Unlocked
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Quand Kim Tae-joon signe son premier long métrage avec Unlocked, on pourrait s'attendre à ce qu'un débutant tremble un peu devant l'ampleur de la tâche. Mais le réalisateur sud-coréen, fort de son expérience d'assistant réalisateur sur Office où il avait déjà dirigé Chun Woo-hee, semble avoir les idées claires : adapter le roman japonais d'Akira Shiga en thriller technologique contemporain, avec Yim Si-wan dans le rôle du méchant et Kim Hee-won en flic désabusé.
L'histoire démarre sur un banal oubli de téléphone dans un bus. Na-mi, jeune employée de marketing dans une start-up de boissons énergisantes, voit sa vie basculer quand son smartphone tombe entre les mains d'Oh Jun-yeong, hacker psychopathe qui transforme chaque téléphone trouvé en instrument de torture psychologique. Armé d'un logiciel espion et d'une patience d'entomologiste, il décortique méthodiquement l'existence de sa victime, infiltrant ses réseaux sociaux, manipulant ses contacts, détruisant sa réputation professionnelle. Parallèlement, le détective Ji-man enquête sur une série de meurtres qui pourraient bien être liés à son propre fils disparu depuis dix ans.
Le scénario de Kim Tae-joon évite heureusement l'écueil moralisateur qui plombe souvent ce genre d'exercice. Contrairement à Black mirror et ses leçons de morale bien senties sur les dangers du numérique, Unlocked se contente d'un constat pragmatique : nos téléphones contiennent nos vies, et c'est effectivement problématique quand ils tombent entre de mauvaises mains. Le film ne nous fait pas la leçon, il nous raconte juste l'histoire d'un type qui utilise cette vulnérabilité pour tuer des gens. Point barre. Sauf que ce postulat de départ, pour évident qu'il soit, manque cruellement de relief. D'abord parce qu'on sait dès les premières minutes qui est le responsable du piratage, ce qui évacue d'emblée tout mystère. Ensuite parce que la victime choisie s'avère d'un banal confondant.
Na-mi incarne l'archétype de la jeune femme ordinaire, sans aspérité particulière, sans secret inavouable, sans traumatisme enfoui. Une existence lisse comme un écran de smartphone neuf. Cette normalité assumée pose un problème narratif de taille : que peut bien infliger un psychopathe à quelqu'un qui n'a rien à cacher ? Le film tourne en rond autour de cette question sans jamais vraiment la résoudre, se contentant de montrer Jun-yeong détruire méthodiquement le quotidien de sa proie (perte d'emploi, rupture amicale, isolement social) avant de passer logiquement à l'étape suivante : l'élimination physique. Mais on ne ressent jamais véritablement le danger qui plane sur Na-mi, tant le tueur semble maîtriser chaque paramètre de son jeu morbide avec une aisance qui confine au surnaturel.
Le personnage d'Oh Jun-yeong souffre de cette même mollesse dramaturgique. Certes, on apprend qu'il collectionne les téléphones de ses victimes comme autant de trophées macabres, qu'il configure leurs fonds d'écran avec des photos de leurs derniers instants ; détail glaçant s'il en est. Mais sa psychologie demeure obstinément opaque. On ne comprend ni ses motivations profondes ni la satisfaction qu'il tire de ses actes. Pire, quand le film tente de lui donner une dimension humaine en le montrant dans ses interactions sociales, il se révèle d'une fadeur confondante, incapable d'inspirer la moindre crainte. Un psychopathe qui commande son diabolo prune au café du coin, c'est peut-être réaliste, mais c'est surtout profondément inoffensif à l'écran. Quant à la sous-intrigue policière avec Ji-man, elle végète dans les limbes narratifs, trop elliptique pour être vraiment saisissante, trop présente pour être ignorée.
Les thèmes explorés par Unlocked résonnent pourtant avec notre époque hyperconnectée. Le film interroge notre dépendance aux smartphones, ces extensions numériques de nous-mêmes qui contiennent nos secrets, nos liens, notre identité sociale. L'idée d'un prédateur capable d'accéder à cette intimité digitale pour la retourner contre nous touche juste, d'autant que les techniques de hacking présentées ne relèvent pas de la science-fiction, mais s'inspirent d'outils bien réels comme le logiciel israélien Pegasus. Malheureusement, cette pertinence thématique se dilue dans une approche trop superficielle, qui effleure les enjeux sans vraiment les creuser.
Visuellement, Kim Tae-joon démontre un certain savoir-faire. Le film bénéficie d'une photographie soignée, sans personnalité marquée certes, mais techniquement irréprochable. Quelques trouvailles de mise en scène ponctuent le récit - cette obsession pour l'eau qui suit le tueur partout où il passe, par exemple, mais ces effets restent cosmétiques, plus gadgets qu'véritablement signifiants. On sent un réalisateur qui maîtrise son métier sans pour autant avoir trouvé sa voix. Le montage d'ouverture, qui décline nos gestes quotidiens avec nos téléphones, pose intelligemment les enjeux, mais la suite peine à tenir cette promesse visuelle.
Chun Woo-hee, qui avait déjà collaboré avec le réalisateur, livre une prestation solide dans un rôle qui ne lui laisse guère l'occasion de briller. Sa Na-mi oscille entre vulnérabilité touchante et détermination finale, mais le personnage reste trop lisse pour vraiment marquer. Yim Si-wan, ancien membre du groupe ZE:A reconverti avec succès au cinéma, confirme après Défense d'atterrir (et avant les saisons 2 et 3 de Squid game) son aisance dans les rôles d'antagoniste. Il excelle dans la première partie du film, quand son personnage doit jouer la comédie de l'homme serviable, mais peine à convaincre quand il faut incarner la pure malveillance. Kim Hee-won, habitué des seconds rôles, navigue tant bien que mal dans un rôle de flic désabusé qui manque cruellement de consistance.
Unlocked illustre parfaitement les limites d'un cinéma de genre bien intentionné, mais frileux. Tourné entre mars et juin 2021 dans les provinces du Jeolla du Sud et du Gyeonggi, le film porte les stigmates d'une production Netflix formatée, lisse et prévisible. On y retrouve cette tendance du thriller coréen contemporain à privilégier l'efficacité immédiate sur la profondeur, à miser sur des concepts accrocheurs plutôt que sur l'exploration psychologique. Pour un premier film, l'exercice reste honorable, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'avec plus d'audace et de resserrement narratif, cette histoire de smartphone maudit aurait pu devenir vraiment marquante. En l'état, elle rejoint la cohorte des thrillers technologiques corrects, mais oubliables, quelque part entre Searching et Chatroom, sans jamais égaler l'un ou l'autre.
L'histoire démarre sur un banal oubli de téléphone dans un bus. Na-mi, jeune employée de marketing dans une start-up de boissons énergisantes, voit sa vie basculer quand son smartphone tombe entre les mains d'Oh Jun-yeong, hacker psychopathe qui transforme chaque téléphone trouvé en instrument de torture psychologique. Armé d'un logiciel espion et d'une patience d'entomologiste, il décortique méthodiquement l'existence de sa victime, infiltrant ses réseaux sociaux, manipulant ses contacts, détruisant sa réputation professionnelle. Parallèlement, le détective Ji-man enquête sur une série de meurtres qui pourraient bien être liés à son propre fils disparu depuis dix ans.
Le scénario de Kim Tae-joon évite heureusement l'écueil moralisateur qui plombe souvent ce genre d'exercice. Contrairement à Black mirror et ses leçons de morale bien senties sur les dangers du numérique, Unlocked se contente d'un constat pragmatique : nos téléphones contiennent nos vies, et c'est effectivement problématique quand ils tombent entre de mauvaises mains. Le film ne nous fait pas la leçon, il nous raconte juste l'histoire d'un type qui utilise cette vulnérabilité pour tuer des gens. Point barre. Sauf que ce postulat de départ, pour évident qu'il soit, manque cruellement de relief. D'abord parce qu'on sait dès les premières minutes qui est le responsable du piratage, ce qui évacue d'emblée tout mystère. Ensuite parce que la victime choisie s'avère d'un banal confondant.
Na-mi incarne l'archétype de la jeune femme ordinaire, sans aspérité particulière, sans secret inavouable, sans traumatisme enfoui. Une existence lisse comme un écran de smartphone neuf. Cette normalité assumée pose un problème narratif de taille : que peut bien infliger un psychopathe à quelqu'un qui n'a rien à cacher ? Le film tourne en rond autour de cette question sans jamais vraiment la résoudre, se contentant de montrer Jun-yeong détruire méthodiquement le quotidien de sa proie (perte d'emploi, rupture amicale, isolement social) avant de passer logiquement à l'étape suivante : l'élimination physique. Mais on ne ressent jamais véritablement le danger qui plane sur Na-mi, tant le tueur semble maîtriser chaque paramètre de son jeu morbide avec une aisance qui confine au surnaturel.
Le personnage d'Oh Jun-yeong souffre de cette même mollesse dramaturgique. Certes, on apprend qu'il collectionne les téléphones de ses victimes comme autant de trophées macabres, qu'il configure leurs fonds d'écran avec des photos de leurs derniers instants ; détail glaçant s'il en est. Mais sa psychologie demeure obstinément opaque. On ne comprend ni ses motivations profondes ni la satisfaction qu'il tire de ses actes. Pire, quand le film tente de lui donner une dimension humaine en le montrant dans ses interactions sociales, il se révèle d'une fadeur confondante, incapable d'inspirer la moindre crainte. Un psychopathe qui commande son diabolo prune au café du coin, c'est peut-être réaliste, mais c'est surtout profondément inoffensif à l'écran. Quant à la sous-intrigue policière avec Ji-man, elle végète dans les limbes narratifs, trop elliptique pour être vraiment saisissante, trop présente pour être ignorée.
Les thèmes explorés par Unlocked résonnent pourtant avec notre époque hyperconnectée. Le film interroge notre dépendance aux smartphones, ces extensions numériques de nous-mêmes qui contiennent nos secrets, nos liens, notre identité sociale. L'idée d'un prédateur capable d'accéder à cette intimité digitale pour la retourner contre nous touche juste, d'autant que les techniques de hacking présentées ne relèvent pas de la science-fiction, mais s'inspirent d'outils bien réels comme le logiciel israélien Pegasus. Malheureusement, cette pertinence thématique se dilue dans une approche trop superficielle, qui effleure les enjeux sans vraiment les creuser.
Visuellement, Kim Tae-joon démontre un certain savoir-faire. Le film bénéficie d'une photographie soignée, sans personnalité marquée certes, mais techniquement irréprochable. Quelques trouvailles de mise en scène ponctuent le récit - cette obsession pour l'eau qui suit le tueur partout où il passe, par exemple, mais ces effets restent cosmétiques, plus gadgets qu'véritablement signifiants. On sent un réalisateur qui maîtrise son métier sans pour autant avoir trouvé sa voix. Le montage d'ouverture, qui décline nos gestes quotidiens avec nos téléphones, pose intelligemment les enjeux, mais la suite peine à tenir cette promesse visuelle.
Chun Woo-hee, qui avait déjà collaboré avec le réalisateur, livre une prestation solide dans un rôle qui ne lui laisse guère l'occasion de briller. Sa Na-mi oscille entre vulnérabilité touchante et détermination finale, mais le personnage reste trop lisse pour vraiment marquer. Yim Si-wan, ancien membre du groupe ZE:A reconverti avec succès au cinéma, confirme après Défense d'atterrir (et avant les saisons 2 et 3 de Squid game) son aisance dans les rôles d'antagoniste. Il excelle dans la première partie du film, quand son personnage doit jouer la comédie de l'homme serviable, mais peine à convaincre quand il faut incarner la pure malveillance. Kim Hee-won, habitué des seconds rôles, navigue tant bien que mal dans un rôle de flic désabusé qui manque cruellement de consistance.
Unlocked illustre parfaitement les limites d'un cinéma de genre bien intentionné, mais frileux. Tourné entre mars et juin 2021 dans les provinces du Jeolla du Sud et du Gyeonggi, le film porte les stigmates d'une production Netflix formatée, lisse et prévisible. On y retrouve cette tendance du thriller coréen contemporain à privilégier l'efficacité immédiate sur la profondeur, à miser sur des concepts accrocheurs plutôt que sur l'exploration psychologique. Pour un premier film, l'exercice reste honorable, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'avec plus d'audace et de resserrement narratif, cette histoire de smartphone maudit aurait pu devenir vraiment marquante. En l'état, elle rejoint la cohorte des thrillers technologiques corrects, mais oubliables, quelque part entre Searching et Chatroom, sans jamais égaler l'un ou l'autre.
Ma note46%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !