Ultimex, tome 2 : L'axe du mâle
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Le personnage est une aberration visuelle qui refuse obstinément d'en être une. Un globe oculaire géant posé sur un costume-cravate impeccable, voilà Ultimex… et François Gadant, alias Gad, a le culot de faire comme si ça n'avait rien d'extraordinaire. Son héros boit, séduit, assassine et enterre les corps sous des croix de chiens prénommés Sparky avec une désinvolture absolue, et le monde autour de lui acquiesce poliment. C'est peut-être là le vrai tour de force de la série : non pas l'ultra-violence ou l'outrance — ça, Reiser le faisait déjà dans les années 70 — mais cette normalisation totale du monstrueux, traitée avec le sérieux d'un homme d'affaires rédigeant un compte-rendu de réunion.
Gad a créé son bonhomme sur les bancs de Paris 8, l'a d'abord balancé sur un blog collectif fin 2007, puis sur son propre espace l'année suivante. La machine s'est emballée dans cette vague de blogueurs BD qui ont déferlé entre 2007 et 2009, aux côtés de Maliki, d'Aseyn, de Martin Vidberg, avant que les éditions Lapin ne récupèrent les premiers strips, et Vraoum ! les suivants. L'axe du mâle est donc le deuxième recueil que Vraoum ! consacre à la série, après Le mauvais œil en 2009 : un « ameliorated best of », selon la formulation même de Gad, des histoires publiées sur le blog. Pas de narration longue inédite ici : on est sur du strip compilé, sélectionné, redessiné pour tenir la route en album.
Côté personnages : Ultimex donc, l'œil, le costume, l'ego titanesque. Et Steve, son « faire-valoir prodige », garçon peu futé, complexé, homophobe refoulé qui se réveille le matin avec des surprises désagréables après les soirées arrosées, et qui a la charge logistique d'enterrer les accidents de parcours de son ami. Le duo fonctionne comme un tandem classique de comédie : le dominant brillant et l'idiot loyal ; sauf que les ressorts comiques incluent des éléments que je ne suis pas certain de pouvoir lister dans l'ordre. Ce n'est pas American psycho version graphique, même si la comparaison vient naturellement : il y a moins d'ambition littéraire, moins de profondeur psychologique, mais une énergie de strip qui lui est propre et qui colle mieux au format.
Ce deuxième tome confirme ce que le premier avait esquissé : Gad sait construire une chute. Il sait aussi, et c'est moins courant dans ce registre, ne pas tomber dans la surenchère. On retrouve des situations déjà vues (planquer un corps, gérer Aaron le collègue détesté, dominer une soirée mondaine), mais dans des contextes suffisamment variés pour que la répétition devienne une mécanique comique plutôt qu'un aveu de paresse. La vraie question avec ce genre de BD, c'est toujours : est-ce qu'on rit ou est-ce qu'on grimace ? La réponse honnête est : les deux, souvent en même temps, et c'est probablement voulu. Le second degré est là, il est nécessaire, et ceux qui ne l'apportent pas avec eux refermeront l'album avant la cinquième page.
En bonus, Gad a réuni des couvertures inédites dessinées par des invités de qualité : Bastien Vivès, Laurel, Maliki, Terreur Graphique entre autres. C'est graphiquement très varié, souvent drôle, et ça dit quelque chose sur la place qu'Ultimex occupe déjà dans le petit monde de la BD alternative française : une sorte d'icône underground que ses pairs prennent clairement plaisir à célébrer.
Quelques réserves, quand même. Le dessin en noir et blanc, avec ses influences affichées (graphisme publicitaire américain des années 50, Edward Hopper, comics d'époque) fonctionne bien dans sa logique désuète et décalée, mais manque par moments de volume et de profondeur. Ce n'est pas un reproche fatal : la fraîcheur fanzineuse fait partie du charme, et il serait absurde de demander à Ultimex d'être beau. Mais quelques planches auraient gagné à être un peu plus travaillées. L'autre limite tient au format recueil lui-même : enchaîner des strips de blog, même soigneusement sélectionnés, produit forcément quelques creux, quelques gags qui fonctionnent moins bien que les autres, quelques transitions inexistantes entre des histoires sans lien.
Il reste que L'axe du mâle est un album solide, cohérent dans son ambition limitée — c'est-à-dire dans la meilleure acception du terme — et que Gad confirme avec ce deuxième tome qu'il tient quelque chose de rare : une voix. Pas une grande œuvre, pas un album qui redéfinit quoi que ce soit, mais un objet drôle, décalé, avec une vraie personnalité, et des couvertures bonus qui valent à elles seules le détour.
Gad a créé son bonhomme sur les bancs de Paris 8, l'a d'abord balancé sur un blog collectif fin 2007, puis sur son propre espace l'année suivante. La machine s'est emballée dans cette vague de blogueurs BD qui ont déferlé entre 2007 et 2009, aux côtés de Maliki, d'Aseyn, de Martin Vidberg, avant que les éditions Lapin ne récupèrent les premiers strips, et Vraoum ! les suivants. L'axe du mâle est donc le deuxième recueil que Vraoum ! consacre à la série, après Le mauvais œil en 2009 : un « ameliorated best of », selon la formulation même de Gad, des histoires publiées sur le blog. Pas de narration longue inédite ici : on est sur du strip compilé, sélectionné, redessiné pour tenir la route en album.
Côté personnages : Ultimex donc, l'œil, le costume, l'ego titanesque. Et Steve, son « faire-valoir prodige », garçon peu futé, complexé, homophobe refoulé qui se réveille le matin avec des surprises désagréables après les soirées arrosées, et qui a la charge logistique d'enterrer les accidents de parcours de son ami. Le duo fonctionne comme un tandem classique de comédie : le dominant brillant et l'idiot loyal ; sauf que les ressorts comiques incluent des éléments que je ne suis pas certain de pouvoir lister dans l'ordre. Ce n'est pas American psycho version graphique, même si la comparaison vient naturellement : il y a moins d'ambition littéraire, moins de profondeur psychologique, mais une énergie de strip qui lui est propre et qui colle mieux au format.
Ce deuxième tome confirme ce que le premier avait esquissé : Gad sait construire une chute. Il sait aussi, et c'est moins courant dans ce registre, ne pas tomber dans la surenchère. On retrouve des situations déjà vues (planquer un corps, gérer Aaron le collègue détesté, dominer une soirée mondaine), mais dans des contextes suffisamment variés pour que la répétition devienne une mécanique comique plutôt qu'un aveu de paresse. La vraie question avec ce genre de BD, c'est toujours : est-ce qu'on rit ou est-ce qu'on grimace ? La réponse honnête est : les deux, souvent en même temps, et c'est probablement voulu. Le second degré est là, il est nécessaire, et ceux qui ne l'apportent pas avec eux refermeront l'album avant la cinquième page.
En bonus, Gad a réuni des couvertures inédites dessinées par des invités de qualité : Bastien Vivès, Laurel, Maliki, Terreur Graphique entre autres. C'est graphiquement très varié, souvent drôle, et ça dit quelque chose sur la place qu'Ultimex occupe déjà dans le petit monde de la BD alternative française : une sorte d'icône underground que ses pairs prennent clairement plaisir à célébrer.
Quelques réserves, quand même. Le dessin en noir et blanc, avec ses influences affichées (graphisme publicitaire américain des années 50, Edward Hopper, comics d'époque) fonctionne bien dans sa logique désuète et décalée, mais manque par moments de volume et de profondeur. Ce n'est pas un reproche fatal : la fraîcheur fanzineuse fait partie du charme, et il serait absurde de demander à Ultimex d'être beau. Mais quelques planches auraient gagné à être un peu plus travaillées. L'autre limite tient au format recueil lui-même : enchaîner des strips de blog, même soigneusement sélectionnés, produit forcément quelques creux, quelques gags qui fonctionnent moins bien que les autres, quelques transitions inexistantes entre des histoires sans lien.
Il reste que L'axe du mâle est un album solide, cohérent dans son ambition limitée — c'est-à-dire dans la meilleure acception du terme — et que Gad confirme avec ce deuxième tome qu'il tient quelque chose de rare : une voix. Pas une grande œuvre, pas un album qui redéfinit quoi que ce soit, mais un objet drôle, décalé, avec une vraie personnalité, et des couvertures bonus qui valent à elles seules le détour.
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