On a marché sur la Lune
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Hergé n'avait pas besoin d'envoyer Tintin sur la Lune pour assoir son génie, mais il l'a fait quand même, et d'une manière qui force encore aujourd'hui le respect. On a marché sur la Lune est la conclusion d'un diptyque entamé avec Objectif Lune, et l'un des albums les plus emblématiques de la série. En 1954, alors que la course à l'espace n'en est qu'à ses balbutiements, Hergé envoie son héros sur l'astre sélénite avec un réalisme stupéfiant pour l'époque. Là où d'autres auteurs se seraient contentés d'une science-fiction approximative et de clichés poussiéreux sur la Lune, Hergé se documente, consulte des experts et livre une vision qui, si elle n'est pas exempte d'erreurs, reste remarquablement crédible.
L'histoire reprend exactement où nous avait laissés Objectif Lune. Tintin, Haddock, Tournesol et leur équipage viennent de décoller et filent droit vers l'inconnu. La surprise arrive rapidement : les Dupondt, toujours aussi futés, se sont embarqués sans le savoir, obligeant tout le monde à rationner l'oxygène. Le voyage est l'occasion de quelques scènes mémorables, dont la fameuse séquence en impesanteur, où Tournesol explique que l'arrêt des moteurs annule l'effet de gravité artificielle. Une remarque qui a fait grincer des dents à certains bien-pensants, mais qui, après vérification, est tout à fait juste. Hergé ne se contente pas d'envoyer Tintin sur la Lune, il le fait avec une rigueur scientifique qui laisse admiratif. Arrivés sur place, nos héros explorent le sol lunaire, assistent à quelques péripéties, avant qu'un élément inattendu ne vienne bousculer l'aventure : la présence d'un passager clandestin. Le sinistre colonel Boris Jorgen, déjà aperçu dans Le sceptre d'Ottokar, refait surface avec l'intention de voler la fusée et de laisser tout le monde crever sur la Lune. Ce retournement dramatique entraîne l'un des moments les plus poignants de la série : la rédemption de Frank Wolff, ingénieur tourmenté et traître malgré lui, qui finit par se sacrifier pour sauver l'équipage. La conclusion est haletante, le manque d'oxygène pèse sur chaque case et l'arrivée sur Terre a des allures de miracle.
Là où Objectif Lune s'inscrivait dans un registre d'espionnage et de tension, On a marché sur la Lune adopte un ton plus poétique et contemplatif. L'émerveillement se mêle à l'angoisse, chaque instant passé sur la Lune est une parenthèse suspendue entre le rêve et la menace omniprésente de la mort. Hergé équilibre parfaitement humour et drame, Haddock apporte son lot de comédie avec ses idioties (sa dérive en orbite autour d'Adonis reste un grand moment), mais l'atmosphère se durcit progressivement. L'ombre de la trahison plane, la menace du manque d'oxygène est tangible, et l'album se clôt sur une note amère avec la disparition de Wolff, l'un des rares personnages de la saga à mourir de manière aussi explicite.
Les paysages lunaires, illustrés par Bob De Moor sous la supervision d'Hergé, sont d'une beauté saisissante. L'absence de bruit, le sol rocailleux, l'immensité stérile de la Lune, tout y est. L'esthétique de la fusée, rouge et blanche à damiers, est entrée dans l'imaginaire collectif et reste plus iconique que n'importe quelle capsule grise de la NASA. De même, les scaphandres des personnages, bien que scientifiquement discutables (ces casques en plexiglas qui laissent voir leurs visages auraient grillé leurs occupants sous les rayons solaires), participent au charme de l'album. Hergé, qui n'était pas dupe, a consciemment choisi la lisibilité et l'expressivité des visages plutôt que le réalisme absolu.
Bien sûr, tout n'est pas parfait. Si Hergé a visé juste sur de nombreux points, certains détails font tiquer. La scène où Haddock est satellisé autour d'un astéroïde minuscule est totalement invraisemblable : un corps aussi petit ne peut exercer une attraction suffisante. La présence de glace sur la Lune, confirmée bien plus tard par la sonde Clémentine en 1994, est un heureux hasard, mais l'aspect liquide de la grotte visitée par Tintin ne tient pas debout. L'évanouissement des personnages au décollage et à l'atterrissage est exagéré, surtout quand on sait que l'accélération subie par la fusée est constante. La représentation de la Terre, toujours pleine, ne tient pas compte des phases visibles depuis la Lune. Et pourtant, ces approximations, loin de gâcher l'album, ajoutent une part de naïveté assumée qui fait le charme de l'ensemble.
S'il fallait pointer du doigt une inspiration directe, On a marché sur la Lune emprunte à La femme sur la Lune de Fritz Lang, un film de 1929 qui partage avec Hergé plusieurs éléments scénaristiques : le compte à rebours avant le lancement, le retournement de la fusée avant l'alunissage, et même le personnage de Wolf, dont le sacrifice rappelle celui de Frank Wolff. Plus troublantes encore sont les similitudes avec Destination... Lune !, un film de 1950 d'Irving Pichel, dont certaines scènes semblent avoir été recopiées par Hergé. Plagiat ? Hommage ? Difficile à dire. Mais au final, peu importe : Hergé transcende ses influences et livre un album qui reste, encore aujourd'hui, l'une des références ultimes de la bande dessinée d'anticipation.
Si l'on devait situer On a marché sur la Lune dans la hiérarchie des albums de Tintin, il figurerait incontestablement parmi les meilleurs, mais pas tout en haut. Le diptyque lunaire impressionne par son ambition, sa maîtrise narrative et son sérieux scientifique, mais il lui manque peut-être cette étincelle d'aventure pure qui fait le sel d'un Trésor de Rackham le Rouge ou d'un Temple du Soleil. Malgré quelques longueurs et des moments où l'humour semble trop insistant (les Dupondt auraient gagné à être un peu moins présents), l'album brille par son audace et son inventivité. Il n'a pas pris une ride et continue de fasciner les lecteurs, jeunes ou moins jeunes.
Là où tant d'œuvres de science-fiction de l'époque ont vieilli, Hergé a réussi l'exploit de rendre son voyage lunaire intemporel. Et si des générations d'enfants ont grandi en pensant que la première fusée sur la Lune était rouge et blanche, c'est bien la preuve que cette aventure, plus que toute autre, a marqué l'imaginaire collectif.
L'histoire reprend exactement où nous avait laissés Objectif Lune. Tintin, Haddock, Tournesol et leur équipage viennent de décoller et filent droit vers l'inconnu. La surprise arrive rapidement : les Dupondt, toujours aussi futés, se sont embarqués sans le savoir, obligeant tout le monde à rationner l'oxygène. Le voyage est l'occasion de quelques scènes mémorables, dont la fameuse séquence en impesanteur, où Tournesol explique que l'arrêt des moteurs annule l'effet de gravité artificielle. Une remarque qui a fait grincer des dents à certains bien-pensants, mais qui, après vérification, est tout à fait juste. Hergé ne se contente pas d'envoyer Tintin sur la Lune, il le fait avec une rigueur scientifique qui laisse admiratif. Arrivés sur place, nos héros explorent le sol lunaire, assistent à quelques péripéties, avant qu'un élément inattendu ne vienne bousculer l'aventure : la présence d'un passager clandestin. Le sinistre colonel Boris Jorgen, déjà aperçu dans Le sceptre d'Ottokar, refait surface avec l'intention de voler la fusée et de laisser tout le monde crever sur la Lune. Ce retournement dramatique entraîne l'un des moments les plus poignants de la série : la rédemption de Frank Wolff, ingénieur tourmenté et traître malgré lui, qui finit par se sacrifier pour sauver l'équipage. La conclusion est haletante, le manque d'oxygène pèse sur chaque case et l'arrivée sur Terre a des allures de miracle.
Là où Objectif Lune s'inscrivait dans un registre d'espionnage et de tension, On a marché sur la Lune adopte un ton plus poétique et contemplatif. L'émerveillement se mêle à l'angoisse, chaque instant passé sur la Lune est une parenthèse suspendue entre le rêve et la menace omniprésente de la mort. Hergé équilibre parfaitement humour et drame, Haddock apporte son lot de comédie avec ses idioties (sa dérive en orbite autour d'Adonis reste un grand moment), mais l'atmosphère se durcit progressivement. L'ombre de la trahison plane, la menace du manque d'oxygène est tangible, et l'album se clôt sur une note amère avec la disparition de Wolff, l'un des rares personnages de la saga à mourir de manière aussi explicite.
Les paysages lunaires, illustrés par Bob De Moor sous la supervision d'Hergé, sont d'une beauté saisissante. L'absence de bruit, le sol rocailleux, l'immensité stérile de la Lune, tout y est. L'esthétique de la fusée, rouge et blanche à damiers, est entrée dans l'imaginaire collectif et reste plus iconique que n'importe quelle capsule grise de la NASA. De même, les scaphandres des personnages, bien que scientifiquement discutables (ces casques en plexiglas qui laissent voir leurs visages auraient grillé leurs occupants sous les rayons solaires), participent au charme de l'album. Hergé, qui n'était pas dupe, a consciemment choisi la lisibilité et l'expressivité des visages plutôt que le réalisme absolu.
Bien sûr, tout n'est pas parfait. Si Hergé a visé juste sur de nombreux points, certains détails font tiquer. La scène où Haddock est satellisé autour d'un astéroïde minuscule est totalement invraisemblable : un corps aussi petit ne peut exercer une attraction suffisante. La présence de glace sur la Lune, confirmée bien plus tard par la sonde Clémentine en 1994, est un heureux hasard, mais l'aspect liquide de la grotte visitée par Tintin ne tient pas debout. L'évanouissement des personnages au décollage et à l'atterrissage est exagéré, surtout quand on sait que l'accélération subie par la fusée est constante. La représentation de la Terre, toujours pleine, ne tient pas compte des phases visibles depuis la Lune. Et pourtant, ces approximations, loin de gâcher l'album, ajoutent une part de naïveté assumée qui fait le charme de l'ensemble.
S'il fallait pointer du doigt une inspiration directe, On a marché sur la Lune emprunte à La femme sur la Lune de Fritz Lang, un film de 1929 qui partage avec Hergé plusieurs éléments scénaristiques : le compte à rebours avant le lancement, le retournement de la fusée avant l'alunissage, et même le personnage de Wolf, dont le sacrifice rappelle celui de Frank Wolff. Plus troublantes encore sont les similitudes avec Destination... Lune !, un film de 1950 d'Irving Pichel, dont certaines scènes semblent avoir été recopiées par Hergé. Plagiat ? Hommage ? Difficile à dire. Mais au final, peu importe : Hergé transcende ses influences et livre un album qui reste, encore aujourd'hui, l'une des références ultimes de la bande dessinée d'anticipation.
Si l'on devait situer On a marché sur la Lune dans la hiérarchie des albums de Tintin, il figurerait incontestablement parmi les meilleurs, mais pas tout en haut. Le diptyque lunaire impressionne par son ambition, sa maîtrise narrative et son sérieux scientifique, mais il lui manque peut-être cette étincelle d'aventure pure qui fait le sel d'un Trésor de Rackham le Rouge ou d'un Temple du Soleil. Malgré quelques longueurs et des moments où l'humour semble trop insistant (les Dupondt auraient gagné à être un peu moins présents), l'album brille par son audace et son inventivité. Il n'a pas pris une ride et continue de fasciner les lecteurs, jeunes ou moins jeunes.
Là où tant d'œuvres de science-fiction de l'époque ont vieilli, Hergé a réussi l'exploit de rendre son voyage lunaire intemporel. Et si des générations d'enfants ont grandi en pensant que la première fusée sur la Lune était rouge et blanche, c'est bien la preuve que cette aventure, plus que toute autre, a marqué l'imaginaire collectif.
Ma note78%
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