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· Julien   Lepage

Terminator 3 : le soulèvement des machines
Jonathan Mostow
2003

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Illustration de critique : Terminator 3 : le soulèvement des machines
Il fallait forcément s'y attendre : après le choc industriel et culturel de Terminator 2, l'annonce d'un troisième épisode réalisé par Jonathan Mostow, avec le retour d'Arnold Schwarzenegger et un nouveau John Connor incarné par Nick Stahl, avait de quoi intriguer autant qu'inquiéter. Sorti en 2003, dans un Hollywood déjà obsédé par la nostalgie rentable, le film arrivait avec une promesse implicite : prolonger une mythologie fondatrice du cinéma de science-fiction tout en parlant à une nouvelle génération. Sur le papier, l'attente était réelle, presque fébrile, tant la saga semblait intouchable depuis plus d'une décennie.

L'histoire reprend dix ans après les événements du Jugement dernier. John Connor, désormais adulte, vit en marge de la société, sans identité officielle, persuadé que Skynet peut encore surgir à tout moment. Évidemment, il avait raison. Les machines envoient dans le passé un nouveau modèle, le T-X, androïde hybride chargé non seulement d'éliminer John, mais aussi plusieurs futurs lieutenants de la résistance, dont Kate Brewster. Pour contrer cette menace, un T-101 est à nouveau expédié, avec pour mission de protéger John et Kate, et de retarder l'inévitable. Très vite, une évidence s'impose : le « Jugement dernier » n'a pas été annulé, seulement repoussé.

Sur le plan du scénario, le sentiment dominant reste celui du recyclage. La structure narrative reprend presque point par point celle de T2 : fuite permanente, scènes de poursuite spectaculaires, pédagogie forcée sur le futur, et révélation finale à valeur de twist philosophique. La différence, c'est que là où James Cameron injectait une tension tragique et une vraie réflexion sur le libre arbitre, Terminator 3 se contente souvent d'aligner les morceaux de bravoure. Quelques idées fonctionnent, notamment l'acceptation du destin comme fatalité, mais elles arrivent tard, et surtout sans la puissance émotionnelle nécessaire. On sent un script remanié, poli, sécurisé, presque frileux, comme si le film avait peur d'aller trop loin dans ce qu'il affirme.

Les personnages, eux, souffrent particulièrement de ce manque d'audace. John Connor, pourtant censé être le futur leader charismatique de l'humanité, est présenté comme un jeune homme apathique, constamment dépassé par les événements. L'intention est compréhensible : montrer un héros qui doute… mais le résultat affaiblit considérablement la figure mythique construite auparavant. Kate Brewster peine à exister autrement que comme rouage scénaristique, future épouse annoncée plus que personnage incarné. Quant au T-101, il devient ici un ressort comique assumé, multipliant les répliques et situations humoristiques, parfois amusantes, souvent déplacées, qui désamorcent trop facilement la gravité du récit.

Le film tente pourtant d'aborder des thèmes intéressants : l'illusion du contrôle, la dépendance technologique, la peur d'un avenir automatisé. En 2003, alors que l'informatique domestique et Internet prenaient une place croissante, ces sujets avaient un vrai potentiel. Mais ils restent en surface, comme énoncés sans être vraiment creusés. Là où la saga parlait autrefois de responsabilité humaine et de choix moraux, ce troisième volet se réfugie derrière l'idée d'un destin inéluctable, presque confortable, qui excuse finalement tout le reste.

La mise en scène de Jonathan Mostow est propre, efficace, parfois impressionnante sur le plan purement mécanique. Le film disposait d'un budget colossal (près de 200 millions de dollars) et cela se voit. Les poursuites, notamment celle impliquant une grue sur une autoroute, témoignent d'un vrai savoir-faire technique. Les effets spéciaux sont solides, même si l'on sent déjà poindre une dépendance excessive au numérique, moins élégant que les effets pratiques emblématiques des précédents films. La bande-son, elle, peine à retrouver l'identité sonore iconique de la saga, malgré quelques clins d'œil appuyés.

Côté interprétation, Arnold Schwarzenegger reste fidèle à lui-même, charismatique, massif, indestructible (au sens propre comme au figuré). Il joue en terrain connu, sans surprise, mais avec une aisance qui rappelle pourquoi il est indissociable de la franchise. Nick Stahl, en revanche, peine à imposer son John Connor face au souvenir encore brûlant d'Edward Furlong. Claire Danes apporte une certaine sincérité, mais son rôle est trop limité pour lui permettre de réellement marquer le film. Quant à Kristanna Loken, son T-X impressionne physiquement, mais le personnage reste trop schématique pour rivaliser avec les antagonistes mythiques de la saga.

Au final, ce troisième épisode laisse une impression mitigée, presque frustrante. Il y a du spectacle, de l'argent à l'écran, quelques bonnes idées et une conclusion plus sombre qu'attendue, qui ose enfin assumer la chute. Mais tout cela arrive après trop de concessions, trop de clins d'œil appuyés, trop de répétitions. Le film divertit sur le moment, puis s'efface rapidement, incapable de rivaliser avec l'héritage qu'il invoque sans cesse.
Ma note37%
Vu le 16 Juin 2009


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