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· Julien   Lepage

Super Mario bros. : the lost levels
Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka
1986

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Illustration de critique : Super Mario bros. : the lost levels
Nintendo, dans sa grande sagesse (ou son cynisme bien rodé), a longtemps gardé Super Mario bros. : the lost levels sous clef, réservé à un Japon qui, apparemment, avait des nerfs d'acier. Pendant ce temps, l'Occident s'est coltiné un ersatz de suite sous forme de Doki Doki Panic rebaptisé Super Mario bros. 2, un jeu qui, bien qu'agréable, n'avait rien à voir avec son prédécesseur. La raison officielle ? The lost levels était trop difficile pour nous, pauvres joueurs occidentaux. Avec le recul, difficile de leur donner tort.

D'un point de vue purement technique, The lost levels est un « Super Mario bros. 1.5 » avant l'heure. Mêmes graphismes (en version 8-bits du moins), mêmes contrôles, mêmes musiques. Une suite dans le prolongement direct du premier, avec l'ambition non pas d'innover, mais de pousser l'expérience plus loin. Et par « plus loin », il faut entendre plus vicieux, plus retors, et surtout plus frustrant. Les développeurs, vraisemblablement animés d'un sadisme assumé, ont truffé les niveaux de pièges délirants : des trous béants nécessitant un saut au pixel près, des warp zones qui vous renvoient en arrière, des champignons empoisonnés (oui, maintenant les bonus peuvent vous tuer), et des conditions climatiques qui semblent tout droit sorties d'un caprice divin.

Petit élément intéressant : Luigi fait ici sa première véritable apparition en tant que personnage jouable distinct de Mario, avec une inertie de savonette sur du carrelage mouillé, mais un saut plus ample. L'idée est sympathique, et préfigure ce qu'on retrouvera plus tard dans la série. Malheureusement, elle ne compense pas la difficulté herculéenne du jeu, qui demande une mémoire et des réflexes d'acrobate.

Ce qui frappe en jouant à The lost levels, c'est cette impression que le jeu ne veut pas de vous. Il ne vous tend pas la main, il vous la brise. Contrairement à d'autres titres exigeants, où l'on peut sentir une progression naturelle et gratifiante, ici l'expérience peut vite virer à l'acharnement masochiste. Certains sauts exigent une précision chirurgicale, la moindre erreur est sévèrement punie, et il faut souvent apprendre les niveaux par cœur avant d'espérer avancer. Les châteaux labyrinthiques, avec leur structure absurde où un mauvais chemin vous condamne à tourner en rond jusqu'à l'expiration du timer, sont la cerise moisie sur un gâteau de souffrance.

Là où d'autres jeux de la même époque faisaient preuve d'un minimalisme élégant et accessible, The lost levels se complaît dans l'élitisme. À bien des égards, c'est un jeu conçu pour les hardcore gamers avant l'heure, les speedrunners et les acharnés du die and retry. Et pourtant, malgré cette brutalité, il reste indéniablement captivant. Chaque niveau franchi procure un sentiment de triomphe rare, une satisfaction que peu de jeux de plateforme savent offrir.

Jouer à The lost levels aujourd'hui est une curiosité historique autant qu'un défi personnel. Sa version Super Mario all-stars le rend plus digeste grâce à une refonte graphique et un système de sauvegarde, mais il demeure un titre réservé aux plus persévérants. En comparaison, des jeux comme Super Ghouls 'n Ghosts ou Super Meat Boy offrent des défis similaires, mais avec une maniabilité plus fluide et un meilleur équilibre entre punition et récompense. Ici, Nintendo n'a pas cherché à accompagner le joueur dans sa progression, mais à lui balancer un parpaing sur la tête pour voir s'il se relève.

Injuste ? Absolument. Jouissif ? Parfois. Un incontournable de l'histoire du jeu vidéo ? Sans aucun doute.
Ma note68%
Joué le 14 Juillet 2014


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