N° 243 · Géographie · Tome 3
Que faut-il savoir sur les nouvelles capitales ?
Sujet : Les nouvelles capitales
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les nouvelles capitales du XXIe siècle. Depuis l’an 2000, au moins cinq pays ont déplacé leur capitale ou sont en train de construire une ville administrative entièrement nouvelle. Ces projets titanesques mobilisent des dizaines de milliards d’euros et transforment radicalement la géographie politique mondiale. Pourquoi quitter une capitale historique ? Quels défis posent ces villes sorties de terre ? Le premier exemple majeur : Naypyidaw en Birmanie, déclarée capitale le 7 novembre 2005. Le transfert fut brutal : les fonctionnaires apprirent leur déménagement la veille et partirent de Rangoun à 6 h 37 précises, heure choisie par des astrologues. La raison officielle : centralité géographique. La réalité : le général Than Shwe, adepte d’astrologie, aurait voulu échapper à une prédiction funeste. Coût : 4 milliards de dollars pour une ville-fantôme aux autoroutes à dix voies quasi désertes.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
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Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les nouvelles capitales du XXIe siècle. Depuis l’an 2000, au moins cinq pays ont déplacé leur capitale ou sont en train de construire une ville administrative entièrement nouvelle. Ces projets titanesques mobilisent des dizaines de milliards d’euros et transforment radicalement la géographie politique mondiale. Pourquoi quitter une capitale historique ? Quels défis posent ces villes sorties de terre ?
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Le premier exemple majeur : Naypyidaw en Birmanie, déclarée capitale le 7 novembre 2005. Le transfert fut brutal : les fonctionnaires apprirent leur déménagement la veille et partirent de Rangoun à 6 h 37 précises, heure choisie par des astrologues. La raison officielle : centralité géographique. La réalité : le général Than Shwe, adepte d’astrologie, aurait voulu échapper à une prédiction funeste. Coût : 4 milliards de dollars pour une ville-fantôme aux autoroutes à dix voies quasi désertes.
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En 1997, le Kazakhstan déplace sa capitale d’Almaty vers Akmola, rebaptisée Astana. Motivations : Almaty est en zone sismique, excentrée, proche des frontières. Astana, au centre du pays, permet de mieux contrôler les régions nord russifiées et offre des espaces pour bâtir. En vingt-cinq ans, sa population a quadruplé, dépassant 1,3 million d’habitants. L’architecture futuriste signée Kurokawa et Foster symbolise modernité et puissance nationale.
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En août 2019, l’Indonésie annonce Nusantara, future capitale sur l’île de Bornéo, à 1 500 km de Jakarta. Jakarta s’enfonce de 25 cm par an dans certains quartiers, menacée par la mer. La mégapole de 31 millions d’habitants suffoque sous la pollution et les embouteillages. Nusantara promet une ville-forêt écologique, zéro émission, transports électriques. Budget prévu : entre 29 et 60 milliards d’euros.
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Inaugurée symboliquement le 17 août 2024, jour de l’indépendance indonésienne, Nusantara n’est toujours pas pleinement opérationnelle plus d’un an après. Le projet avance lentement, freiné par un financement incomplet, l’engagement limité des investisseurs privés et des critiques environnementales persistantes. Sous la présidence de Prabowo Subianto, la nouvelle capitale reste un objectif stratégique, mais son déploiement se fait désormais par étapes, sans calendrier définitif pour un transfert total.
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L’Égypte construit depuis 2016 sa nouvelle capitale administrative à 45 km à l’est du Caire. Le projet vise à désengorger Le Caire, ville la plus peuplée d’Afrique avec 22 millions d’habitants, paralysée par embouteillages, pollution et vétusté. La nouvelle ville s’étend sur 700 km², avec la tour Iconic (394 mètres, future plus haute d’Afrique), un palais présidentiel, 35 ministères. Coût estimé : 60 milliards d’euros.
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Fin 2024, environ 48 000 fonctionnaires travaillent déjà dans la nouvelle capitale égyptienne, desservie par un train électrique depuis Le Caire. Mais les critiques fusent : endettement colossal pour un pays dont la dette publique explose, projet démesuré privilégiant prestige sur besoins réels, accusations de ville réservée à l’élite. Certains y voient aussi un moyen d’éloigner le pouvoir des manifestations populaires du Caire.
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Le déplacement de capitale n’est pas nouveau. Brasília (1960), Abuja (1991), Canberra (1913) témoignent de cette tradition. Les motivations récurrentes : désengorger une métropole surpeuplée, rééquilibrer le territoire national, affirmer une souveraineté, créer un symbole de modernité. Mais le XXIe siècle accélère le phénomène avec des budgets et ambitions inédits. Ces villes posent question : développement ou démesure ?
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Ces capitales soulèvent des controverses majeures. D’abord, l’échec relatif de certaines : Naypyidaw reste déserte, les ambassades refusent d’y déménager. Ensuite, les inégalités : logements inabordables pour la population locale, villes accusées de servir uniquement l’élite. Enfin, l’impact écologique : déforestation massive, consommation énergétique colossale, artificialisation de milieux fragiles. Le prestige architectural masque souvent des réalités sociales complexes.
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Les nouvelles capitales du XXIe siècle illustrent tensions contemporaines : croissance urbaine incontrôlée, changements climatiques, ambitions géopolitiques, quête de modernité. Certains projets resteront inachevés, d’autres prospéreront. L’histoire jugera si ces villes titanesques furent visionnaires ou démesurées. Une certitude : elles redessinent la carte du pouvoir mondial. D’autres pays suivront-ils ? Le phénomène ne fait probablement que commencer.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les nouvelles capitales du XXIe siècle. Depuis l’an 2000, au moins cinq pays ont déplacé leur capitale ou sont en train de construire une ville administrative entièrement nouvelle. Ces projets titanesques mobilisent des dizaines de milliards d’euros et transforment radicalement la géographie politique mondiale. Pourquoi quitter une capitale historique ? Quels défis posent ces villes sorties de terre ?
- Case 02 Le premier exemple majeur : Naypyidaw en Birmanie, déclarée capitale le 7 novembre 2005. Le transfert fut brutal : les fonctionnaires apprirent leur déménagement la veille et partirent de Rangoun à 6 h 37 précises, heure choisie par des astrologues. La raison officielle : centralité géographique. La réalité : le général Than Shwe, adepte d’astrologie, aurait voulu échapper à une prédiction funeste. Coût : 4 milliards de dollars pour une ville-fantôme aux autoroutes à dix voies quasi désertes.
- Case 03 En 1997, le Kazakhstan déplace sa capitale d’Almaty vers Akmola, rebaptisée Astana. Motivations : Almaty est en zone sismique, excentrée, proche des frontières. Astana, au centre du pays, permet de mieux contrôler les régions nord russifiées et offre des espaces pour bâtir. En vingt-cinq ans, sa population a quadruplé, dépassant 1,3 million d’habitants. L’architecture futuriste signée Kurokawa et Foster symbolise modernité et puissance nationale.
- Case 04 En août 2019, l’Indonésie annonce Nusantara, future capitale sur l’île de Bornéo, à 1 500 km de Jakarta. Jakarta s’enfonce de 25 cm par an dans certains quartiers, menacée par la mer. La mégapole de 31 millions d’habitants suffoque sous la pollution et les embouteillages. Nusantara promet une ville-forêt écologique, zéro émission, transports électriques. Budget prévu : entre 29 et 60 milliards d’euros.
- Case 05 Inaugurée symboliquement le 17 août 2024, jour de l’indépendance indonésienne, Nusantara n’est toujours pas pleinement opérationnelle plus d’un an après. Le projet avance lentement, freiné par un financement incomplet, l’engagement limité des investisseurs privés et des critiques environnementales persistantes. Sous la présidence de Prabowo Subianto, la nouvelle capitale reste un objectif stratégique, mais son déploiement se fait désormais par étapes, sans calendrier définitif pour un transfert total.
- Case 06 L’Égypte construit depuis 2016 sa nouvelle capitale administrative à 45 km à l’est du Caire. Le projet vise à désengorger Le Caire, ville la plus peuplée d’Afrique avec 22 millions d’habitants, paralysée par embouteillages, pollution et vétusté. La nouvelle ville s’étend sur 700 km², avec la tour Iconic (394 mètres, future plus haute d’Afrique), un palais présidentiel, 35 ministères. Coût estimé : 60 milliards d’euros.
- Case 07 Fin 2024, environ 48 000 fonctionnaires travaillent déjà dans la nouvelle capitale égyptienne, desservie par un train électrique depuis Le Caire. Mais les critiques fusent : endettement colossal pour un pays dont la dette publique explose, projet démesuré privilégiant prestige sur besoins réels, accusations de ville réservée à l’élite. Certains y voient aussi un moyen d’éloigner le pouvoir des manifestations populaires du Caire.
- Case 08 Le déplacement de capitale n’est pas nouveau. Brasília (1960), Abuja (1991), Canberra (1913) témoignent de cette tradition. Les motivations récurrentes : désengorger une métropole surpeuplée, rééquilibrer le territoire national, affirmer une souveraineté, créer un symbole de modernité. Mais le XXIe siècle accélère le phénomène avec des budgets et ambitions inédits. Ces villes posent question : développement ou démesure ?
- Case 09 Ces capitales soulèvent des controverses majeures. D’abord, l’échec relatif de certaines : Naypyidaw reste déserte, les ambassades refusent d’y déménager. Ensuite, les inégalités : logements inabordables pour la population locale, villes accusées de servir uniquement l’élite. Enfin, l’impact écologique : déforestation massive, consommation énergétique colossale, artificialisation de milieux fragiles. Le prestige architectural masque souvent des réalités sociales complexes.
- Case 10 Les nouvelles capitales du XXIe siècle illustrent tensions contemporaines : croissance urbaine incontrôlée, changements climatiques, ambitions géopolitiques, quête de modernité. Certains projets resteront inachevés, d’autres prospéreront. L’histoire jugera si ces villes titanesques furent visionnaires ou démesurées. Une certitude : elles redessinent la carte du pouvoir mondial. D’autres pays suivront-ils ? Le phénomène ne fait probablement que commencer.
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
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