L'étoile mystérieuse
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

L'étoile mystérieuse est un album qui marque un tournant dans l'histoire de Tintin, et ce, à plus d'un titre. Publié en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, il est le premier de la série à paraître directement en couleurs, grâce à une nouvelle technique d'impression acquise par Casterman. Cette évolution technique contraint Hergé à limiter le nombre de pages de ses albums à 62, mais lui permet aussi de travailler la mise en scène et l'atmosphère de son récit avec un soin accru. C'est également le premier album réalisé avec une équipe de collaborateurs, parmi lesquels Edgar P. Jacobs, futur auteur de Blake et Mortimer. Ce n'est pas encore l'âge d'or de Tintin, mais on sent que la machine est en marche.
L'intrigue débute sur une note de fin du monde : une chaleur écrasante s'abat sur la ville, des pneus éclatent, l'asphalte fond sous les pieds, et un prophète fou annonce le châtiment divin. Tintin, intrigué par une étoile supplémentaire apparue dans la constellation de la Grande Ourse, se rend à l'observatoire et apprend d'un savant, le professeur Calys, qu'un gigantesque météore fonce vers la Terre. La panique s'installe, avant que l'impact tant redouté ne se transforme en simple frayeur : seul un fragment de l'aérolithe s'est détaché et s'est écrasé dans l'océan Arctique. Or, ce rocher céleste contient un métal inconnu, le « calystène », qui suscite la convoitise des scientifiques. Une expédition est alors montée, financée par une organisation européenne, et Tintin embarque sur l'Aurore, sous les ordres du capitaine Haddock. Mais un puissant financier du Sao Rico commandite une mission concurrente et tente par tous les moyens d'empêcher nos héros de revendiquer la découverte. La course est lancée.
L'étoile mystérieuse est un album étonnant dans sa construction et son ton. Il alterne sans cesse entre une tension dramatique presqu'apocalyptique et des moments d'humour typiques d'Hergé. Les dix premières pages, avec leur atmosphère de cauchemar et cette impression d'un monde au bord du gouffre, sont parmi les plus marquantes de toute la série. Les ombres portées, rares chez Hergé, accentuent cette impression de basculement dans une autre dimension, où la science et l'irrationnel se confondent. C'est sans doute ce qui confère à cet album une place à part dans l'univers de Tintin. Là où Le Lotus bleu ou Le crabe aux pinces d'or s'ancrent dans un réalisme quasi-documentaire, ici, on frôle le fantastique, avec une île où poussent des champignons géants, des pommes énormes et une araignée démesurée qui semble tout droit sortie d'un rêve fiévreux.
Le personnage du capitaine Haddock gagne ici en épaisseur. Présenté dans l'album précédent comme un ivrogne notoire, il se montre ici plus compétent, même si son abstinence forcée est source de plusieurs gags. Son franc-parler et ses invectives, devenues cultes, enrichissent le dynamisme des dialogues. Milou, de son côté, joue son rôle habituel de compagnon fidèle, mais râleur, obnubilé par la nourriture. Les Dupondt sont absents, et ce n'est pas plus mal : l'album respire mieux sans leurs gaffes répétées.
Visuellement, L'étoile mystérieuse est une réussite. Les couleurs douces, tirant sur l'ocre, confèrent aux scènes maritimes un charme particulier, et la composition des cases traduit une vraie maîtrise du rythme. Chaque planche joue sur une alternance entre suspense, humour et émerveillement, ce qui empêche le récit de tomber dans la monotonie. Certains passages, comme la scène où Tintin découvre l'aérolithe, sont presqu'hypnotiques dans leur rendu graphique.
Mais tout n'est pas parfait. Si l'album brille par son atmosphère et ses trouvailles visuelles, il souffre aussi de certains écueils. D'abord, la construction narrative est inégale : la première partie, fascinante, est suivie d'une course maritime haletante, mais la dernière séquence, sur l'aérolithe, bien que marquante, donne une impression de précipitation.
Dans cet album, il est amusant de disséquer l'arrière-plan idéologique de l'époque. Hergé a souvent été critiqué pour ses choix éditoriaux sous l'Occupation, et L'étoile mystérieuse en est un bon exemple. Si l'antisémitisme flagrant du personnage du financier Blumenstein (rebaptisé Bohlwinkel dans les rééditions) a été atténué, la composition des deux expéditions (les « bons » sont européens, les « méchants » financés par un banquier avide) demeure symptomatique de l'ambiance politique de l'époque.
L'étoile mystérieuse reste un album ambitieux, audacieux dans sa mise en scène et captivant dans son déroulement. Son mélange d'aventure scientifique et de fantastique lui donne un cachet unique au sein des aventures de Tintin, et sa maîtrise visuelle en fait l'un des albums les plus aboutis de la série. Il ne figure peut-être pas dans le panthéon des chefs-d'œuvre absolus d'Hergé, mais il demeure une lecture incontournable, ne serait-ce que pour ses moments de pur vertige narratif. Une étoile étrange, fascinante, et qui continue de briller dans l'univers du neuvième art.
L'intrigue débute sur une note de fin du monde : une chaleur écrasante s'abat sur la ville, des pneus éclatent, l'asphalte fond sous les pieds, et un prophète fou annonce le châtiment divin. Tintin, intrigué par une étoile supplémentaire apparue dans la constellation de la Grande Ourse, se rend à l'observatoire et apprend d'un savant, le professeur Calys, qu'un gigantesque météore fonce vers la Terre. La panique s'installe, avant que l'impact tant redouté ne se transforme en simple frayeur : seul un fragment de l'aérolithe s'est détaché et s'est écrasé dans l'océan Arctique. Or, ce rocher céleste contient un métal inconnu, le « calystène », qui suscite la convoitise des scientifiques. Une expédition est alors montée, financée par une organisation européenne, et Tintin embarque sur l'Aurore, sous les ordres du capitaine Haddock. Mais un puissant financier du Sao Rico commandite une mission concurrente et tente par tous les moyens d'empêcher nos héros de revendiquer la découverte. La course est lancée.
L'étoile mystérieuse est un album étonnant dans sa construction et son ton. Il alterne sans cesse entre une tension dramatique presqu'apocalyptique et des moments d'humour typiques d'Hergé. Les dix premières pages, avec leur atmosphère de cauchemar et cette impression d'un monde au bord du gouffre, sont parmi les plus marquantes de toute la série. Les ombres portées, rares chez Hergé, accentuent cette impression de basculement dans une autre dimension, où la science et l'irrationnel se confondent. C'est sans doute ce qui confère à cet album une place à part dans l'univers de Tintin. Là où Le Lotus bleu ou Le crabe aux pinces d'or s'ancrent dans un réalisme quasi-documentaire, ici, on frôle le fantastique, avec une île où poussent des champignons géants, des pommes énormes et une araignée démesurée qui semble tout droit sortie d'un rêve fiévreux.
Le personnage du capitaine Haddock gagne ici en épaisseur. Présenté dans l'album précédent comme un ivrogne notoire, il se montre ici plus compétent, même si son abstinence forcée est source de plusieurs gags. Son franc-parler et ses invectives, devenues cultes, enrichissent le dynamisme des dialogues. Milou, de son côté, joue son rôle habituel de compagnon fidèle, mais râleur, obnubilé par la nourriture. Les Dupondt sont absents, et ce n'est pas plus mal : l'album respire mieux sans leurs gaffes répétées.
Visuellement, L'étoile mystérieuse est une réussite. Les couleurs douces, tirant sur l'ocre, confèrent aux scènes maritimes un charme particulier, et la composition des cases traduit une vraie maîtrise du rythme. Chaque planche joue sur une alternance entre suspense, humour et émerveillement, ce qui empêche le récit de tomber dans la monotonie. Certains passages, comme la scène où Tintin découvre l'aérolithe, sont presqu'hypnotiques dans leur rendu graphique.
Mais tout n'est pas parfait. Si l'album brille par son atmosphère et ses trouvailles visuelles, il souffre aussi de certains écueils. D'abord, la construction narrative est inégale : la première partie, fascinante, est suivie d'une course maritime haletante, mais la dernière séquence, sur l'aérolithe, bien que marquante, donne une impression de précipitation.
Dans cet album, il est amusant de disséquer l'arrière-plan idéologique de l'époque. Hergé a souvent été critiqué pour ses choix éditoriaux sous l'Occupation, et L'étoile mystérieuse en est un bon exemple. Si l'antisémitisme flagrant du personnage du financier Blumenstein (rebaptisé Bohlwinkel dans les rééditions) a été atténué, la composition des deux expéditions (les « bons » sont européens, les « méchants » financés par un banquier avide) demeure symptomatique de l'ambiance politique de l'époque.
L'étoile mystérieuse reste un album ambitieux, audacieux dans sa mise en scène et captivant dans son déroulement. Son mélange d'aventure scientifique et de fantastique lui donne un cachet unique au sein des aventures de Tintin, et sa maîtrise visuelle en fait l'un des albums les plus aboutis de la série. Il ne figure peut-être pas dans le panthéon des chefs-d'œuvre absolus d'Hergé, mais il demeure une lecture incontournable, ne serait-ce que pour ses moments de pur vertige narratif. Une étoile étrange, fascinante, et qui continue de briller dans l'univers du neuvième art.
Ma note70%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !