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· Julien   Lepage

Péchés mignons, tome 1
Arthur de Pins
2006

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Illustration de critique : Péchés mignons, tome 1
Ça commence dans un magazine pour hommes jeunes et légèrement boutonneux — Max Mag pour ne pas le nommer — où Arthur de Pins publie depuis 2003 des strips coquins entre deux tests de voitures et un horoscope de la drague. Le bonhomme vient de l'animation, diplômé des Arts Déco de Paris, et il a déjà signé La révolution des crabes, un court-métrage darwiniste totalement dingue réalisé seul chez lui sous Flash, qui a raflé le prix du public à Annecy en 2004. Autant dire qu'il n'est pas arrivé dans la BD par défaut. En 2006, il compile ses strips dans un premier album chez Fluide Glacial, et la collection Fluide Glamour accueille ce qui va devenir l'un des plus gros succès populaires de la maison : 250 000 lecteurs sur quatre tomes.

Le personnage principal s'appelle Arthur — comme l'auteur, subtilité remarquable — et il est à peu près aussi résistant aux charmes féminins qu'un radiateur l'est à l'eau. Chaque planche le met dans une situation du quotidien où une femme surgit, le fait déraper mentalement, et le laisse sur le carreau avec une expression vaguement hébétée. Les femmes en question sont dessinées dans un style qui mélange la Betty Boop de Max Fleischer et un kawai manga franchouillard : des pin-ups rondelettes, grandes prunelles, courbes générreuses, un érotisme de papier glacé qui chatouille sans jamais mordre. Ce look, soit dit en passant, n'est pas tombé du ciel : de Pins l'a forgé quelques années plus tôt en travaillant dans le jeu vidéo, où ses personnages devaient tenir dans un carré de 32 pixels. Grosse tête, petit corps, formes synthétisées à l'extrême : la contrainte absurde a accouché d'un style reconnaissable entre mille.

Le problème — et c'est là qu'on touche aux limites du tome 1 —, c'est que le style est justement à peu près tout ce qu'il y a. Les gags fonctionnent, certains font vraiment rire, mais on a aussi la sensation feuilletante de quelqu'un qui a épuisé sa bonne dizaine de situations archétypales et les relance dans des décors différents. L'entretien d'embauche, la salle de sport, la coiffeuse, le cours de dessin : le personnage traverse des cases, croise des fesses, s'emballe, rate. C'est amusant. C'est même parfois très bien senti. Mais quarante-six pages plus tard, on referme l'album avec l'impression d'avoir mangé une boîte de bonbons acidulés : satisfaisant sur le moment, un peu creux à la réflexion. Le fait que les strips aient été conçus pour un magazine masculin se ressent : ce sont des pièces autonomes, sans construction d'ensemble, sans personnage secondaire qui s'installe vraiment, sans arc narratif même embryonnaire.

Ce que de Pins réussit très bien, et ça mérite d'être dit clairement, c'est l'équilibre. Le sujet pourrait facilement virer au graveleux bas de plafond, et il ne le fait jamais. Il y a une vraie légèreté dans le traitement, une forme d'ingénuité graphique qui désamorce ce qui pourrait être lourd. On est plus proche du Tex Avery endiablé que du magazine de charme : les yeux qui s'écarquillent, les mâchoires qui tombent, les ondes de choc qui traversent le héros quand il aperçoit un décolleté. C'est cartoon dans l'âme, et ça reste au-dessus du lot dans un rayon BD adulte qui ne s'embarrasse pas toujours de ce genre de délicatesse.

Mais justement parce que le dessin est aussi maîtrisé, parce qu'on sent qu'il y a un vrai auteur derrière, la légèreté du fond finit par se remarquer davantage. On est face à un premier album honnête, plaisant, qui fait ce qu'il promet sans prétendre à autre chose ; et c'est précisément ce qui l'empêche de marquer. de Pins sera bien plus intéressant à suivre dans les tomes suivants, quand Clara débarquera pour donner une vraie dynamique à l'ensemble, et plus encore dans Zombillénium, où son talent graphique trouvera enfin un terrain à la hauteur. Pour l'heure, ce tome 1 ressemble à ce qu'il est : une belle carte de visite.
Ma note66%
Lu le 5 Juin 2010


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