N° 347 · Cryptides · Tome 4
Que faut-il savoir sur la bête de l’Auxerrois ?
Sujet : La bête de l’Auxerrois
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la Bête de l’Auxerrois — un mystère oublié du XVIIIe siècle, vieux de 33 ans de plus que la célèbre Bête du Gévaudan. Entre 1731 et 1734, dans les forêts de Trucy-sur-Yonne, en Bourgogne, une créature non identifiée terrorisa toute une région. 28 morts répertoriés, deux séries d’attaques à 83 ans d’écart, et une identité toujours inconnue. Le théâtre des attaques, c’est le bois de Trucy-sur-Yonne, au sud d’Auxerre, dans l’actuel département de l’Yonne. Au XVIIIe siècle, cette forêt dense est un espace de travail pour les paysans — coupe de bois, pâturage, glanage. Les victimes y travaillent, souvent seules ou en petits groupes. La Bête n’agit pas au hasard : elle cible un territoire précis, qu’elle maîtrise.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
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Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la Bête de l’Auxerrois — un mystère oublié du XVIIIe siècle, vieux de 33 ans de plus que la célèbre Bête du Gévaudan. Entre 1731 et 1734, dans les forêts de Trucy-sur-Yonne, en Bourgogne, une créature non identifiée terrorisa toute une région. 28 morts répertoriés, deux séries d’attaques à 83 ans d’écart, et une identité toujours inconnue.
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Le théâtre des attaques, c’est le bois de Trucy-sur-Yonne, au sud d’Auxerre, dans l’actuel département de l’Yonne. Au XVIIIe siècle, cette forêt dense est un espace de travail pour les paysans — coupe de bois, pâturage, glanage. Les victimes y travaillent, souvent seules ou en petits groupes. La Bête n’agit pas au hasard : elle cible un territoire précis, qu’elle maîtrise.
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Novembre 1731 : Jean Moreau, 12 ans, est attaqué en bordure du bois par un animal carnivore inconnu. Sa mère se bat pour l’arracher — et y parvient. Mais l’enfant meurt dans ses bras sur le chemin du retour. Ce premier acte de résistance est documenté. Cette femme, jamais nommée, est la première humaine à avoir affronté la Bête et survécu.
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Les curés locaux deviennent les premiers archivistes du drame. Le curé du Val-de-Mercy compte lui-même les morts : 14 en seulement cinq mois. En 1732, le curé de Fouronne consigne par écrit la mort d’une fillette « dévorée par une bête féroce ». Ces actes paroissiaux sont les sources primaires les plus fiables — des témoins directs, sans exagération folklorique.
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La terreur est telle que Louis XV lui-même intervient : il offre une prime royale de 200 livres à quiconque tuera la Bête. Des battues massives sont organisées dans les bois de Trucy, et des carcasses de moutons empoisonnés sont abandonnées dans les champs. Résultat : des loups ordinaires sont tués, mais les attaques continuent. L’animal ignore ou contourne tous les pièges.
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La Bête ne reste pas cantonnée à la forêt : elle entre dans Mailly-la-Ville pour arracher un enfant qui joue devant sa maison. Sa nourrice tente de le retenir — elle ne retrouve dans sa main qu’un pied ou un bras, selon les témoignages. Ce comportement intrusif en zone habitée est anormal pour un loup : cela désigne un animal qui a perdu toute peur de l’homme.
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En 1734, deux gros loups sont abattus lors d’une chasse dans les bois de Trucy. Peu après, les attaques cessent. Mais aucun indice sérieux ne prouve que ces animaux étaient les coupables. Le lien est temporel, pas causal. Cette ambiguïté fondamentale perdurera : la Bête n’a jamais été formellement identifiée, ni exposée, ni examinée scientifiquement.
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En 1817 — 83 ans après les premiers faits —, une nouvelle Bête sévit dans exactement le même périmètre forestier. Deux enfants dévorés, des blessés à Charentenay et Fouronnes. Même lieu, même méthode : des moutons empoisonnés finissent par la faire disparaître. Cette récurrence géographique précise suggère que la zone présente des conditions écologiques particulières, favorables à l’émergence de prédateurs dangereux.
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En 1992, la commune de Mailly-le-Château fait sculpter une fontaine en pierre d’Andryes : un loup pleurant, condamné à remplir le bassin de ses larmes pour l’éternité. L’inscription en latin au pied condamne la bête enragée à expier à jamais. Ce monument révèle que la mémoire collective n’a pas oublié. Il sera inauguré exactement au moment où le loup, espèce protégée depuis 1993, commence à recoloniser la France.
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La Bête de l’Auxerrois reste une affaire non résolue — et c’est là tout son intérêt. Loup atypique, chien retourné sauvage, hybride, animal exotique échappé ? Chaque hypothèse tient debout, aucune ne s’impose. Ce que l’on sait : 28 morts en trois ans, deux épisodes à 83 ans d’écart, des témoins qui refusaient tous de dire « c’était un loup ordinaire ». Le mystère vaut surtout pour ce qu’il révèle : la frontière entre l’humain et le sauvage n’a jamais été aussi mince qu’on le croit.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la Bête de l’Auxerrois — un mystère oublié du XVIIIe siècle, vieux de 33 ans de plus que la célèbre Bête du Gévaudan. Entre 1731 et 1734, dans les forêts de Trucy-sur-Yonne, en Bourgogne, une créature non identifiée terrorisa toute une région. 28 morts répertoriés, deux séries d’attaques à 83 ans d’écart, et une identité toujours inconnue.
- Case 02 Le théâtre des attaques, c’est le bois de Trucy-sur-Yonne, au sud d’Auxerre, dans l’actuel département de l’Yonne. Au XVIIIe siècle, cette forêt dense est un espace de travail pour les paysans — coupe de bois, pâturage, glanage. Les victimes y travaillent, souvent seules ou en petits groupes. La Bête n’agit pas au hasard : elle cible un territoire précis, qu’elle maîtrise.
- Case 03 Novembre 1731 : Jean Moreau, 12 ans, est attaqué en bordure du bois par un animal carnivore inconnu. Sa mère se bat pour l’arracher — et y parvient. Mais l’enfant meurt dans ses bras sur le chemin du retour. Ce premier acte de résistance est documenté. Cette femme, jamais nommée, est la première humaine à avoir affronté la Bête et survécu.
- Case 04 Les curés locaux deviennent les premiers archivistes du drame. Le curé du Val-de-Mercy compte lui-même les morts : 14 en seulement cinq mois. En 1732, le curé de Fouronne consigne par écrit la mort d’une fillette « dévorée par une bête féroce ». Ces actes paroissiaux sont les sources primaires les plus fiables — des témoins directs, sans exagération folklorique.
- Case 05 La terreur est telle que Louis XV lui-même intervient : il offre une prime royale de 200 livres à quiconque tuera la Bête. Des battues massives sont organisées dans les bois de Trucy, et des carcasses de moutons empoisonnés sont abandonnées dans les champs. Résultat : des loups ordinaires sont tués, mais les attaques continuent. L’animal ignore ou contourne tous les pièges.
- Case 06 La Bête ne reste pas cantonnée à la forêt : elle entre dans Mailly-la-Ville pour arracher un enfant qui joue devant sa maison. Sa nourrice tente de le retenir — elle ne retrouve dans sa main qu’un pied ou un bras, selon les témoignages. Ce comportement intrusif en zone habitée est anormal pour un loup : cela désigne un animal qui a perdu toute peur de l’homme.
- Case 07 En 1734, deux gros loups sont abattus lors d’une chasse dans les bois de Trucy. Peu après, les attaques cessent. Mais aucun indice sérieux ne prouve que ces animaux étaient les coupables. Le lien est temporel, pas causal. Cette ambiguïté fondamentale perdurera : la Bête n’a jamais été formellement identifiée, ni exposée, ni examinée scientifiquement.
- Case 08 En 1817 — 83 ans après les premiers faits —, une nouvelle Bête sévit dans exactement le même périmètre forestier. Deux enfants dévorés, des blessés à Charentenay et Fouronnes. Même lieu, même méthode : des moutons empoisonnés finissent par la faire disparaître. Cette récurrence géographique précise suggère que la zone présente des conditions écologiques particulières, favorables à l’émergence de prédateurs dangereux.
- Case 09 En 1992, la commune de Mailly-le-Château fait sculpter une fontaine en pierre d’Andryes : un loup pleurant, condamné à remplir le bassin de ses larmes pour l’éternité. L’inscription en latin au pied condamne la bête enragée à expier à jamais. Ce monument révèle que la mémoire collective n’a pas oublié. Il sera inauguré exactement au moment où le loup, espèce protégée depuis 1993, commence à recoloniser la France.
- Case 10 La Bête de l’Auxerrois reste une affaire non résolue — et c’est là tout son intérêt. Loup atypique, chien retourné sauvage, hybride, animal exotique échappé ? Chaque hypothèse tient debout, aucune ne s’impose. Ce que l’on sait : 28 morts en trois ans, deux épisodes à 83 ans d’écart, des témoins qui refusaient tous de dire « c’était un loup ordinaire ». Le mystère vaut surtout pour ce qu’il révèle : la frontière entre l’humain et le sauvage n’a jamais été aussi mince qu’on le croit.
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
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