Les meilleurs récits de Weird tales (1933-1937)
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Parfois, une couverture de poche suffit à tout déclencher. Ce petit volume jauni aux coins écornés, signé Jacques Sadoul, c'est le genre d'objet qui traîne dans les bibliothèques familiales entre un Seigneur des anneaux dépareillé et une encyclopédie Larousse des années 80. Et pourtant, derrière son apparente modestie se cache une capsule temporelle d'une densité assez remarquable.
Sadoul, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est l'homme qui a littéralement construit la science-fiction et le fantastique de poche en France. Directeur éditorial de J'ai Lu pendant plus de trente ans, fondateur du Prix Apollo en 1972, il a passé sa vie à déterrer des pépites américaines pour les glisser dans les mains d'un lectorat hexagonal qui n'y aurait jamais eu accès autrement. Ce tome 2 de sa série Les meilleurs récits de Weird tales est publié en 1975, la même année que le premier volume ; une sorte de grande braderie du pulp américain menée tambour battant, avec la passion d'un collectionneur qui ne supporte pas de garder ses trésors pour lui.
Ce volume couvre la période 1933-1937, que Sadoul présente dans sa préface comme l'âge d'or absolu du magazine Weird tales. Dix nouvelles y sont réunies, traduites par France-Marie Watkins, chacune précédée d'un commentaire de l'anthologiste ; et c'est d'ailleurs là une des vraies valeurs ajoutées du bouquin. On y croise Clark Ashton Smith, Robert E. Howard, Robert Bloch jeune, Hazel Heald, Seabury Quinn, et bien sûr une apparition de H. P. Lovecraft lui-même, sous la forme d'un poème, Psychopompos, qui n'est franchement pas ce qu'il a écrit de mieux. Le casting est alléchant sur le papier. Dans les faits, c'est un peu plus contrasté.
Le clou du spectacle reste incontestablement La mort d'Ilalotha de Clark Ashton Smith. Une histoire de liche dans un décor de fantasy baroque, où sadisme, horreur et nécrophilie s'entremêlent avec une élégance malsaine qui force le respect. Smith avait ce don rare : écrire le sordide comme s'il composait une cantate. Juste derrière, La citadelle écarlate de Howard rappelle pourquoi Conan a traversé les décennies sans prendre une ride : du sang, du souffle, une brutalité épique qui anticipait le cinéma de John Milius bien avant que celui-ci n'existe. Et puis il y a Le rôdeur des étoiles, signé d'un Robert Bloch à peine majeur (18 ans à l'époque) qui met en scène un écrivain de Providence dévoré par des entités cosmiques, à l'adresse réelle de Lovecraft. Un clin d'œil d'une audace tranquille, devenu depuis un classique du pastiche lovecraftien.
Là où ça se complique, c'est avec le reste du sommaire. Sadoul reconnaît lui-même — et c'est suffisamment honnête pour être noté — que sa sélection n'est pas celle des meilleurs textes de la période, mais des meilleurs textes disponibles. Plusieurs récits majeurs de ces années-là étaient déjà engagés dans d'autres recueils ou bloqués par des droits inaccessibles. Ce qui explique qu'on se retrouve avec Les graines d'ailleurs d'Edmond Hamilton, une histoire de végétaux extraterrestres expédiée en quelques pages sans grande conviction, ou La déesse de saphir de Nictzin Dyalhis, du sword and sorcery naïf qui manque cruellement de la densité d'un Howard. Seabury Quinn et ses enquêtes de Jules de Grandin, chasseur de surnaturel à l'accent français improbable, ont leur charme rétro… mais ce charme-là se consomme en petites doses.
Une curiosité mérite qu'on s'y attarde : la nouvelle Hors du temps, créditée à Hazel Heald, est en réalité quasi intégralement de la main de Lovecraft. Cette dame existait, mais elle avait pour habitude de soumettre ses textes au maître de Providence pour qu'il les « révise » ; révision qui, dans ce cas précis, ressemblait davantage à une réécriture complète. Une pratique courante dans les milieux pulp, où les noms sur les couvertures étaient parfois plus des enseignes que des signatures.
Le problème de fond de ce tome 2, c'est qu'il peine à justifier le superlatif de son titre. Comparé au premier volume, il est plus court — dix nouvelles contre treize — et son niveau général est moins homogène. On attendait l'apothéose, on obtient une anthologie correcte, avec quelques grands moments et plusieurs passages à vide. Un peu comme ces compilations de greatest hits qui incluent deux ou trois tubes inoubliables et autant de faces B qu'on avait oubliées pour de bonnes raisons.
Cela dit, relativisons. Pour qui découvre cet univers, l'ensemble reste une introduction solide et honnête à ce que fut Weird tales dans sa période la plus fertile. Les commentaires de Sadoul sont toujours instructifs, jamais pédants, et donnent à l'ensemble une cohérence éditoriale qui manque à beaucoup d'anthologies opportunistes. Les amateurs de Lovecraft y trouveront leur compte, ceux qui aiment la fantasy musclée aussi. Si l'envie de creuser se fait sentir après lecture, les intégrale Conan ou les recueils dédiés à Smith chez Mnémos offriront une plongée autrement plus complète dans ces imaginaires.
Un objet imparfait mais précieux, comme souvent les anthologies ; miroir partiel d'une époque que personne n'aurait songé à préserver sans la folie douce d'un éditeur passionné.
Sadoul, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est l'homme qui a littéralement construit la science-fiction et le fantastique de poche en France. Directeur éditorial de J'ai Lu pendant plus de trente ans, fondateur du Prix Apollo en 1972, il a passé sa vie à déterrer des pépites américaines pour les glisser dans les mains d'un lectorat hexagonal qui n'y aurait jamais eu accès autrement. Ce tome 2 de sa série Les meilleurs récits de Weird tales est publié en 1975, la même année que le premier volume ; une sorte de grande braderie du pulp américain menée tambour battant, avec la passion d'un collectionneur qui ne supporte pas de garder ses trésors pour lui.
Ce volume couvre la période 1933-1937, que Sadoul présente dans sa préface comme l'âge d'or absolu du magazine Weird tales. Dix nouvelles y sont réunies, traduites par France-Marie Watkins, chacune précédée d'un commentaire de l'anthologiste ; et c'est d'ailleurs là une des vraies valeurs ajoutées du bouquin. On y croise Clark Ashton Smith, Robert E. Howard, Robert Bloch jeune, Hazel Heald, Seabury Quinn, et bien sûr une apparition de H. P. Lovecraft lui-même, sous la forme d'un poème, Psychopompos, qui n'est franchement pas ce qu'il a écrit de mieux. Le casting est alléchant sur le papier. Dans les faits, c'est un peu plus contrasté.
Le clou du spectacle reste incontestablement La mort d'Ilalotha de Clark Ashton Smith. Une histoire de liche dans un décor de fantasy baroque, où sadisme, horreur et nécrophilie s'entremêlent avec une élégance malsaine qui force le respect. Smith avait ce don rare : écrire le sordide comme s'il composait une cantate. Juste derrière, La citadelle écarlate de Howard rappelle pourquoi Conan a traversé les décennies sans prendre une ride : du sang, du souffle, une brutalité épique qui anticipait le cinéma de John Milius bien avant que celui-ci n'existe. Et puis il y a Le rôdeur des étoiles, signé d'un Robert Bloch à peine majeur (18 ans à l'époque) qui met en scène un écrivain de Providence dévoré par des entités cosmiques, à l'adresse réelle de Lovecraft. Un clin d'œil d'une audace tranquille, devenu depuis un classique du pastiche lovecraftien.
Là où ça se complique, c'est avec le reste du sommaire. Sadoul reconnaît lui-même — et c'est suffisamment honnête pour être noté — que sa sélection n'est pas celle des meilleurs textes de la période, mais des meilleurs textes disponibles. Plusieurs récits majeurs de ces années-là étaient déjà engagés dans d'autres recueils ou bloqués par des droits inaccessibles. Ce qui explique qu'on se retrouve avec Les graines d'ailleurs d'Edmond Hamilton, une histoire de végétaux extraterrestres expédiée en quelques pages sans grande conviction, ou La déesse de saphir de Nictzin Dyalhis, du sword and sorcery naïf qui manque cruellement de la densité d'un Howard. Seabury Quinn et ses enquêtes de Jules de Grandin, chasseur de surnaturel à l'accent français improbable, ont leur charme rétro… mais ce charme-là se consomme en petites doses.
Une curiosité mérite qu'on s'y attarde : la nouvelle Hors du temps, créditée à Hazel Heald, est en réalité quasi intégralement de la main de Lovecraft. Cette dame existait, mais elle avait pour habitude de soumettre ses textes au maître de Providence pour qu'il les « révise » ; révision qui, dans ce cas précis, ressemblait davantage à une réécriture complète. Une pratique courante dans les milieux pulp, où les noms sur les couvertures étaient parfois plus des enseignes que des signatures.
Le problème de fond de ce tome 2, c'est qu'il peine à justifier le superlatif de son titre. Comparé au premier volume, il est plus court — dix nouvelles contre treize — et son niveau général est moins homogène. On attendait l'apothéose, on obtient une anthologie correcte, avec quelques grands moments et plusieurs passages à vide. Un peu comme ces compilations de greatest hits qui incluent deux ou trois tubes inoubliables et autant de faces B qu'on avait oubliées pour de bonnes raisons.
Cela dit, relativisons. Pour qui découvre cet univers, l'ensemble reste une introduction solide et honnête à ce que fut Weird tales dans sa période la plus fertile. Les commentaires de Sadoul sont toujours instructifs, jamais pédants, et donnent à l'ensemble une cohérence éditoriale qui manque à beaucoup d'anthologies opportunistes. Les amateurs de Lovecraft y trouveront leur compte, ceux qui aiment la fantasy musclée aussi. Si l'envie de creuser se fait sentir après lecture, les intégrale Conan ou les recueils dédiés à Smith chez Mnémos offriront une plongée autrement plus complète dans ces imaginaires.
Un objet imparfait mais précieux, comme souvent les anthologies ; miroir partiel d'une époque que personne n'aurait songé à préserver sans la folie douce d'un éditeur passionné.
Ma note73%
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