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· Julien   Lepage

Taxi
Gérard Pirès
1998

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Illustration de critique : Taxi
En 1998, Taxi débarque sur les écrans avec l'ambition de secouer le cinéma d'action français. Produit et écrit par Luc Besson, mais réalisé par Gérard Pirès, le film joue la carte du divertissement populaire, calibré pour séduire un public jeune avide de vitesse et d'humour. Il y a des bolides, des courses-poursuites survitaminées, un duo improbable formé par Samy Naceri et Frédéric Diefenthal, et un commissaire aussi incompétent qu'hilarant incarné par Bernard Farcy. Le tout servi sur fond de rap marseillais signé IAM et agrémenté de punchlines aussi percutantes que discutables. Avec Taxi, Besson et Pirès veulent dépoussiérer le genre et livrer un divertissement à l'américaine, tout en restant profondément ancré dans la culture populaire hexagonale.

L'histoire est d'une simplicité confondante : Daniel, ancien livreur de pizzas reconverti en chauffeur de taxi, roule trop vite et se fait coincer par Émilien, policier malchanceux et désespéré, incapable d'obtenir son permis de conduire. Plutôt que d'écoper d'une lourde sanction, Daniel accepte de collaborer avec Émilien pour traquer un gang de braqueurs allemands qui écume les banques de Marseille. Le duo se forme malgré lui, oscillant entre maladresse policière et prouesses mécaniques. Ajoutez à cela des personnages secondaires hauts en couleur et une intrigue qui tient sur un ticket de parking, et vous obtenez la recette parfaite pour un succès populaire.

Le scénario ne cherche pas à briller par sa profondeur. Il enchaîne les situations absurdes, les dialogues percutants et les clichés sans jamais chercher à surprendre. On comprend très vite que Taxi ne veut pas raconter une histoire, mais plutôt offrir une succession de scènes spectaculaires et de moments comiques. L'intrigue est d'une linéarité totale, prévisible à souhait, et les rebondissements tiennent plus du prétexte que d'une réelle construction narrative. Mais est-ce vraiment un problème ? Pas forcément, tant que l'énergie et l'efficacité sont au rendez-vous.

Les personnages sont dessinés à gros traits, assumant leur fonction de caricatures ambulantes. Daniel est le pilote fougueux et cool, sorte de Vin Diesel à la française, sauf qu'ici, la Peugeot 406 remplace la Dodge Charger. Émilien, lui, est le flic maladroit, prototype du loser sympathique, accumulant les gaffes avec une naïveté désarmante. Quant au commissaire Gibert, il s'impose rapidement comme la star comique du film, incarnant avec un excès jubilatoire la figure du supérieur hiérarchique complètement dépassé. Les autres rôles, de Marion Cotillard en petite amie délaissée à Emma Wiklund en flic suédoise sculpturale, sont plus anecdotiques et peinent à exister au-delà de leur fonction décorative.

Si Taxi se distingue par un élément, c'est bien son énergie et son ton résolument décomplexé. À une époque où le cinéma d'action français tentait tant bien que mal d'imiter les standards américains, Taxi assume son identité de comédie policière grand public, avec un humour qui oscille entre potacherie assumée et blagues douteuses. Le film joue également sur un sous-texte social léger, mettant en scène un héros issu des quartiers populaires qui ridiculise les forces de l'ordre à coup de dérapages contrôlés. L'image de la police, déjà malmenée par le cinéma des années 90, en prend ici pour son grade avec des fonctionnaires incompétents et des enquêtes menées à la limite du burlesque. Mais tout cela reste bon enfant, plus proche du cartoon que de la critique sociale.

La réalisation de Gérard Pirès est fonctionnelle, sans éclat particulier. Le film repose avant tout sur ses scènes de courses-poursuites, chorégraphiées avec une efficacité certaine. Le travail des cascadeurs, supervisé par Rémy Julienne, est sans doute l'un des points forts du film, avec des séquences de poursuites nerveuses qui tiennent la route malgré des moyens limités. À côté de ça, le reste de la mise en scène oscille entre l'acceptable et le télévisuel, avec une photographie fade et un montage parfois approximatif. La bande-son, dominée par IAM, joue sur la fibre locale et donne au film une identité musicale marquée, même si elle pourra sembler datée aujourd'hui.

Au final, Taxi est un film qui assume totalement ce qu'il est : un divertissement efficace, formaté, qui ne cherche jamais à dépasser son statut de comédie d'action légère. On ne peut pas vraiment lui reprocher de manquer d'ambition tant il n'a jamais prétendu être autre chose qu'un bon gros moment de fun motorisé. Si l'on accepte ses raccourcis scénaristiques, ses blagues souvent limites et son côté ultra-caricatural, il y a de quoi passer un bon moment. Pour les amateurs de comédies sans prise de tête, de cascades automobiles et de dialogues rentre-dedans, le film a son charme. Pour les autres, mieux vaut passer son chemin.
Ma note41%
Vu le 12 Décembre 2015


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