surent conjuguer succès populaire et regard personnel sur la société française des années 80.
Ma note32%
Vu le 3 Septembre 2025


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