Tu mourras moins bête, tome 1 : La science, c'est pas du cinéma !

Depuis 2008, Marion Montaigne alimente discrètement un blog qui commence à faire parler de lui dans les cercles geeks et scientifiques : Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même !). L'auteur, réunionnaise de naissance, passée par l'école Estienne et les Gobelins — où elle a appris l'animation avant de trouver ça ennuyeux et de claquer la porte de TF1 Jeunesse pour aller vendre des BD en librairie — a donc pris le chemin le plus improbable pour devenir une vulgarisatrice scientifique. Elle n'a pas de doctorat. Elle a un feutre et un sens du timing.
Ce premier tome rassemble une sélection des meilleures notes du blog, organisées en trois chapitres : films d'action, science-fiction, séries télévisées. Le principe est simple comme un syllogisme raté : un lecteur envoie une question existentielle sur une carte postale — « Quand est-ce qu'on pourra acheter des sabres laser sur eBay ? », « Où dois-je tirer sur quelqu'un pour qu'il survive ? » — et le Professeur Moustache y répond. Le Professeur Moustache, c'est l'alter ego de Montaigne, affublée d'une moustache précisément pour préserver l'anonymat de son auteur, et accessoirement pour déstabiliser le lecteur qui s'attend à un vieux monsieur solennel. Elle débarque donc, mustachue, armée de vrais arguments scientifiques souvent piochés dans des revues médicales sérieuses, pour nous expliquer pourquoi Jurassic Park est une aimable fumisterie, pourquoi les blessures par balle dans Die hard ne fonctionnent pas comme ça, et pourquoi les cadavres dans Les experts sentent beaucoup moins bon que ce que la mise en scène veut bien nous laisser croire.
Le résultat est souvent désopilant. Le chapitre sur la science-fiction est probablement le plus réussi : la séquence sur le sabre laser est un petit bijou de démonstration absurde, et l'hibernation spatiale atteint des sommets de cynisme tranquille. Montaigne a un talent réel pour habiller des informations rigoureusement exactes d'un humour qui tient à la fois du sketch et du cours magistral sous acide. On pense à Reiser pour le dessin — minimaliste, « crade » comme on dit dans les forums, clairement assumé — et à Bretécher pour la férocité douce. Le trait n'est pas là pour être beau : il est là pour faire passer l'information et glisser le détail qui tue dans le coin d'une case.
Le dessin, on y fait abstraction assez vite, et ce n'est pas un reproche : c'est un parti pris cohérent avec l'esprit du blog, où l'image sert le texte plutôt qu'elle ne le sublime. Mais sur 255 pages, la mécanique répétitive du format (carte postale, question, démonstration, chute) finit par accuser quelques baisses de régime. Certaines séquences font vraiment mouche ; d'autres s'étirent légèrement au-delà de leur propre intérêt. Le chapitre séries est le moins percutant des trois, sans doute parce que les références (Les experts, Grey's anatomy) sont déjà moins universelles qu'Indiana Jones ou Chérie, j'ai rétréci les gosses.
Ce qui sauve l'ensemble — et pas qu'un peu —, c'est la tendresse manifeste de Montaigne pour ces œuvres qu'elle dissèque. On ne sent jamais le pamphlet condescendant contre Hollywood. On sent plutôt quelqu'un qui a regardé Volte-face et Abyss avec un amour sincère, et qui trouve ça encore plus drôle de vous expliquer pourquoi c'est physiquement impossible. Cette bienveillance de fond évite le piège du sceptique arrogant et rend le livre fréquentable par n'importe qui : le gamin de quinze ans comme le quadra qui se souvient avoir regardé MacGyver en croyant que ça marchait vraiment comme ça. (Note aux parents : quelques chapitres abordent la sexualité avec la même franchise scientifique que le reste… à doser selon l'âge du lecteur).
Ce premier tome rassemble une sélection des meilleures notes du blog, organisées en trois chapitres : films d'action, science-fiction, séries télévisées. Le principe est simple comme un syllogisme raté : un lecteur envoie une question existentielle sur une carte postale — « Quand est-ce qu'on pourra acheter des sabres laser sur eBay ? », « Où dois-je tirer sur quelqu'un pour qu'il survive ? » — et le Professeur Moustache y répond. Le Professeur Moustache, c'est l'alter ego de Montaigne, affublée d'une moustache précisément pour préserver l'anonymat de son auteur, et accessoirement pour déstabiliser le lecteur qui s'attend à un vieux monsieur solennel. Elle débarque donc, mustachue, armée de vrais arguments scientifiques souvent piochés dans des revues médicales sérieuses, pour nous expliquer pourquoi Jurassic Park est une aimable fumisterie, pourquoi les blessures par balle dans Die hard ne fonctionnent pas comme ça, et pourquoi les cadavres dans Les experts sentent beaucoup moins bon que ce que la mise en scène veut bien nous laisser croire.
Le résultat est souvent désopilant. Le chapitre sur la science-fiction est probablement le plus réussi : la séquence sur le sabre laser est un petit bijou de démonstration absurde, et l'hibernation spatiale atteint des sommets de cynisme tranquille. Montaigne a un talent réel pour habiller des informations rigoureusement exactes d'un humour qui tient à la fois du sketch et du cours magistral sous acide. On pense à Reiser pour le dessin — minimaliste, « crade » comme on dit dans les forums, clairement assumé — et à Bretécher pour la férocité douce. Le trait n'est pas là pour être beau : il est là pour faire passer l'information et glisser le détail qui tue dans le coin d'une case.
Le dessin, on y fait abstraction assez vite, et ce n'est pas un reproche : c'est un parti pris cohérent avec l'esprit du blog, où l'image sert le texte plutôt qu'elle ne le sublime. Mais sur 255 pages, la mécanique répétitive du format (carte postale, question, démonstration, chute) finit par accuser quelques baisses de régime. Certaines séquences font vraiment mouche ; d'autres s'étirent légèrement au-delà de leur propre intérêt. Le chapitre séries est le moins percutant des trois, sans doute parce que les références (Les experts, Grey's anatomy) sont déjà moins universelles qu'Indiana Jones ou Chérie, j'ai rétréci les gosses.
Ce qui sauve l'ensemble — et pas qu'un peu —, c'est la tendresse manifeste de Montaigne pour ces œuvres qu'elle dissèque. On ne sent jamais le pamphlet condescendant contre Hollywood. On sent plutôt quelqu'un qui a regardé Volte-face et Abyss avec un amour sincère, et qui trouve ça encore plus drôle de vous expliquer pourquoi c'est physiquement impossible. Cette bienveillance de fond évite le piège du sceptique arrogant et rend le livre fréquentable par n'importe qui : le gamin de quinze ans comme le quadra qui se souvient avoir regardé MacGyver en croyant que ça marchait vraiment comme ça. (Note aux parents : quelques chapitres abordent la sexualité avec la même franchise scientifique que le reste… à doser selon l'âge du lecteur).
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