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· Julien   Lepage

Terminator renaissance
McG
2009

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Illustration de critique : Terminator renaissance
À force d'attendre que la saga adopte enfin une voie claire, voilà que le réalisateur McG débarque avec un casting solide avec en tête Christian Bale et Sam Worthington, pour nous plonger au cœur d'un futur ruiné où l'humanité affronte Skynet sans filet. L'annonce d'un récit installé après le Jugement dernier, dépouillé des paradoxes temporels du passé, avait de quoi susciter la curiosité : montrer enfin cette guerre dont les précédents films ne faisaient qu'esquisser l'ombre. Sur le papier, tout semblait aligné : un budget colossal, une ambition visuelle affichée, et la promesse de renouer avec l'ADN d'une franchise mythique : celle qui, depuis Terminator 2, traîne derrière elle un héritage intimidant, voire écrasant.

L'histoire se situe donc en 2018. L'humanité vit au rythme des offensives de Skynet, tandis que John Connor tente de s'imposer comme le leader prophétique annoncé de longue date, une figure autour de laquelle gravitent d'autres survivants, plus sceptiques. L'équilibre est perturbé par l'irruption de Marcus Wright, un homme revenu d'on ne sait où, dont la mémoire tronquée intrigue aussi bien les résistants que nous, spectateurs. À cela s'ajoute l'enlèvement de Kyle Reese, encore adolescent, qui oblige Connor à se jeter dans la gueule de la machine pour éviter un paradoxe mortel. C'est ainsi que le récit trace la route jusqu'aux entrailles des installations de Skynet, où une révélation sur la véritable nature de Marcus devient le pivot émotionnel du film.

Sur le plan narratif, l'intention est claire : embrasser enfin le champ de ruines que la saga annonçait depuis le début. Pourtant, le scénario se contente trop souvent d'une progression mécanique. À côté de quelques bonnes idées (la position intermédiaire de Marcus, déchiré entre son humanité et sa fonction) l'écriture se bloque dans une structure prévisible : prophétie, infiltration, sacrifice. Le film semble avoir voulu gommer la tension paranoïaque des deux premiers opus pour la remplacer par une logique de jeu vidéo, avec missions successives et objectifs clairement balisés. Même la fameuse scène d'introduction avec Helena Bonham Carter s'avère illustrative de ces choix : trop explicative, elle prive la révélation de ce personnage d'un mystère qui aurait pu lui donner du poids. Au final, les enjeux semblent imposés plus que vécus : on devine où tout va, et on y arrive sans surprise.

Les personnages, eux, portent difficilement le film. John Connor, censé être l'aboutissement d'une destinée annoncée, reste étonnamment figé : plus emblème que protagoniste, il suit son arc sans réelle évolution intérieure. À l'inverse, Marcus Wright bénéficie d'un meilleur traitement : sa trajectoire, du condamné à mort à la pièce maîtresse de Skynet, avait tout pour incarner l'ambiguïté morale que le film promet. Pourtant, son parcours, intéressant en apparence, n'ouvre jamais la brèche philosophique que suggère son existence. Quant à Kyle Reese, réduit à un enjeu scénaristique, il n'offre qu'un miroir pâle de l'adolescent rebelle et futé que promettait sa légende. On croise bien des figures secondaires (dont Kate Brewster), mais elles restent des silhouettes fonctionnelles, incapables d'incarner autre chose que des cases à cocher.

À vouloir aborder les thèmes centraux de la saga (identité, destin, humanité contre machine) le film récupère de grandes idées sans leur donner la densité qui les ferait vibrer. L'humanité de Marcus, par exemple, aurait pu offrir un fil métaphysique puissant sur ce qui reste d'un homme quand son corps est machine. Le film se contente d'en faire un ressort narratif, au lieu de l'interroger avec sincérité. La vision du futur, elle, s'abîme dans une imagerie grisâtre d'après-guerre qui évoque parfois Mad Max sans en retrouver la vitalité. Le message anti-technologique, déjà présent dans les films précédents, se dilue dans une lecture simpliste : les robots sont méchants, l'humanité survit tant bien que mal. Une banalisation à mille lieues de la tension existentielle instaurée par Terminator et Terminator 2.

Côté mise en scène, le film affiche une ambition visuelle indéniable : explosions massives, robots de toutes tailles, camions traînés par des Moissonneurs géants… tout y passe, avec une frénésie qui retrouve par instants une énergie brute. Le procédé dérivé du bleach bypass utilisé sur l'image renforce ce grain métallique caractéristique, et les décors du Nouveau-Mexique donnent aux paysages un relief poussiéreux assez cohérent avec la guerre nucléaire. Hélas, si certaines scènes d'action impressionnent en salle, elles s'enchaînent sans respiration, comme si l'on tentait de masquer une structure lacunaire par une surenchère permanente. La bande-son reprend vaguement des motifs familiers, mais ne parvient jamais à s'élever au-dessus de l'illustratif. Rien de honteux techniquement, juste une application sans éclat.

Les performances d'acteurs, elles, se heurtent au manque d'écriture. Christian Bale, impeccable d'intensité dans The dark knight, semble cette fois coincé dans un rôle qui ne lui laisse qu'une seule nuance : la tension… nuancée par quelques colères qu'on dirait échappées de sa fameuse altercation sur le plateau. Sam Worthington s'en sort mieux : son Marcus, tout en raideur et perplexité, trouve parfois des éclats d'humanité qui laissent deviner un film plus subtil que celui à l'écran. Bryce Dallas Howard et Common font ce qu'ils peuvent avec des rôles minuscules, tandis qu'Anton Yelchin, pourtant excellent dans d'autres registres, peine à donner chair à Kyle Reese. On reconnaît brièvement Helena Bonham Carter, dont la présence rappelle qu'un casting prestigieux ne suffit jamais à sauver un manque d'âme.

Au terme de cette plongée dans les ruines fumantes du futur, l'impression dominante reste celle d'un rendez-vous manqué. Les bonnes intentions ne manquaient pas, et certaines idées laissaient espérer une renaissance de la saga. Pourtant, le film semble croire qu'il suffit de montrer la guerre pour l'incarner. Derrière les décibels, on cherche en vain le souffle tragique qui animait les opus fondateurs.
Ma note26%
Vu le 17 Juin 2009


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