Neon Genesis Evangelion - Die Sterne

Certains artbooks s'achètent pour ce qu'ils promettent. Celui-ci, on l'achète pour ce qu'il représente. Die Sterne — « Les étoiles » en allemand, troisième volet de la nomenclature germano-poétique qu'Hideaki Anno et ses complices de Gainax ont érigée en système — est l'artbook officiel de la franchise, publié au Japon en 2003 et arrivé chez nous via Glénat à l'automne 2004. Yoshiyuki Sadamoto, crédité seul en couverture, en est davantage le figure de proue que l'auteur exclusif. Character designer historique d'Evangelion, co-fondateur du studio Gainax, il avait déjà livré Der Mond (« La Lune ») un premier artbook personnel et plus cohérent, qui reste à ce jour la référence absolue pour qui veut explorer son trait. Die Sterne est une autre affaire : une œuvre collective, réunissant une trentaine d'illustrateurs maison : Hiroyuki Imaishi, Tsutomu Nihei, Moyoco Anno (l'épouse du créateur de la série, ce qui ajoute une petite dimension familiale assez attendrissante à l'ensemble) ; le tout avec 321 illustrations produites entre 1995 et 2003.
Ce que le livre donne à voir, c'est l'univers visuel d'Evangelion dans toute son étendue promotionnelle : affiches, couvertures de magazines, jaquettes de DVD, illustrations de calendriers, pochettes de jeux vidéo, et même — détail savoureux — les visuels des canettes de café UCC Coffee, partenariat publicitaire aussi improbable que culte, qui a tapissé les konbini japonais pendant des années. On traverse ça comme on traverse un fanzine de luxe : avec la sensation de feuilleter une décennie de culture pop concentrée dans un grand format 33 × 26 cm. Rei Ayanami en couverture, bien sûr, regard vide et pilote stoïque que le monde entier aura vu sur un mur ou un t-shirt. Les trois enfants pilotes dans toutes leurs variations graphiques. Les Unités Eva dans leurs postures menaçantes. Et, dans la dernière section baptisée « Die Mondsichel » (le croissant de lune) les illustrations personnelles de Sadamoto, reconnaissables entre mille, avec leur délicatesse de ligne et cette légère mélancolie qui colle à ses personnages comme une seconde peau.
Le problème, c'est qu'on est en 2009, et qu'Evangelion a maintenant quatorze ans. Si vous avez déjà le Grand livre d'Evangelion paru chez Glénat quelques années avant, vous retrouverez ici beaucoup de terrain connu. Trop. La redite est réelle, et le grand format, qui aurait pu être l'occasion de redécouvrir ces artworks dans des conditions glorieuses, ne tient pas toujours ses promesses : beaucoup trop d'illustrations s'entassent sur des demi-pages ou des quarts de page, comme si l'éditeur avait voulu tout mettre sans se demander si tout méritait d'être là. Certaines pièces graphiques exceptionnelles se retrouvent compressées à côté de fan-services anodins qui n'avaient pas vraiment besoin d'exister sur papier glacé grand format. C'est le défaut classique du livre-catalogue qui confond l'exhaustivité avec la générosité.
Reste que, pour qui aborde Evangelion sans collection préalable — ou pour le fan hardcore qui veut tout, vraiment tout, y compris les visuels de jeux vidéo mineurs et les illustrations de Moyoco Anno qu'on ne trouve nulle part ailleurs —, Die Sterne est une belle pièce. Pas indispensable comme Der Mond, mais solide, dense, et porteur de cette aura que la franchise dégage naturellement depuis sa diffusion en VF au milieu des années 90. Les amateurs de beaux livres d'animation japonaise pourront aussi se tourner vers les artbooks des Groundwork of Evangelion pour aller plus loin dans les entrailles créatives de la série ; mais c'est un autre niveau de technique, davantage destiné aux animateurs qu'aux admirateurs. Die Sterne, lui, s'adresse d'abord aux amoureux… et pour eux, il fait largement le travail.
Ce que le livre donne à voir, c'est l'univers visuel d'Evangelion dans toute son étendue promotionnelle : affiches, couvertures de magazines, jaquettes de DVD, illustrations de calendriers, pochettes de jeux vidéo, et même — détail savoureux — les visuels des canettes de café UCC Coffee, partenariat publicitaire aussi improbable que culte, qui a tapissé les konbini japonais pendant des années. On traverse ça comme on traverse un fanzine de luxe : avec la sensation de feuilleter une décennie de culture pop concentrée dans un grand format 33 × 26 cm. Rei Ayanami en couverture, bien sûr, regard vide et pilote stoïque que le monde entier aura vu sur un mur ou un t-shirt. Les trois enfants pilotes dans toutes leurs variations graphiques. Les Unités Eva dans leurs postures menaçantes. Et, dans la dernière section baptisée « Die Mondsichel » (le croissant de lune) les illustrations personnelles de Sadamoto, reconnaissables entre mille, avec leur délicatesse de ligne et cette légère mélancolie qui colle à ses personnages comme une seconde peau.
Le problème, c'est qu'on est en 2009, et qu'Evangelion a maintenant quatorze ans. Si vous avez déjà le Grand livre d'Evangelion paru chez Glénat quelques années avant, vous retrouverez ici beaucoup de terrain connu. Trop. La redite est réelle, et le grand format, qui aurait pu être l'occasion de redécouvrir ces artworks dans des conditions glorieuses, ne tient pas toujours ses promesses : beaucoup trop d'illustrations s'entassent sur des demi-pages ou des quarts de page, comme si l'éditeur avait voulu tout mettre sans se demander si tout méritait d'être là. Certaines pièces graphiques exceptionnelles se retrouvent compressées à côté de fan-services anodins qui n'avaient pas vraiment besoin d'exister sur papier glacé grand format. C'est le défaut classique du livre-catalogue qui confond l'exhaustivité avec la générosité.
Reste que, pour qui aborde Evangelion sans collection préalable — ou pour le fan hardcore qui veut tout, vraiment tout, y compris les visuels de jeux vidéo mineurs et les illustrations de Moyoco Anno qu'on ne trouve nulle part ailleurs —, Die Sterne est une belle pièce. Pas indispensable comme Der Mond, mais solide, dense, et porteur de cette aura que la franchise dégage naturellement depuis sa diffusion en VF au milieu des années 90. Les amateurs de beaux livres d'animation japonaise pourront aussi se tourner vers les artbooks des Groundwork of Evangelion pour aller plus loin dans les entrailles créatives de la série ; mais c'est un autre niveau de technique, davantage destiné aux animateurs qu'aux admirateurs. Die Sterne, lui, s'adresse d'abord aux amoureux… et pour eux, il fait largement le travail.
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