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· Julien   Lepage

Squid game (saison 3)
Hwang Dong-hyuk
2021

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Illustration de critique : Squid game (saison 3)
Avec cette troisière et dernière saison de Squid game, Hwang Dong-hyuk portait sur ses épaules le poids d'un phénomène culturel mondial et l'attente de millions de spectateurs. Avec Lee Jung-jae reprenant son rôle de Gi-hun, Lee Byung-hun en Front man et l'arrivée remarquée de Cate Blanchett dans un caméo final, cette ultime saison promettait de clore dignement l'une des séries les plus marquantes de Netflix. Après une deuxième saison qui avait divisé par sa lenteur narrative et ses longueurs, cette conclusion se devait de retrouver la tension et l'inventivité qui avaient fait le succès du programme original.

Cette saison finale nous replonge dans l'univers impitoyable des jeux, avec Gi-hun, retourné volontairement sur l'île dans une tentative désespérée de sauver des vies innocentes. L'intrigue se concentre sur six épisodes intenses où notre protagoniste, accompagné de nouveaux joueurs dont la joueuse trans Hyun-ju et le militaire Kang Dae-ho, tente une rébellion qui tournera au massacre. Le point culminant émotionnel arrive avec la naissance d'un bébé pendant les jeux, transformé en nouveau joueur par la cruauté du système, avant que Gi-hun ne se sacrifie lors du dernier jeu pour sauver l'enfant. Cette conclusion se veut à la fois tragique et porteuse d'espoir, avec le Front man qui détruit finalement l'infrastructure des jeux.

Une saison 3 un peu meilleure que la 2, même si ça reste très tiède, peu inspiré et vraiment pas original ! Le scénario de Hwang Dong-hyuk souffre d'un manque cruel d'inspiration, recyclant mécaniquement les ressorts qui avaient fait mouche dans la première saison sans parvenir à les renouveler. La structure narrative reste désespérément prévisible : jeux d'enfants détournés, éliminations brutales, révélations sur les organisateurs, et sacrifice final du héros. Cette approche formulaire transforme ce qui était autrefois une satire sociale percutante en simple spectacle de violence. Les nouveaux jeux, bien que visuellement soignés, manquent de l'ingéniosité psychologique des épreuves originales. Le fameux « Sky squid game » final, malgré sa mise en scène spectaculaire, ne parvient pas à égaler l'intensité du jeu de billes ou du pont de verre.
Le retour de Gi-hun dans le jeu n'aura rien apporté ! Le personnage principal, censé incarner l'évolution et la rédemption, sombre dans une mélancolie poisseuse qui plombe littéralement l'ambiance. On aurait pu faire une suite avec des acteurs complètement différents que ça n'aurait rien changé. Ç'aurait peut-être même été mieux tant Gi-hun est mou et triste. Il plombe l'ambiance ! Son arc narratif, qui aurait dû culminer dans une forme de catharsis, se contente de répéter les mêmes schémas de culpabilité et d'autoflagellation. Les nouveaux personnages, notamment Hyun-ju et Myung-gi, restent trop schématiques pour compenser cette faiblesse. Le traitement du bébé (au passage très mal fait) comme enjeu dramatique, bien que choquant, verse dans le sensationnalisme gratuit plutôt que dans la critique sociale intelligente.

La série tente encore d'explorer les inégalités sociales et la déshumanisation du capitalisme tardif, mais ces thèmes, déjà largement développés dans les saisons précédentes, peinent à trouver une nouvelle profondeur. L'introduction des VIPs américains, caricaturés à l'extrême, transforme la satire subtile en pamphlet grossier. Cette approche manichéenne appauvrit considérablement la portée critique de l'œuvre. Le message sur la transmission générationnelle, symbolisé par le bébé, aurait pu constituer un angle d'approche intéressant, mais il se noie dans le mélodrame et la surenchère émotionnelle.

Techniquement, cette saison maintient les standards élevés de la production Netflix, avec des décors somptueux et une photographie léchée qui transforment la violence en spectacle esthétique. Hwang Dong-hyuk maîtrise parfaitement la grammaire visuelle de sa série, alternant entre couleurs pastel enfantines et rouge sang brutal. La bande-son de Jung Jae-il accompagne efficacement l'action, même si elle manque de thèmes vraiment mémorables. Les effets spéciaux, notamment lors du jeu final, font preuve d'une ambition certaine, mais cette débauche de moyens ne parvient pas à masquer la vacuité narrative de l'ensemble.

Lee Jung-jae livre une performance correcte, mais dépourvue de la flamme qui avait marqué la première saison. Son Gi-hun, écrasé par le poids du destin, sombre dans une prostration qui confine à l'ennui. Lee Byung-hun apporte une présence indéniable au Front man, notamment dans ses scènes finales où il trouve une forme de rédemption. Les nouveaux arrivants, de Park Gyuyoung à Yim Si-wan, peinent à s'imposer dans un ensemble où les personnages restent trop fonctionnels. Le caméo de Cate Blanchett en recruteuse américaine, bien que techniquement parfait, sonne comme un coup de com' destiné à préparer les futurs spin-offs.

Surtout, la conclusion n'est pas à la hauteur des ambitions. Cette troisième saison de Squid game confirme malheureusement que certains phénomènes culturels feraient mieux de s'arrêter à temps. Malgré quelques moments de bravoure visuelle et un final qui tente de retrouver l'impact émotionnel des origines, l'ensemble souffre d'un essoufflement créatif patent. Bref, pas grand intérêt. La série rejoint cette catégorie d'œuvres qui, à force de vouloir exploiter leur succès initial, finissent par diluer ce qui faisait leur force.
Ma note38%
Vu le 6 Juillet 2025


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