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· Julien   Lepage

Benvenuti al Sud
Luca Miniero
2010

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Illustration de critique : Benvenuti al Sud
Dans le paysage des comédies populaires, l'onde de choc provoquée par Bienvenue chez les Ch'tis n'a pas tardé à traverser les Alpes. Avec Benvenuti al Sud, l'Italie a décidé de s'approprier le phénomène en le transposant dans un contexte qui, sur le papier, semblait tout aussi fertile en clichés et en tensions régionales. Sous la direction de Luca Miniero, et avec Claudio Bisio en tête d'affiche, ce remake a su séduire le public italien en 2010. Mais au-delà de l'exercice de style, que vaut vraiment cette adaptation ?

L'histoire ne réserve aucune surprise pour qui a vu le film original : un cadre postal du Nord de l'Italie, incarné par Claudio Bisio, est contraint d'accepter une mutation disciplinaire dans une région qu'il imagine peuplée de fainéants, de criminels et d'individus à l'italien approximatif. Là-bas, il découvre bien évidemment une réalité différente et, contre toute attente, finit par s'attacher à ce territoire qu'il méprisait. On échange Bergues contre Castellabate, le maroilles contre la mozzarella, et la pluie contre un Soleil méditerranéen écrasant. Sur le papier, l'équivalence est parfaite.

Si l'exercice de la transposition fonctionne bien dans l'ensemble, on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine paresse dans le scénario. Là où un remake pourrait s'émanciper et proposer une nouvelle lecture du sujet, Benvenuti al Sud se contente de suivre, presqu'au mot près, la ligne tracée par Bienvenue chez les Ch'tis. On retrouve les mêmes quiproquos, les mêmes situations, les mêmes retournements de veste. Ce manque de prise de risque rend le film prévisible, ce qui peut être frustrant pour un spectateur familier de l'original.

Les personnages, eux aussi, sont des copies conformes de leurs équivalents français. Claudio Bisio reprend le rôle de Kad Merad avec un naturel certain, sans pour autant transcender le personnage. Alessandro Siani, dans le rôle du facteur Mattia, se démarque davantage. Moins caricatural que Dany Boon dans l'original, il apporte un peu plus de spontanéité et de légèreté à son personnage. Le reste du casting suit la même logique : efficace, mais sans éclat particulier. L'élément peut-être le plus réussi de cette adaptation est la manière dont elle capte l'esprit du Sud de l'Italie, notamment dans sa dimension sociale et relationnelle. Là où l'original s'appuyait sur des différences culturelles bien ancrées dans l'imaginaire français, Benvenuti al Sud exploite avec justesse la fracture Nord-Sud qui divise l'Italie depuis des décennies. La perception du Sud comme un fardeau économique, sa réputation sulfureuse liée à la mafia, et son contraste frappant avec le Nord industriel et prospère, sont autant d'éléments qui donnent une certaine légitimité à ce remake.

Sur le plan technique, la réalisation de Luca Miniero est propre, sans audace particulière. La photographie met en valeur la chaleur du Sud italien, avec ses ruelles pittoresques et ses paysages côtiers, mais reste dans un cadre très classique. La bande-son, elle, se fait discrète, n'apportant pas grand-chose à l'ambiance générale du film. L'ensemble manque peut-être d'un peu de folie, d'un peu de ce grain de sel qui aurait pu rendre cette adaptation plus savoureuse.

Côté performances, Claudio Bisio fait le travail, mais on sent qu'il est bridé par un scénario trop rigide. Alessandro Siani apporte une énergie bienvenue, tandis que Valentina Lodovini, dans le rôle de Maria, réussit à donner un peu de relief à son personnage, bien que celui-ci reste trop en retrait. La véritable faiblesse du casting vient sans doute des seconds rôles, qui peinent à exister en dehors des archétypes qu'ils représentent.

Benvenuti al Sud est donc une adaptation trop fidèle, sans véritable valeur ajoutée. Le film se regarde sans déplaisir, et certaines scènes fonctionnent toujours aussi bien, mais l'impression de déjà-vu est tenace. Pour un public italien, il est probable que cette version résonne davantage que l'original, mais pour un spectateur français, la redite est trop présente pour vraiment surprendre. Un remake honnête, sans prétention, qui amuse sans jamais dépasser son modèle.
Ma note49%
Vu le 23 Février 2011


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