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· Julien   Lepage

The whole Dam family and the Dam dog
Edwin S. Porter
1905

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Illustration de critique : The whole Dam family and the Dam dog
Ça démarre comme ces vieux jingles de sitcoms américaines des années 70/80, ceux où chaque membre de la famille tourne la tête vers la caméra avec un sourire trop large pour être honnête. Ici, la parade est muette, évidemment, mais l'esprit est là : défilé d'archétypes, petits numéros face caméra, chacun montrant son « talent » comme dans une brochure publicitaire tirée d'un monde où on vivrait entouré de gens qui font tous un peu trop d'efforts. On découvre Mr. I. B. Dam qui éternue comme s'il essayait de battre un record olympique, Herself qui papote sans qu'on entende le moindre son, Jimmy Dam qui se donne des airs de voyou de carte postale, et ainsi de suite. On sent presque le parfum d'un gag plus ambitieux qui n'arrivera jamais.

Ce genre de parade charmante peut avoir son charme : ça évoque vaguement ces ouvertures de La famille Pierrafeu ou encore les introductions insistantes des comédies de Sid Caesar. Sauf qu'ici, après avoir observé chaque membre de la famille sous toutes les coutures, on se retrouve bloqué dans une scène de repas qui dure bien plus longtemps qu'elle ne le mérite.

La table devient le décor principal, alors qu'elle n'a rien de passionnant. Tout le monde s'agite pour pas grand-chose, et le chien finit par voler la vedette en tirant la nappe comme dans un gag de bastringue. Ce n'est pas inintéressant : l'animation en silhouettes au début, avec le nom de la famille qui se recompose, promettait un peu de fantaisie. Et puis non : après l'effet « cutout » et le chien explosé façon puzzle, plus rien ne surprend. Le film retourne à la routine, à un dîner interminable où l'on regarde les Dams boire une soupe trop bruyamment, renverser de la vaisselle et répéter deux fois la même scène à l'identique, comme si on avait réinséré un plan par erreur.

On voit malgré tout ce qui aurait pu fonctionner. L'ensemble donne l'impression d'un embryon de film familial humoristique, une tentative de créer une petite troupe comique récurrente ; un peu comme si Edison cherchait son propre La famille Addams avant l'heure, sans cynisme et sans noirceur, mais avec la même mécanique de « chaque personnage a son gimmick ». On reste pourtant en bordure : l'idée se met en marche, puis s'interrompt brusquement, comme si l'équipe avait reçu une consigne de couper au bout d'une bobine, peu importe où on en était.

Regarder ça plus de cent ans après donne un drôle de sentiment. On y trouve une trace touchante du cinéma en train de se chercher, comme si une classe de primaire mettait en scène un pilote d'émission télé qu'elle ne produira jamais. On perçoit les intentions : un soupçon de satire domestique, un clin d'œil au chaos familial, un chien farceur pour conclure en beauté. Mais l'ensemble reste un peu sec, un peu vain, comme une esquisse pleine de bonne volonté restée sur un coin de table.

Je ne dirais pas que c'est mauvais ; ce n'est pas vraiment bon non plus. C'est un petit objet curieux, un témoin d'une époque où l'on bricolait des idées sans filet. Et malgré ses maladresses, son faux rythme et son humour qui tombe souvent à plat, il garde ce charme discret des œuvres inachevées qui auraient peut-être pu devenir autre chose… si seulement elles avaient accepté de commencer réellement.
Ma note40%
Vu le 7 Août 2012


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