TC 2000
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Certains films direct-to-video des années 90 possèdent un charme inexplicable, une espèce de candeur involontaire qui les rend attachants malgré tout. TC 2000, réalisé en 1993 par T. J. Scott, dont c'était le tout premier long-métrage avant qu'il ne se reconvertisse avec un certain succès dans la réalisation de séries télé, ne fait malheureusement pas partie de cette catégorie. Produit à Toronto par Jalal Merhi, figure incontournable du film d'arts martiaux canadien à petit budget, ce film de SF post-apocalyptique réunit sur l'affiche Billy Blanks, Bolo Yeung, Matthias Hues et Bobbie Phillips. Sur le papier, un tel casting de colosses aurait dû garantir au minimum un divertissement bourrin et généreux. Sur l'écran, c'est une autre histoire.
L'intrigue nous projette en 2020 ; un futur qui, vu d'ici, en 2009, n'est plus si lointain que ça. La Terre a subi une catastrophe écologique majeure. Les riches se sont réfugiés dans une cité souterraine protégée par un bouclier énergétique et surveillée par une force de sécurité d'élite, les Tracker-Communicators (les fameux « TC »). Jason Storm, flic de choc interprété par Blanks, patrouille cette frontière entre les deux mondes aux côtés de sa partenaire Zoey Kinsella. Quand celle-ci est tuée lors d'une embuscade orchestrée par le gang de Niki Picasso (sacré nom !), Storm flaire le complot, refuse de se taire, et se retrouve banni à la surface. Là-haut, il rencontre le maître d'arts martiaux Sumai, qui devient son allié pour déjouer un plan d'extermination des populations de surface fomenté par le Controller, l'homme fort de la cité souterraine. Entre-temps, Zoey est ressuscitée en cyborg tueuse, parce que pourquoi pas. On ajoute des armes chimiques, un compte à rebours, un mot de passe à deviner, et voilà.
Le scénario, cosigné par Scott, J. Stephen Maunder et Richard M. Samuels, empile les emprunts avec une absence totale de vergogne. On reconnaît pêle-mêle Robocop pour la partenaire transformée en machine à tuer, New York 1997 pour la surface livrée aux gangs, Demolition man — sorti la même année — pour la société souterraine aseptisée, et un soupçon de Mad Max pour l'esthétique cuir-fourrure-peinture de guerre des pillards. Le problème, ce n'est pas tant le recyclage — après tout, le cinéma DTV a toujours fonctionné ainsi — que l'incapacité du film à faire quoi que ce soit d'intéressant avec ces éléments volés. L'intrigue avance par à-coups, s'embourbe dans des scènes de transition interminables, et résout ses enjeux avec une désinvolture déconcertante. Le climax repose sur un personnage qui devine un mot de passe. Voilà où on en est.
Les personnages, eux, sont écrits avec la profondeur d'une notice de montage IKEA. Jason Storm — le nom seul résume le niveau d'inventivité — est un flic intègre et musclé, point final. Aucune faille, aucun arc, aucune surprise. Sumai, le vieux sage martial, fait ce que font tous les vieux sages martiaux depuis la nuit du cinéma d'action : il entraîne le héros, débite quelques aphorismes, et se bat à la fin. Zoey Kinsella avait un potentiel réel — une femme flic transformée malgré elle en arme cybernétique au service du pouvoir —, mais le film ne fait strictement rien de cette idée. Une fois cyborg, elle se contente de marcher avec détermination dans des couloirs et de distribuer quelques coups de pied. Niki Picasso, le chef de gang grimé comme un Joker du pauvre, offre un peu de couleur dans cet océan de grisaille narrative, sans qu'on comprenne jamais vraiment ses motivations au-delà d'un vague appétit de pouvoir. Quant au Controller et à Bigalow, ils remplissent leur fonction de méchants avec l'enthousiasme de figurants qui attendent la fin de journée.
Ce qui est dommage, c'est que les thèmes de départ ne manquaient pas d'intérêt. La ségrégation sociale entre riches souterrains et pauvres de surface, l'instrumentalisation de la sécurité par le pouvoir, la transformation du corps humain en outil militaire : on pourrait presque croire qu'il y a là matière à réflexion. Mais le film traite chacune de ces pistes avec un désintérêt souverain, se contentant de les poser comme décor avant de passer au combat suivant. La dimension écologique, censée fonder l'univers tout entier, est expédiée en une phrase de narration et jamais exploitée. On est très loin du Soleil vert que certains critiques de l'époque y ont aperçu, et c'est un euphémisme.
La réalisation de Scott trahit à chaque plan l'inexpérience et les contraintes budgétaires. La première moitié du film est noyée sous un éclairage bleu artificiel censé évoquer un univers futuriste : on pense surtout à James Cameron filmé par un stagiaire avec des gélatines achetées en solde. Le tournage a eu lieu en novembre 1992 dans la banlieue de Toronto, et la fameuse cité souterraine n'est rien d'autre que les sous-sols d'un bâtiment gouvernemental situé à l'angle de Wellesley et Bay Street. Ça se voit. Les murs en béton brut, les tuyauteries apparentes, les néons industriels : tout crie « parking de ministère » plutôt que « civilisation du futur ». Les équipements soi-disant high-tech des TC sont en réalité des casques de kickboxing du commerce, de la marque Century, à peine customisés. Et à ce propos, petit détail savoureux : le sigle « TC » du titre fait référence à Tiger Claw, une vraie marque d'équipements d'arts martiaux. Le film entier est un placement produit déguisé, couronné par une publicité en bonne et due forme à la fin de la cassette VHS américaine. Ça force le respect, dans un sens. La bande-son, signée Varouje, oscille entre synthétiseur générique et silence embarrassé, sans jamais imprimer quoi que ce soit dans la mémoire. Côté chorégraphie, c'est inégal : quelques échanges de coups fonctionnent honnêtement, mais la plupart sont plombés par un montage approximatif et des tapis de chute bien visibles.
Le jeu des acteurs est, disons, conforme aux attentes du genre. Billy Blanks — qui deviendra quelques années plus tard une star mondiale grâce à ses vidéos de Tae Bo, bien plus que grâce à sa filmographie — possède indéniablement le physique et les aptitudes martiales du rôle. Mais dès qu'il doit ouvrir la bouche, c'est la catastrophe. Ses répliques sortent avec la fluidité d'un lecteur de prompteur en panne, et son visage affiche une expression unique, quelque part entre la concentration et l'incompréhension, qu'il ait affaire à un dialogue dramatique ou à un combat à mort. Bolo Yeung, pour une fois dans un rôle de gentil — lui qu'on a adoré détester dans Bloodsport face à Van Damme —, apporte une vraie présence physique, mais se trouve cruellement sous-exploité : il n'apparaît que dans la seconde moitié et ses scènes de combat sont parmi les moins convaincantes du film. Matthias Hues, le Norvégien massif qu'on avait remarqué dans Dark Angel aux côtés de Dolph Lundgren, fait le job de gros méchant mutique sans forcer son talent. Bobbie Phillips est probablement la plus intéressante du lot : elle a du charisme, une présence féline en mode cyborg, et on sent qu'elle aurait pu devenir une vraie figure du cinéma d'action DTV si les rôles avaient suivi. Merhi, lui, livre paradoxalement sa prestation la moins rigide en jouant le méchant de service, loin de ses habituels rôles de héros stoïque. Ce n'est pas un compliment immense, mais c'est quelque chose. En VF, le doublage ajoute une couche de décalage supplémentaire à l'ensemble, rendant certaines scènes involontairement plus drôles qu'elles ne le sont en version originale ; ce qui, compte tenu du niveau de base, est un exploit.
Même pour un nanar, accompagné de copains et de bières bien fraîches, TC 2000 reste un calvaire. Le film est hilarant à certains moments — le maquillage de clown de Picasso, la séquence d'entraînement en plein air façon clip de fitness, le mot de passe deviné in extremis —, mais il est surtout trop long, trop mal rythmé, avec de vastes plages d'ennui entre chaque éclat de rire involontaire. On attendait un spectacle bourrin et décomplexé, on récolte un film qui se prend juste assez au sérieux pour gâcher le plaisir coupable qu'on pourrait en tirer.
L'intrigue nous projette en 2020 ; un futur qui, vu d'ici, en 2009, n'est plus si lointain que ça. La Terre a subi une catastrophe écologique majeure. Les riches se sont réfugiés dans une cité souterraine protégée par un bouclier énergétique et surveillée par une force de sécurité d'élite, les Tracker-Communicators (les fameux « TC »). Jason Storm, flic de choc interprété par Blanks, patrouille cette frontière entre les deux mondes aux côtés de sa partenaire Zoey Kinsella. Quand celle-ci est tuée lors d'une embuscade orchestrée par le gang de Niki Picasso (sacré nom !), Storm flaire le complot, refuse de se taire, et se retrouve banni à la surface. Là-haut, il rencontre le maître d'arts martiaux Sumai, qui devient son allié pour déjouer un plan d'extermination des populations de surface fomenté par le Controller, l'homme fort de la cité souterraine. Entre-temps, Zoey est ressuscitée en cyborg tueuse, parce que pourquoi pas. On ajoute des armes chimiques, un compte à rebours, un mot de passe à deviner, et voilà.
Le scénario, cosigné par Scott, J. Stephen Maunder et Richard M. Samuels, empile les emprunts avec une absence totale de vergogne. On reconnaît pêle-mêle Robocop pour la partenaire transformée en machine à tuer, New York 1997 pour la surface livrée aux gangs, Demolition man — sorti la même année — pour la société souterraine aseptisée, et un soupçon de Mad Max pour l'esthétique cuir-fourrure-peinture de guerre des pillards. Le problème, ce n'est pas tant le recyclage — après tout, le cinéma DTV a toujours fonctionné ainsi — que l'incapacité du film à faire quoi que ce soit d'intéressant avec ces éléments volés. L'intrigue avance par à-coups, s'embourbe dans des scènes de transition interminables, et résout ses enjeux avec une désinvolture déconcertante. Le climax repose sur un personnage qui devine un mot de passe. Voilà où on en est.
Les personnages, eux, sont écrits avec la profondeur d'une notice de montage IKEA. Jason Storm — le nom seul résume le niveau d'inventivité — est un flic intègre et musclé, point final. Aucune faille, aucun arc, aucune surprise. Sumai, le vieux sage martial, fait ce que font tous les vieux sages martiaux depuis la nuit du cinéma d'action : il entraîne le héros, débite quelques aphorismes, et se bat à la fin. Zoey Kinsella avait un potentiel réel — une femme flic transformée malgré elle en arme cybernétique au service du pouvoir —, mais le film ne fait strictement rien de cette idée. Une fois cyborg, elle se contente de marcher avec détermination dans des couloirs et de distribuer quelques coups de pied. Niki Picasso, le chef de gang grimé comme un Joker du pauvre, offre un peu de couleur dans cet océan de grisaille narrative, sans qu'on comprenne jamais vraiment ses motivations au-delà d'un vague appétit de pouvoir. Quant au Controller et à Bigalow, ils remplissent leur fonction de méchants avec l'enthousiasme de figurants qui attendent la fin de journée.
Ce qui est dommage, c'est que les thèmes de départ ne manquaient pas d'intérêt. La ségrégation sociale entre riches souterrains et pauvres de surface, l'instrumentalisation de la sécurité par le pouvoir, la transformation du corps humain en outil militaire : on pourrait presque croire qu'il y a là matière à réflexion. Mais le film traite chacune de ces pistes avec un désintérêt souverain, se contentant de les poser comme décor avant de passer au combat suivant. La dimension écologique, censée fonder l'univers tout entier, est expédiée en une phrase de narration et jamais exploitée. On est très loin du Soleil vert que certains critiques de l'époque y ont aperçu, et c'est un euphémisme.
La réalisation de Scott trahit à chaque plan l'inexpérience et les contraintes budgétaires. La première moitié du film est noyée sous un éclairage bleu artificiel censé évoquer un univers futuriste : on pense surtout à James Cameron filmé par un stagiaire avec des gélatines achetées en solde. Le tournage a eu lieu en novembre 1992 dans la banlieue de Toronto, et la fameuse cité souterraine n'est rien d'autre que les sous-sols d'un bâtiment gouvernemental situé à l'angle de Wellesley et Bay Street. Ça se voit. Les murs en béton brut, les tuyauteries apparentes, les néons industriels : tout crie « parking de ministère » plutôt que « civilisation du futur ». Les équipements soi-disant high-tech des TC sont en réalité des casques de kickboxing du commerce, de la marque Century, à peine customisés. Et à ce propos, petit détail savoureux : le sigle « TC » du titre fait référence à Tiger Claw, une vraie marque d'équipements d'arts martiaux. Le film entier est un placement produit déguisé, couronné par une publicité en bonne et due forme à la fin de la cassette VHS américaine. Ça force le respect, dans un sens. La bande-son, signée Varouje, oscille entre synthétiseur générique et silence embarrassé, sans jamais imprimer quoi que ce soit dans la mémoire. Côté chorégraphie, c'est inégal : quelques échanges de coups fonctionnent honnêtement, mais la plupart sont plombés par un montage approximatif et des tapis de chute bien visibles.
Le jeu des acteurs est, disons, conforme aux attentes du genre. Billy Blanks — qui deviendra quelques années plus tard une star mondiale grâce à ses vidéos de Tae Bo, bien plus que grâce à sa filmographie — possède indéniablement le physique et les aptitudes martiales du rôle. Mais dès qu'il doit ouvrir la bouche, c'est la catastrophe. Ses répliques sortent avec la fluidité d'un lecteur de prompteur en panne, et son visage affiche une expression unique, quelque part entre la concentration et l'incompréhension, qu'il ait affaire à un dialogue dramatique ou à un combat à mort. Bolo Yeung, pour une fois dans un rôle de gentil — lui qu'on a adoré détester dans Bloodsport face à Van Damme —, apporte une vraie présence physique, mais se trouve cruellement sous-exploité : il n'apparaît que dans la seconde moitié et ses scènes de combat sont parmi les moins convaincantes du film. Matthias Hues, le Norvégien massif qu'on avait remarqué dans Dark Angel aux côtés de Dolph Lundgren, fait le job de gros méchant mutique sans forcer son talent. Bobbie Phillips est probablement la plus intéressante du lot : elle a du charisme, une présence féline en mode cyborg, et on sent qu'elle aurait pu devenir une vraie figure du cinéma d'action DTV si les rôles avaient suivi. Merhi, lui, livre paradoxalement sa prestation la moins rigide en jouant le méchant de service, loin de ses habituels rôles de héros stoïque. Ce n'est pas un compliment immense, mais c'est quelque chose. En VF, le doublage ajoute une couche de décalage supplémentaire à l'ensemble, rendant certaines scènes involontairement plus drôles qu'elles ne le sont en version originale ; ce qui, compte tenu du niveau de base, est un exploit.
Même pour un nanar, accompagné de copains et de bières bien fraîches, TC 2000 reste un calvaire. Le film est hilarant à certains moments — le maquillage de clown de Picasso, la séquence d'entraînement en plein air façon clip de fitness, le mot de passe deviné in extremis —, mais il est surtout trop long, trop mal rythmé, avec de vastes plages d'ennui entre chaque éclat de rire involontaire. On attendait un spectacle bourrin et décomplexé, on récolte un film qui se prend juste assez au sérieux pour gâcher le plaisir coupable qu'on pourrait en tirer.
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