The twilight zone : la quatrième dimension (saison 2)
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La Quatrième dimension, c'est une de ces franchises qui pèse son poids de nostalgie : celle de la série originale de Rod Serling, diffusée entre 1959 et 1964, qui a marqué plusieurs générations avec ses fables fantastiques à chute. Quand Jordan Peele, auréolé du succès de Get out, a repris le flambeau en 2019 pour CBS All Access, l'entreprise était risquée. La saison 1 avait déçu : trop lente, trop démonstrative, parfois franchement ennuyeuse. Alors quand la saison 2 débarque en 2020, portée par les showrunners Marco Ramirez et Simon Kinberg, on arrive avec des attentes modestes… et c'est peut-être ce qui permet d'en ressortir agréablement surpris.
Dix épisodes, dix histoires indépendantes, chacune se terminant par l'apparition de Peele en narrateur élégant, chapeau vissé sur la tête, dans le plus pur esprit serlingien. Le format anthologique n'a rien de nouveau, mais il offre cette liberté précieuse : quand un épisode rate, on passe à autre chose. Et cette saison 2 joue mieux de cette liberté que la précédente : le rythme général est plus alerte, les idées plus ramassées, et l'ensemble moins prétentieux.
Dès le premier épisode, Rendez-vous à mi-chemin, le ton est donné : c'est drôle, inventif, franchement original. L'idée — deux inconnus qui partagent par télépathie leurs pensées et finissent par se chercher — est exploitée avec un sens du détail et une légèreté bienvenue. Pour une fois, la série ne se prend pas trop au sérieux, et ça marche. Le deuxième épisode, L'interruption, continue sur cette lancée : plutôt malin, bien réalisé, même si on reste un peu sur sa faim : on sent que le concept aurait pu être creusé davantage, poussé vers quelque chose de plus radical. C'est dommage, mais pas rédhibitoire.
C'est le troisième épisode, Qui je suis ?, qui frappe le plus fort. Un braqueur de banque capable de transférer sa conscience dans le corps d'autrui : l'idée n'est pas inédite, certes, mais elle est traitée avec une inventivité et une malice qui font mouche. La mécanique narrative se retourne sur elle-même de façon inattendue, et c'est jouissif. Voilà ce qu'on attendait de cette série depuis le début : un vrai plaisir de scénariste, sans esbroufe. Ovation, l'épisode suivant, joue la carte plus classique : une femme qui reçoit des applaudissements permanents de parfaits inconnus, satire assez transparente de la célébrité et du regard d'autrui. C'est un peu facile, le twist se devine rapidement, mais l'exécution est propre. Ça fait le travail.
Parmi les incultes surprend davantage : un écrivain plongé dans une communauté hostile à la culture déroule son propos avec intelligence et retenue, et évite les facilités qu'on pouvait redouter. 8, lui, est plus foutraque : une créature extraterrestre qui imite les humains dans une station isolée. Ça fait évidemment penser à The thing de John Carpenter, et pas seulement un peu. L'hommage frise parfois le copié-collé, c'est un poil too much, mais il faut reconnaître que c'est plutôt divertissant. On a vu pire comme référence involontaire.
Un visage humain reprend le filon du fantastique intimiste : une famille confrontée à l'apparition d'une entité qui prend les traits de leur fille disparue. L'épisode touche à des thèmes douloureux sur le deuil et l'acceptation, amène à réflexion, mais souffre d'un manque d'incarnation à l'écran : la direction d'acteurs n'est pas toujours à la hauteur du sujet. Miniville, en revanche, est une franche réussite : une femme découvre une ville miniature qu'elle peut contrôler à sa guise. C'est fun, bien réalisé, avec une vraie énergie et un sens du plaisir communicatif. L'un des meilleurs épisodes de la saison, sans hésiter ; et probablement celui qui illustre le mieux ce que la série peut faire quand elle lâche la bride.
En boucle arrive en neuvième position, et l'exercice est transparent dès les premières minutes : une femme revit la même soirée sans pouvoir s'en extraire. Oui, c'est Un jour sans fin ; version cauchemar, version sans happy end. L'originalité est clairement absente, mais la mécanique est bien huilée et l'ensemble reste regardable. On ne peut pas toujours tout réinventer. Ce qui pose davantage problème, c'est le dixième et dernier épisode, Autre suggestion qui referme la saison comme un claquement de porte raté. C'est confus, mal joué, sans logique apparente, et surtout sans le moindre intérêt apparent. Un épisode de trop, franchement mal fichu, qui laisse un goût amer alors qu'on était bien partis pour finir sur une bonne impression. Dommage.
La réalisation d'ensemble est soignée ; chaque épisode ayant son propre réalisateur, la cohérence visuelle n'est pas toujours garantie, mais certains moments, notamment dans Miniville ou Qui je suis ?, affichent une vraie maîtrise formelle. La bande-son oscille entre tension et ironie, fidèle à l'esprit de la série originale, et la photographie varie selon les histoires avec une flexibilité qui sert globalement le propos. Les personnages restent pour la plupart fonctionnels : on n'est pas là pour des arcs psychologiques approfondis sur dix épisodes, mais pour des concepts, des idées, des mécaniques narratives. Parfois ça dépasse le simple prétexte, parfois non.
Du côté du casting VF, la troupe de doubleurs convoquée est nombreuse et compétente. Frantz Confiac, Thierry Desroses ou encore Alexandre Gillet assurent le service minimum et souvent davantage, tandis que d'autres épisodes pâtissent d'une direction de doublage moins précise ; ce qui accentue, parfois injustement, les faiblesses de jeu déjà présentes dans la version originale.
Cette saison 2 est, sans conteste, supérieure à la première. Elle retrouve plus souvent l'esprit de la Quatrième dimension originale : celui d'une série qui joue avec les genres, les twists et les idées avec un vrai sens de l'économie narrative. Ce n'est pas toujours brillant, pas toujours cohérent, mais c'est vivant et souvent plaisant. Que CBS All Access ait décidé d'arrêter la série après cette saison reste une décision discutable : la machine venait juste de s'huiler correctement. Pour qui aime le fantastique anthologique et accepte l'inégalité inhérente au format, Black mirror reste la référence contemporaine incontournable, et l'anthologie originale des années 60 n'a pas pris une ride. Mais cette saison 2, dans sa bonne humeur relative et ses vrais moments d'inventivité, mérite le détour (dernier épisode mis à part).
Dix épisodes, dix histoires indépendantes, chacune se terminant par l'apparition de Peele en narrateur élégant, chapeau vissé sur la tête, dans le plus pur esprit serlingien. Le format anthologique n'a rien de nouveau, mais il offre cette liberté précieuse : quand un épisode rate, on passe à autre chose. Et cette saison 2 joue mieux de cette liberté que la précédente : le rythme général est plus alerte, les idées plus ramassées, et l'ensemble moins prétentieux.
Dès le premier épisode, Rendez-vous à mi-chemin, le ton est donné : c'est drôle, inventif, franchement original. L'idée — deux inconnus qui partagent par télépathie leurs pensées et finissent par se chercher — est exploitée avec un sens du détail et une légèreté bienvenue. Pour une fois, la série ne se prend pas trop au sérieux, et ça marche. Le deuxième épisode, L'interruption, continue sur cette lancée : plutôt malin, bien réalisé, même si on reste un peu sur sa faim : on sent que le concept aurait pu être creusé davantage, poussé vers quelque chose de plus radical. C'est dommage, mais pas rédhibitoire.
C'est le troisième épisode, Qui je suis ?, qui frappe le plus fort. Un braqueur de banque capable de transférer sa conscience dans le corps d'autrui : l'idée n'est pas inédite, certes, mais elle est traitée avec une inventivité et une malice qui font mouche. La mécanique narrative se retourne sur elle-même de façon inattendue, et c'est jouissif. Voilà ce qu'on attendait de cette série depuis le début : un vrai plaisir de scénariste, sans esbroufe. Ovation, l'épisode suivant, joue la carte plus classique : une femme qui reçoit des applaudissements permanents de parfaits inconnus, satire assez transparente de la célébrité et du regard d'autrui. C'est un peu facile, le twist se devine rapidement, mais l'exécution est propre. Ça fait le travail.
Parmi les incultes surprend davantage : un écrivain plongé dans une communauté hostile à la culture déroule son propos avec intelligence et retenue, et évite les facilités qu'on pouvait redouter. 8, lui, est plus foutraque : une créature extraterrestre qui imite les humains dans une station isolée. Ça fait évidemment penser à The thing de John Carpenter, et pas seulement un peu. L'hommage frise parfois le copié-collé, c'est un poil too much, mais il faut reconnaître que c'est plutôt divertissant. On a vu pire comme référence involontaire.
Un visage humain reprend le filon du fantastique intimiste : une famille confrontée à l'apparition d'une entité qui prend les traits de leur fille disparue. L'épisode touche à des thèmes douloureux sur le deuil et l'acceptation, amène à réflexion, mais souffre d'un manque d'incarnation à l'écran : la direction d'acteurs n'est pas toujours à la hauteur du sujet. Miniville, en revanche, est une franche réussite : une femme découvre une ville miniature qu'elle peut contrôler à sa guise. C'est fun, bien réalisé, avec une vraie énergie et un sens du plaisir communicatif. L'un des meilleurs épisodes de la saison, sans hésiter ; et probablement celui qui illustre le mieux ce que la série peut faire quand elle lâche la bride.
En boucle arrive en neuvième position, et l'exercice est transparent dès les premières minutes : une femme revit la même soirée sans pouvoir s'en extraire. Oui, c'est Un jour sans fin ; version cauchemar, version sans happy end. L'originalité est clairement absente, mais la mécanique est bien huilée et l'ensemble reste regardable. On ne peut pas toujours tout réinventer. Ce qui pose davantage problème, c'est le dixième et dernier épisode, Autre suggestion qui referme la saison comme un claquement de porte raté. C'est confus, mal joué, sans logique apparente, et surtout sans le moindre intérêt apparent. Un épisode de trop, franchement mal fichu, qui laisse un goût amer alors qu'on était bien partis pour finir sur une bonne impression. Dommage.
La réalisation d'ensemble est soignée ; chaque épisode ayant son propre réalisateur, la cohérence visuelle n'est pas toujours garantie, mais certains moments, notamment dans Miniville ou Qui je suis ?, affichent une vraie maîtrise formelle. La bande-son oscille entre tension et ironie, fidèle à l'esprit de la série originale, et la photographie varie selon les histoires avec une flexibilité qui sert globalement le propos. Les personnages restent pour la plupart fonctionnels : on n'est pas là pour des arcs psychologiques approfondis sur dix épisodes, mais pour des concepts, des idées, des mécaniques narratives. Parfois ça dépasse le simple prétexte, parfois non.
Du côté du casting VF, la troupe de doubleurs convoquée est nombreuse et compétente. Frantz Confiac, Thierry Desroses ou encore Alexandre Gillet assurent le service minimum et souvent davantage, tandis que d'autres épisodes pâtissent d'une direction de doublage moins précise ; ce qui accentue, parfois injustement, les faiblesses de jeu déjà présentes dans la version originale.
Cette saison 2 est, sans conteste, supérieure à la première. Elle retrouve plus souvent l'esprit de la Quatrième dimension originale : celui d'une série qui joue avec les genres, les twists et les idées avec un vrai sens de l'économie narrative. Ce n'est pas toujours brillant, pas toujours cohérent, mais c'est vivant et souvent plaisant. Que CBS All Access ait décidé d'arrêter la série après cette saison reste une décision discutable : la machine venait juste de s'huiler correctement. Pour qui aime le fantastique anthologique et accepte l'inégalité inhérente au format, Black mirror reste la référence contemporaine incontournable, et l'anthologie originale des années 60 n'a pas pris une ride. Mais cette saison 2, dans sa bonne humeur relative et ses vrais moments d'inventivité, mérite le détour (dernier épisode mis à part).
Ma note72%
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