Le temple du Soleil
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Hergé, c'est ce type qui a inventé Tintin et qui, en 1946, après avoir traversé la guerre et une belle série d'accusations de collaboration, se retrouve un peu en vrac. Il publie Le temple du Soleil dans le Journal de Tintin, qui vient de naître sous l'impulsion de Raymond Leblanc. Mais l'euphorie de la reprise ne dure pas longtemps. Entre la pression du succès, la fin de sa collaboration avec Edgar P. Jacobs et une dépression sévère, Hergé rame. Ça se sent dans le processus de création : d'abord une cadence régulière, puis des semaines où l'auteur remplace les cases manquantes par des encarts sur l'histoire des Incas, et enfin une pause forcée de deux mois avant de retrouver l'énergie nécessaire pour conclure l'histoire. Et pourtant, contre toute attente, cet album est l'un des plus maîtrisés sur le plan graphique et narratif.
L'histoire, d'ailleurs, s'inscrit directement dans la suite des 7 boules de cristal. Tournesol a été enlevé après avoir porté le bracelet de la momie Rascar Capac, et Tintin, accompagné du capitaine Haddock, débarque au Pérou pour lui sauver la mise. Après une course-poursuite en train et en montagne, ils rencontrent Zorrino, un jeune Indien que Tintin prend sous son aile. C'est lui qui les guide à travers la jungle et les Andes jusqu'au mythique temple du Soleil, où les Incas maintiennent en vie un vestige de leur civilisation perdue. Après quelques péripéties, ils se retrouvent condamnés au bûcher, mais évitent une fin grillée grâce à une éclipse providentielle que Tintin, en bon héros de feuilleton, exploite pour faire croire aux Incas qu'il peut commander aux astres.
Ce qui frappe en premier lieu, c'est la mise en scène visuelle. Le temple du Soleil est le premier Tintin entièrement pensé et publié en couleur, et ça se voit. L'album adopte un format plus panoramique, qui permet à Hergé de déployer des décors somptueux, du port de Callao aux jungles luxuriantes en passant par les montagnes escarpées de la cordillère des Andes. Grâce à une recherche documentaire impressionnante — National Geographic, Pérou et Bolivie de Charles Wiener, gravures et photos d'archives —, l'album a une authenticité graphique rare dans la série. Exit les approximations ethnographiques des albums plus anciens : ici, les vêtements, les rites et l'architecture sont d'une précision quasi maniaque.
Mais derrière cette beauté formelle, il y a aussi une inspiration un peu désespérée. Hergé, en manque d'idées et en proie au doute, puise à droite à gauche pour nourrir son intrigue. Le résultat ? Un scénario qui frôle le plagiat assumé de L'épouse du Soleil de Gaston Leroux. Le parallèle est flagrant : enlèvement par des Indiens, expédition à travers le Pérou, temples cachés, rituels sanglants, et même le fameux coup de l'éclipse, déjà utilisé par Christophe Colomb pour manipuler les populations locales. Pas de quoi crier au scandale, mais ce recyclage littéraire donne une intrigue ultra-classique qui, bien que parfaitement rythmée, manque parfois de souffle véritablement original.
Et puis, soyons honnêtes, Le temple du Soleil traîne quelques longueurs. Après un début haletant, la progression dans la jungle et les montagnes est ralentie par des péripéties redondantes : Tintin et Haddock passent plus de temps à se battre avec la faune locale qu'à vraiment faire avancer l'histoire. Milou se fait kidnapper par un condor (parce que pourquoi pas ?), Haddock découvre le mal des montagnes et manque de mourir vingt fois, et Tintin passe en mode super-héros en sauvant à peu près tout ce qui croise son chemin. Ce côté « Tintin invincible » devient presque risible : à force de voir le héros réussir sans une égratignure, on se demande pourquoi il a besoin d'un capitaine râleur et d'un gamin indien comme sidekick.
Cela dit, il y a des moments de grâce. L'entrée dans le temple, avec cette planche muette où Tintin et ses compagnons découvrent les vestiges de la civilisation inca, est un pur bijou graphique. Le procès inca, avec son ambiance solennelle et sa mise en scène millimétrée, fonctionne à merveille. Et bien sûr, la scène de l'éclipse reste l'un des grands moments de la bande dessinée franco-belge, même si son incohérence est flagrante : ces Incas, qui sortent régulièrement de leur temple et qui ont un ancien membre devenu artiste de cabaret en Europe, seraient incapables de reconnaître un phénomène céleste pourtant bien documenté ? Un peu dur à avaler.
Malgré tout, cet album reste un incontournable. Plus travaillé graphiquement que ses prédécesseurs, il pose les bases du Tintin moderne, avec une aventure grand spectacle, des enjeux forts et une narration enlevée. C'est aussi un des rares albums où Hergé flirte avec l'archéologie pure, donnant à son récit une profondeur historique inhabituelle. On pourra lui reprocher son classicisme, quelques passages à vide et une surenchère d'héroïsme qui frôle parfois le ridicule, mais il n'en reste pas moins un des récits les plus immersifs et maîtrisés de la série.
L'histoire, d'ailleurs, s'inscrit directement dans la suite des 7 boules de cristal. Tournesol a été enlevé après avoir porté le bracelet de la momie Rascar Capac, et Tintin, accompagné du capitaine Haddock, débarque au Pérou pour lui sauver la mise. Après une course-poursuite en train et en montagne, ils rencontrent Zorrino, un jeune Indien que Tintin prend sous son aile. C'est lui qui les guide à travers la jungle et les Andes jusqu'au mythique temple du Soleil, où les Incas maintiennent en vie un vestige de leur civilisation perdue. Après quelques péripéties, ils se retrouvent condamnés au bûcher, mais évitent une fin grillée grâce à une éclipse providentielle que Tintin, en bon héros de feuilleton, exploite pour faire croire aux Incas qu'il peut commander aux astres.
Ce qui frappe en premier lieu, c'est la mise en scène visuelle. Le temple du Soleil est le premier Tintin entièrement pensé et publié en couleur, et ça se voit. L'album adopte un format plus panoramique, qui permet à Hergé de déployer des décors somptueux, du port de Callao aux jungles luxuriantes en passant par les montagnes escarpées de la cordillère des Andes. Grâce à une recherche documentaire impressionnante — National Geographic, Pérou et Bolivie de Charles Wiener, gravures et photos d'archives —, l'album a une authenticité graphique rare dans la série. Exit les approximations ethnographiques des albums plus anciens : ici, les vêtements, les rites et l'architecture sont d'une précision quasi maniaque.
Mais derrière cette beauté formelle, il y a aussi une inspiration un peu désespérée. Hergé, en manque d'idées et en proie au doute, puise à droite à gauche pour nourrir son intrigue. Le résultat ? Un scénario qui frôle le plagiat assumé de L'épouse du Soleil de Gaston Leroux. Le parallèle est flagrant : enlèvement par des Indiens, expédition à travers le Pérou, temples cachés, rituels sanglants, et même le fameux coup de l'éclipse, déjà utilisé par Christophe Colomb pour manipuler les populations locales. Pas de quoi crier au scandale, mais ce recyclage littéraire donne une intrigue ultra-classique qui, bien que parfaitement rythmée, manque parfois de souffle véritablement original.
Et puis, soyons honnêtes, Le temple du Soleil traîne quelques longueurs. Après un début haletant, la progression dans la jungle et les montagnes est ralentie par des péripéties redondantes : Tintin et Haddock passent plus de temps à se battre avec la faune locale qu'à vraiment faire avancer l'histoire. Milou se fait kidnapper par un condor (parce que pourquoi pas ?), Haddock découvre le mal des montagnes et manque de mourir vingt fois, et Tintin passe en mode super-héros en sauvant à peu près tout ce qui croise son chemin. Ce côté « Tintin invincible » devient presque risible : à force de voir le héros réussir sans une égratignure, on se demande pourquoi il a besoin d'un capitaine râleur et d'un gamin indien comme sidekick.
Cela dit, il y a des moments de grâce. L'entrée dans le temple, avec cette planche muette où Tintin et ses compagnons découvrent les vestiges de la civilisation inca, est un pur bijou graphique. Le procès inca, avec son ambiance solennelle et sa mise en scène millimétrée, fonctionne à merveille. Et bien sûr, la scène de l'éclipse reste l'un des grands moments de la bande dessinée franco-belge, même si son incohérence est flagrante : ces Incas, qui sortent régulièrement de leur temple et qui ont un ancien membre devenu artiste de cabaret en Europe, seraient incapables de reconnaître un phénomène céleste pourtant bien documenté ? Un peu dur à avaler.
Malgré tout, cet album reste un incontournable. Plus travaillé graphiquement que ses prédécesseurs, il pose les bases du Tintin moderne, avec une aventure grand spectacle, des enjeux forts et une narration enlevée. C'est aussi un des rares albums où Hergé flirte avec l'archéologie pure, donnant à son récit une profondeur historique inhabituelle. On pourra lui reprocher son classicisme, quelques passages à vide et une surenchère d'héroïsme qui frôle parfois le ridicule, mais il n'en reste pas moins un des récits les plus immersifs et maîtrisés de la série.
Ma note71%
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