Ultimex, tome 3 : Le roi de la soirée
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Trois tomes et toujours là. Ce n'est pas rien pour une série née dans les marges d'un blog de fac d'arts plastiques, publiée dans la discrétion bienveillante des éditions Vraoum, et dont le héros a une tête en forme de globe oculaire géant. Gad — de son vrai nom François Gadant — a trouvé avec Ultimex un personnage suffisamment tordu pour tenir la distance, et ce troisième tome confirme que la formule tient encore debout, même si elle commence à montrer quelques craquements dans les coutures.
Le principe est simple, redoutablement simple : Ultimex est un courtier fortuné, beau gosse dans l'idée (la tête en œil complique un peu l'appréciation esthétique), violent, misogyne, psychopathe, et pourtant toujours accompagné de Steve, son faire-valoir prodige, qui lui sert de caution morale par défaut : ce qui donne une idée du niveau général. Leurs aventures s'enchaînent en strips courts, rarement plus de trois ou quatre pages, qui se concluent systématiquement sur une chute. Corps enterrés en forêt, rivales éliminées, soirées mondaines qui dégénèrent. Le tout avec l'élégance d'un Patrick Bateman franchouillard qui aurait grandi à la campagne plutôt qu'à Manhattan.
C'est d'ailleurs cette comparaison avec American psycho qui revient le plus naturellement quand on parle d'Ultimex. La même mécanique d'un dandy au-dessus des lois, le même contraste entre le vernis des bonnes manières et la violence souterraine, le même humour noir qui fonctionne précisément parce qu'on ne prend jamais vraiment le personnage au sérieux. Sauf qu'ici, l'œil géant à la place du visage agit comme un filtre distanciateur permanent : impossible de s'identifier à Ultimex, et c'est sans doute voulu. Le personnage absorbe le pire sans jamais le renvoyer comme un miroir : c'est ce qui le rend supportable, presqu'attachant.
Ce qui est frappant avec ce troisième tome, c'est que Gad parvient à maintenir le niveau sans trop forcer sur la surenchère ; ce qui était le vrai danger. Au bout de deux volumes déjà bien chargés en cadavres et en mauvais goût, comment continuer sans tomber dans l'autoparodie ou la redite ? La réponse est dans les dialogues. C'est là que se niche le vrai talent de l'auteur : les échanges entre Ultimex et Steve sont chiadés, presqu'élégants dans leur cynisme, avec une précision dans le tempo comique qui rappelle les meilleures pages de Fluide Glacial version adulte décomplexé. Les situations sont dingues, mais les mots sont soignés. C'est ce décalage permanent qui fait tout fonctionner.
Le tome contient aussi, comme à son habitude, des fausses couvertures de comics Ultimex dessinées par des auteurs invités ; une galerie qui compte au fil des tomes des gens comme Guillaume Bouzard, Bastien Vivès, Maliki ou Ibn al Rabin. Ces pages bonus donnent à l'ensemble un côté fanzine haut de gamme qui renforce l'atmosphère de club très fermé ; et c'est aussi l'un des charmes un peu pervers de la série : on a l'impression de lire quelque chose qui n'est pas vraiment fait pour tout le monde, et c'est agréable. La preuve que la blogosphère BD peut accoucher d'une œuvre qui a sa propre identité, sans avoir besoin de l'onction d'un grand éditeur pour exister.
Maintenant, il faut être honnête : ce n'est pas exempt de défauts. Le dessin reste le point faible, le talon d'Achille que Gad traîne depuis le début. Le noir et blanc pur, sans hachures ni niveaux de gris, donne des planches un peu plates, parfois trop nues pour ce qu'elles sont censées raconter. On s'y fait, et on constate même une vraie progression dans la richesse des décors par rapport aux premiers volumes, mais le trait ne sera jamais ce qui vous pousse à acheter Ultimex. Et puis ce troisième tome introduit des gags en une seule page, une nouveauté dans la formule, qui ne fonctionne pas toujours aussi bien que les strips plus développés. Gad a besoin d'un peu d'espace pour installer son rythme et placer sa chute : la contrainte d'une page unique lui retire cette marge de manœuvre, et ça se sent dans la régularité de l'ensemble.
Au final, Le roi de la soirée est un tome solide, fidèle à lui-même, qui ravira les fans acquis et repoussera les autres avec la même efficacité que ses prédécesseurs.
Le principe est simple, redoutablement simple : Ultimex est un courtier fortuné, beau gosse dans l'idée (la tête en œil complique un peu l'appréciation esthétique), violent, misogyne, psychopathe, et pourtant toujours accompagné de Steve, son faire-valoir prodige, qui lui sert de caution morale par défaut : ce qui donne une idée du niveau général. Leurs aventures s'enchaînent en strips courts, rarement plus de trois ou quatre pages, qui se concluent systématiquement sur une chute. Corps enterrés en forêt, rivales éliminées, soirées mondaines qui dégénèrent. Le tout avec l'élégance d'un Patrick Bateman franchouillard qui aurait grandi à la campagne plutôt qu'à Manhattan.
C'est d'ailleurs cette comparaison avec American psycho qui revient le plus naturellement quand on parle d'Ultimex. La même mécanique d'un dandy au-dessus des lois, le même contraste entre le vernis des bonnes manières et la violence souterraine, le même humour noir qui fonctionne précisément parce qu'on ne prend jamais vraiment le personnage au sérieux. Sauf qu'ici, l'œil géant à la place du visage agit comme un filtre distanciateur permanent : impossible de s'identifier à Ultimex, et c'est sans doute voulu. Le personnage absorbe le pire sans jamais le renvoyer comme un miroir : c'est ce qui le rend supportable, presqu'attachant.
Ce qui est frappant avec ce troisième tome, c'est que Gad parvient à maintenir le niveau sans trop forcer sur la surenchère ; ce qui était le vrai danger. Au bout de deux volumes déjà bien chargés en cadavres et en mauvais goût, comment continuer sans tomber dans l'autoparodie ou la redite ? La réponse est dans les dialogues. C'est là que se niche le vrai talent de l'auteur : les échanges entre Ultimex et Steve sont chiadés, presqu'élégants dans leur cynisme, avec une précision dans le tempo comique qui rappelle les meilleures pages de Fluide Glacial version adulte décomplexé. Les situations sont dingues, mais les mots sont soignés. C'est ce décalage permanent qui fait tout fonctionner.
Le tome contient aussi, comme à son habitude, des fausses couvertures de comics Ultimex dessinées par des auteurs invités ; une galerie qui compte au fil des tomes des gens comme Guillaume Bouzard, Bastien Vivès, Maliki ou Ibn al Rabin. Ces pages bonus donnent à l'ensemble un côté fanzine haut de gamme qui renforce l'atmosphère de club très fermé ; et c'est aussi l'un des charmes un peu pervers de la série : on a l'impression de lire quelque chose qui n'est pas vraiment fait pour tout le monde, et c'est agréable. La preuve que la blogosphère BD peut accoucher d'une œuvre qui a sa propre identité, sans avoir besoin de l'onction d'un grand éditeur pour exister.
Maintenant, il faut être honnête : ce n'est pas exempt de défauts. Le dessin reste le point faible, le talon d'Achille que Gad traîne depuis le début. Le noir et blanc pur, sans hachures ni niveaux de gris, donne des planches un peu plates, parfois trop nues pour ce qu'elles sont censées raconter. On s'y fait, et on constate même une vraie progression dans la richesse des décors par rapport aux premiers volumes, mais le trait ne sera jamais ce qui vous pousse à acheter Ultimex. Et puis ce troisième tome introduit des gags en une seule page, une nouveauté dans la formule, qui ne fonctionne pas toujours aussi bien que les strips plus développés. Gad a besoin d'un peu d'espace pour installer son rythme et placer sa chute : la contrainte d'une page unique lui retire cette marge de manœuvre, et ça se sent dans la régularité de l'ensemble.
Au final, Le roi de la soirée est un tome solide, fidèle à lui-même, qui ravira les fans acquis et repoussera les autres avec la même efficacité que ses prédécesseurs.
Ma note78%
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