Vol 714 pour Sydney

Georges Remi, alias Hergé, a commencé à publier les aventures de Tintin en 1929, et depuis, son héros n'a cessé de parcourir le globe, du Congo à la Lune, en passant par l'URSS et l'Amérique du Sud. À ce stade de la série, en 1968, l'auteur est une institution, Tintin un monument, et chaque nouvel album un événement attendu par des millions de lecteurs. Mais Vol 714 pour Sydney arrive à un moment charnière, quand Hergé, lassé de son héros et obsédé par l'art contemporain, semble perdre l'envie de raconter des histoires.
Dans cette aventure, Tintin, Haddock et Tournesol, en route pour un congrès à Sydney, acceptent l'invitation du milliardaire Carreidas à bord de son jet privé. Mauvaise idée : l'avion est détourné par une bande de malfrats dirigée par Rastapopoulos, qui veut lui extorquer le numéro de son compte secret. Prisonniers sur une île volcanique, nos héros s'évadent et découvrent un temple souterrain où un certain Mik Ezdanitoff, initié en communication avec des extraterrestres, leur vient en aide. Entre hypnose et radiesthésie, le récit s'emballe vers une résolution aussi brutale qu'artificielle : une soucoupe volante efface la mémoire des personnages, et tout le monde reprend son chemin, comme si de rien n'était.
Si l'on reconnaît la patte d'Hergé dans les dialogues ciselés et certains gags visuels efficaces (le sparadrap maudit, l'éternelle mauvaise humeur de Haddock), l'histoire peine à convaincre. Il y a d'abord ce sentiment d'aventure « en kit », où tout semble assemblé sans passion. Rastapopoulos, censé être un génie du mal, est désormais un pantin grotesque. Carreidas, censé être un milliardaire impitoyable, se ridiculise sous sérum de vérité. La tension dramatique est absente, remplacée par des scènes déconnectées du récit principal.
Le pire, c'est que Tintin, héros d'action et de déduction, ne fait presque rien. Il passe l'aventure à suivre une voix intérieure qui lui dit quoi faire, transformé en pion dans une intrigue dont il ne maîtrise rien. Une idée intéressante, peut-être, si elle était assumée comme une déconstruction du héros traditionnel. Mais ici, elle ressemble surtout à un aveu de désintérêt de la part d'Hergé, comme s'il n'avait plus envie de faire agir Tintin.
La touche de science-fiction aurait pu être fascinante, si elle était mieux intégrée. Mais l'irruption soudaine du paranormal dans une série qui a toujours tenu à un minimum de véracité documentaire est un choix bancal. Contrairement à Rencontres du troisième type ou 2001 : l'odyssée de l'espace, qui jouent sur la fascination pour l'inconnu, Vol 714 utilise les extraterrestres comme un gadget narratif pour clore une histoire sans idée de conclusion.
Graphiquement, si l'on retrouve la clarté du trait d'Hergé et son sens du cadrage, l'ensemble manque d'énergie. Les personnages grimacent plus qu'à l'habitude, les cases s'étirent en longues discussions statiques, et le final chaotique est expédié en quelques vignettes. Hergé lui-même admettra plus tard qu'il n'aurait pas dû dessiner la soucoupe volante, préférant laisser planer le mystère. Trop tard.
Comparé à l'excellence du Lotus bleu, la tension de l'Affaire Tournesol ou la maîtrise narrative des Bijoux de la Castafiore, cet album fait figure d'accident de parcours. Il reste, au mieux, une curiosité pour les amateurs de la série, un témoignage d'un Hergé en perte d'envie, lorgnant vers des théories new-age sans y croire vraiment.
Dans cette aventure, Tintin, Haddock et Tournesol, en route pour un congrès à Sydney, acceptent l'invitation du milliardaire Carreidas à bord de son jet privé. Mauvaise idée : l'avion est détourné par une bande de malfrats dirigée par Rastapopoulos, qui veut lui extorquer le numéro de son compte secret. Prisonniers sur une île volcanique, nos héros s'évadent et découvrent un temple souterrain où un certain Mik Ezdanitoff, initié en communication avec des extraterrestres, leur vient en aide. Entre hypnose et radiesthésie, le récit s'emballe vers une résolution aussi brutale qu'artificielle : une soucoupe volante efface la mémoire des personnages, et tout le monde reprend son chemin, comme si de rien n'était.
Si l'on reconnaît la patte d'Hergé dans les dialogues ciselés et certains gags visuels efficaces (le sparadrap maudit, l'éternelle mauvaise humeur de Haddock), l'histoire peine à convaincre. Il y a d'abord ce sentiment d'aventure « en kit », où tout semble assemblé sans passion. Rastapopoulos, censé être un génie du mal, est désormais un pantin grotesque. Carreidas, censé être un milliardaire impitoyable, se ridiculise sous sérum de vérité. La tension dramatique est absente, remplacée par des scènes déconnectées du récit principal.
Le pire, c'est que Tintin, héros d'action et de déduction, ne fait presque rien. Il passe l'aventure à suivre une voix intérieure qui lui dit quoi faire, transformé en pion dans une intrigue dont il ne maîtrise rien. Une idée intéressante, peut-être, si elle était assumée comme une déconstruction du héros traditionnel. Mais ici, elle ressemble surtout à un aveu de désintérêt de la part d'Hergé, comme s'il n'avait plus envie de faire agir Tintin.
La touche de science-fiction aurait pu être fascinante, si elle était mieux intégrée. Mais l'irruption soudaine du paranormal dans une série qui a toujours tenu à un minimum de véracité documentaire est un choix bancal. Contrairement à Rencontres du troisième type ou 2001 : l'odyssée de l'espace, qui jouent sur la fascination pour l'inconnu, Vol 714 utilise les extraterrestres comme un gadget narratif pour clore une histoire sans idée de conclusion.
Graphiquement, si l'on retrouve la clarté du trait d'Hergé et son sens du cadrage, l'ensemble manque d'énergie. Les personnages grimacent plus qu'à l'habitude, les cases s'étirent en longues discussions statiques, et le final chaotique est expédié en quelques vignettes. Hergé lui-même admettra plus tard qu'il n'aurait pas dû dessiner la soucoupe volante, préférant laisser planer le mystère. Trop tard.
Comparé à l'excellence du Lotus bleu, la tension de l'Affaire Tournesol ou la maîtrise narrative des Bijoux de la Castafiore, cet album fait figure d'accident de parcours. Il reste, au mieux, une curiosité pour les amateurs de la série, un témoignage d'un Hergé en perte d'envie, lorgnant vers des théories new-age sans y croire vraiment.
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