Les meilleurs récits de Weird tales (1925-1932)
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Plonger dans les années 1970 via un livre de poche jauni, c'est parfois la meilleure façon de remonter encore plus loin : jusqu'aux années folles de la fiction américaine. C'est exactement ce que propose Jacques Sadoul avec ce premier volume de sa série consacrée aux pulps, publié en 1975 chez J'ai lu. L'homme n'est pas n'importe qui : directeur littéraire de la collection SF de J'ai lu pendant plus de trente ans, auteur de l'indispensable Histoire de la science-fiction moderne, il a littéralement construit la culture fantastique d'une génération entière de lecteurs français. Cette anthologie, c'est son terrain de jeu favori : dénicher, trier, contextualiser. Faire le passeur, comme d'autres font le guide de randonnée : avec enthousiasme, parfois un brin de partialité, et une connaissance du terrain qui force le respect.
Le principe est simple et efficace : treize nouvelles extraites du magazine américain Weird tales, la revue pulp fondée en 1923 qui révéla au monde des noms aujourd'hui gravés dans le marbre du genre : H. P. Lovecraft, Robert E. Howard, Clark Ashton Smith. Ce premier tome couvre la période 1925-1932, âge d'or relatif d'une publication qui portait fièrement le sous-titre The unique magazine ; et pour le coup, le slogan n'était pas usurpé. On y trouve de la fantasy épique avec Les miroirs de Tuzun Thune de Howard, du fantastique urbain anxiogène avec La chose dans la cave de David H. Keller, de la cosmogonie lovecraftienne via Frank Belknap Long et ses Chiens de Tindalos, et même une nouvelle proto-écologiste avec La femme du bois d'Abraham Merritt. La traduction est l'œuvre de France-Marie Watkins, dont le nom disparaît souvent dans l'ombre de Sadoul, mais qui porta seule l'intégralité de ces textes en français : un travail colossal et trop peu reconnu.
Chaque nouvelle est précédée d'une notice biographique et d'un commentaire de Sadoul, et c'est là que le recueil prend une dimension presque pédagogique. On ne lit pas seulement des histoires : on suit un cours magistral dispensé par quelqu'un qui connaît son sujet par cœur et sait rendre vivante une époque révolue. C'est précieux, vraiment. Surtout quand on réalise que certains de ces auteurs (G. G. Pendarves, H. F. Arnold, John Martin Leahy) sont aujourd'hui totalement oubliés, et que sans ce travail de conservation, leurs textes dormiraient pour toujours dans des numéros de collection poussiéreux.
Maintenant, soyons honnêtes. Le niveau est inégal, et Sadoul lui-même l'admet dans sa préface avec une franchise désarmante : certains textes qui auraient mérité leur place ici n'étaient tout simplement pas disponibles en droits. Résultat, on se retrouve parfois avec des nouvelles mineures là où on attendait des pépites. Dépêche de nuit ou Le présent du Rajah font honnêtement le job sans transcender quoi que ce soit. Et pour les lecteurs qui fréquentent assidûment les œuvres de Lovecraft ou de Howard, plusieurs textes ici rassemblés ont déjà été lus ailleurs, republiés dans une bonne dizaine d'autres anthologies. L'effet de découverte est donc relatif selon son niveau d'initiation.
Il y a tout de même de vraies satisfactions. Les chiens de Tindalos reste un classique absolu du weird qui mérite chaque relecture : une créature conceptuellement terrifiante, une géométrie de l'horreur qui évoque ce que John Carpenter tenta de matérialiser à l'écran avec The thing, film sorti sept ans plus tard et qui n'est sans doute pas étranger à cette tradition littéraire. D'ailleurs, la nouvelle de Leahy, Sous la tente d'Amundsen, préfigure elle aussi de façon troublante le film de Carpenter. Coïncidence ou filiation directe ? Probablement les deux. L'empire des nécromants de Smith, avec son atmosphère décadente et morbide digne d'un tableau symboliste, est également une petite merveille d'économie narrative.
La présence du poème de Lovecraft, La piste très ancienne, intrigue et déroute à la fois. Sadoul glisse ainsi un seul texte en vers au milieu de treize nouvelles en prose, comme pour rappeler que Lovecraft n'était pas que le maître de la cosmogonie horrifique, mais aussi un versificateur d'un autre temps. Cela enrichit le portrait, même si le poème en lui-même ne constitue pas le clou du spectacle.
Au fond, ce recueil est exactement ce qu'il prétend être : une fenêtre ouverte sur une époque et une culture populaire qui ont engendré une bonne partie de l'imaginaire contemporain. Pas le livre du siècle, pas une révélation à chaque page, mais un objet éditorial solide, bien construit, porté par une vraie passion communicative. On ressort de cette lecture avec l'envie d'explorer davantage, de creuser les auteurs entrevus, de comprendre d'où vient tout ce bruit souterrain qui irrigue encore la fiction d'aujourd'hui. C'est peut-être ça, finalement, la meilleure définition d'une bonne anthologie.
Le principe est simple et efficace : treize nouvelles extraites du magazine américain Weird tales, la revue pulp fondée en 1923 qui révéla au monde des noms aujourd'hui gravés dans le marbre du genre : H. P. Lovecraft, Robert E. Howard, Clark Ashton Smith. Ce premier tome couvre la période 1925-1932, âge d'or relatif d'une publication qui portait fièrement le sous-titre The unique magazine ; et pour le coup, le slogan n'était pas usurpé. On y trouve de la fantasy épique avec Les miroirs de Tuzun Thune de Howard, du fantastique urbain anxiogène avec La chose dans la cave de David H. Keller, de la cosmogonie lovecraftienne via Frank Belknap Long et ses Chiens de Tindalos, et même une nouvelle proto-écologiste avec La femme du bois d'Abraham Merritt. La traduction est l'œuvre de France-Marie Watkins, dont le nom disparaît souvent dans l'ombre de Sadoul, mais qui porta seule l'intégralité de ces textes en français : un travail colossal et trop peu reconnu.
Chaque nouvelle est précédée d'une notice biographique et d'un commentaire de Sadoul, et c'est là que le recueil prend une dimension presque pédagogique. On ne lit pas seulement des histoires : on suit un cours magistral dispensé par quelqu'un qui connaît son sujet par cœur et sait rendre vivante une époque révolue. C'est précieux, vraiment. Surtout quand on réalise que certains de ces auteurs (G. G. Pendarves, H. F. Arnold, John Martin Leahy) sont aujourd'hui totalement oubliés, et que sans ce travail de conservation, leurs textes dormiraient pour toujours dans des numéros de collection poussiéreux.
Maintenant, soyons honnêtes. Le niveau est inégal, et Sadoul lui-même l'admet dans sa préface avec une franchise désarmante : certains textes qui auraient mérité leur place ici n'étaient tout simplement pas disponibles en droits. Résultat, on se retrouve parfois avec des nouvelles mineures là où on attendait des pépites. Dépêche de nuit ou Le présent du Rajah font honnêtement le job sans transcender quoi que ce soit. Et pour les lecteurs qui fréquentent assidûment les œuvres de Lovecraft ou de Howard, plusieurs textes ici rassemblés ont déjà été lus ailleurs, republiés dans une bonne dizaine d'autres anthologies. L'effet de découverte est donc relatif selon son niveau d'initiation.
Il y a tout de même de vraies satisfactions. Les chiens de Tindalos reste un classique absolu du weird qui mérite chaque relecture : une créature conceptuellement terrifiante, une géométrie de l'horreur qui évoque ce que John Carpenter tenta de matérialiser à l'écran avec The thing, film sorti sept ans plus tard et qui n'est sans doute pas étranger à cette tradition littéraire. D'ailleurs, la nouvelle de Leahy, Sous la tente d'Amundsen, préfigure elle aussi de façon troublante le film de Carpenter. Coïncidence ou filiation directe ? Probablement les deux. L'empire des nécromants de Smith, avec son atmosphère décadente et morbide digne d'un tableau symboliste, est également une petite merveille d'économie narrative.
La présence du poème de Lovecraft, La piste très ancienne, intrigue et déroute à la fois. Sadoul glisse ainsi un seul texte en vers au milieu de treize nouvelles en prose, comme pour rappeler que Lovecraft n'était pas que le maître de la cosmogonie horrifique, mais aussi un versificateur d'un autre temps. Cela enrichit le portrait, même si le poème en lui-même ne constitue pas le clou du spectacle.
Au fond, ce recueil est exactement ce qu'il prétend être : une fenêtre ouverte sur une époque et une culture populaire qui ont engendré une bonne partie de l'imaginaire contemporain. Pas le livre du siècle, pas une révélation à chaque page, mais un objet éditorial solide, bien construit, porté par une vraie passion communicative. On ressort de cette lecture avec l'envie d'explorer davantage, de creuser les auteurs entrevus, de comprendre d'où vient tout ce bruit souterrain qui irrigue encore la fiction d'aujourd'hui. C'est peut-être ça, finalement, la meilleure définition d'une bonne anthologie.
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