N° 243 · Géographie · Tome 3
Pourquoi certains pays construisent-ils une nouvelle capitale ?
Sujet : Les nouvelles capitales
Déplacer une capitale, c’est déplacer le centre de gravité d’un pays. Brasília, Abuja, Islamabad ou Astana sont sorties de terre pour mieux répartir la population, affirmer une nouvelle identité ou développer une région stratégique. Aujourd’hui, l’Égypte bâtit une capitale à l’est du Caire, tandis que l’Indonésie développe Nusantara au cœur de Bornéo. Ces projets spectaculaires promettent modernité et déconcentration, mais soulèvent aussi d’immenses défis financiers, sociaux et environnementaux.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les nouvelles capitales du XXIe siècle. Depuis l’an 2000, au moins cinq pays ont déplacé leur capitale ou sont en train de construire une ville administrative entièrement nouvelle. Ces projets titanesques mobilisent des dizaines de milliards d’euros et transforment radicalement la géographie politique mondiale. Pourquoi quitter une capitale historique ? Quels défis posent ces villes sorties de terre ?
Lire la transcription de la case 02
Le premier exemple majeur : Naypyidaw en Birmanie, déclarée capitale le 7 novembre 2005. Le transfert fut brutal : les fonctionnaires apprirent leur déménagement la veille et partirent de Rangoun à 6 h 37 précises, heure choisie par des astrologues. La raison officielle : centralité géographique. La réalité : le général Than Shwe, adepte d’astrologie, aurait voulu échapper à une prédiction funeste. Coût : 4 milliards de dollars pour une ville-fantôme aux autoroutes à dix voies quasi désertes.
Lire la transcription de la case 03
En 1997, le Kazakhstan déplace sa capitale d’Almaty vers Akmola, rebaptisée Astana. Motivations : Almaty est en zone sismique, excentrée, proche des frontières. Astana, au centre du pays, permet de mieux contrôler les régions nord russifiées et offre des espaces pour bâtir. En vingt-cinq ans, sa population a quadruplé, dépassant 1,3 million d’habitants. L’architecture futuriste signée Kurokawa et Foster symbolise modernité et puissance nationale.
Lire la transcription de la case 04
En août 2019, l’Indonésie annonce Nusantara, future capitale sur l’île de Bornéo, à 1 500 km de Jakarta. Jakarta s’enfonce de 25 cm par an dans certains quartiers, menacée par la mer. La mégapole de 31 millions d’habitants suffoque sous la pollution et les embouteillages. Nusantara promet une ville-forêt écologique, zéro émission, transports électriques. Budget prévu : entre 29 et 60 milliards d’euros.
Lire la transcription de la case 05
Inaugurée symboliquement le 17 août 2024, jour de l’indépendance indonésienne, Nusantara n’est toujours pas pleinement opérationnelle plus d’un an après. Le projet avance lentement, freiné par un financement incomplet, l’engagement limité des investisseurs privés et des critiques environnementales persistantes. Sous la présidence de Prabowo Subianto, la nouvelle capitale reste un objectif stratégique, mais son déploiement se fait désormais par étapes, sans calendrier définitif pour un transfert total.
Lire la transcription de la case 06
L’Égypte construit depuis 2016 sa nouvelle capitale administrative à 45 km à l’est du Caire. Le projet vise à désengorger Le Caire, ville la plus peuplée d’Afrique avec 22 millions d’habitants, paralysée par embouteillages, pollution et vétusté. La nouvelle ville s’étend sur 700 km², avec la tour Iconic (394 mètres, future plus haute d’Afrique), un palais présidentiel, 35 ministères. Coût estimé : 60 milliards d’euros.
Lire la transcription de la case 07
Fin 2024, environ 48 000 fonctionnaires travaillent déjà dans la nouvelle capitale égyptienne, desservie par un train électrique depuis Le Caire. Mais les critiques fusent : endettement colossal pour un pays dont la dette publique explose, projet démesuré privilégiant prestige sur besoins réels, accusations de ville réservée à l’élite. Certains y voient aussi un moyen d’éloigner le pouvoir des manifestations populaires du Caire.
Lire la transcription de la case 08
Le déplacement de capitale n’est pas nouveau. Brasília (1960), Abuja (1991), Canberra (1913) témoignent de cette tradition. Les motivations récurrentes : désengorger une métropole surpeuplée, rééquilibrer le territoire national, affirmer une souveraineté, créer un symbole de modernité. Mais le XXIe siècle accélère le phénomène avec des budgets et ambitions inédits. Ces villes posent question : développement ou démesure ?
Lire la transcription de la case 09
Ces capitales soulèvent des controverses majeures. D’abord, l’échec relatif de certaines : Naypyidaw reste déserte, les ambassades refusent d’y déménager. Ensuite, les inégalités : logements inabordables pour la population locale, villes accusées de servir uniquement l’élite. Enfin, l’impact écologique : déforestation massive, consommation énergétique colossale, artificialisation de milieux fragiles. Le prestige architectural masque souvent des réalités sociales complexes.
Lire la transcription de la case 10
Les nouvelles capitales du XXIe siècle illustrent tensions contemporaines : croissance urbaine incontrôlée, changements climatiques, ambitions géopolitiques, quête de modernité. Certains projets resteront inachevés, d’autres prospéreront. L’histoire jugera si ces villes titanesques furent visionnaires ou démesurées. Une certitude : elles redessinent la carte du pouvoir mondial. D’autres pays suivront-ils ? Le phénomène ne fait probablement que commencer.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les nouvelles capitales du XXIe siècle. Depuis l’an 2000, au moins cinq pays ont déplacé leur capitale ou sont en train de construire une ville administrative entièrement nouvelle. Ces projets titanesques mobilisent des dizaines de milliards d’euros et transforment radicalement la géographie politique mondiale. Pourquoi quitter une capitale historique ? Quels défis posent ces villes sorties de terre ?
- Case 02 Le premier exemple majeur : Naypyidaw en Birmanie, déclarée capitale le 7 novembre 2005. Le transfert fut brutal : les fonctionnaires apprirent leur déménagement la veille et partirent de Rangoun à 6 h 37 précises, heure choisie par des astrologues. La raison officielle : centralité géographique. La réalité : le général Than Shwe, adepte d’astrologie, aurait voulu échapper à une prédiction funeste. Coût : 4 milliards de dollars pour une ville-fantôme aux autoroutes à dix voies quasi désertes.
- Case 03 En 1997, le Kazakhstan déplace sa capitale d’Almaty vers Akmola, rebaptisée Astana. Motivations : Almaty est en zone sismique, excentrée, proche des frontières. Astana, au centre du pays, permet de mieux contrôler les régions nord russifiées et offre des espaces pour bâtir. En vingt-cinq ans, sa population a quadruplé, dépassant 1,3 million d’habitants. L’architecture futuriste signée Kurokawa et Foster symbolise modernité et puissance nationale.
- Case 04 En août 2019, l’Indonésie annonce Nusantara, future capitale sur l’île de Bornéo, à 1 500 km de Jakarta. Jakarta s’enfonce de 25 cm par an dans certains quartiers, menacée par la mer. La mégapole de 31 millions d’habitants suffoque sous la pollution et les embouteillages. Nusantara promet une ville-forêt écologique, zéro émission, transports électriques. Budget prévu : entre 29 et 60 milliards d’euros.
- Case 05 Inaugurée symboliquement le 17 août 2024, jour de l’indépendance indonésienne, Nusantara n’est toujours pas pleinement opérationnelle plus d’un an après. Le projet avance lentement, freiné par un financement incomplet, l’engagement limité des investisseurs privés et des critiques environnementales persistantes. Sous la présidence de Prabowo Subianto, la nouvelle capitale reste un objectif stratégique, mais son déploiement se fait désormais par étapes, sans calendrier définitif pour un transfert total.
- Case 06 L’Égypte construit depuis 2016 sa nouvelle capitale administrative à 45 km à l’est du Caire. Le projet vise à désengorger Le Caire, ville la plus peuplée d’Afrique avec 22 millions d’habitants, paralysée par embouteillages, pollution et vétusté. La nouvelle ville s’étend sur 700 km², avec la tour Iconic (394 mètres, future plus haute d’Afrique), un palais présidentiel, 35 ministères. Coût estimé : 60 milliards d’euros.
- Case 07 Fin 2024, environ 48 000 fonctionnaires travaillent déjà dans la nouvelle capitale égyptienne, desservie par un train électrique depuis Le Caire. Mais les critiques fusent : endettement colossal pour un pays dont la dette publique explose, projet démesuré privilégiant prestige sur besoins réels, accusations de ville réservée à l’élite. Certains y voient aussi un moyen d’éloigner le pouvoir des manifestations populaires du Caire.
- Case 08 Le déplacement de capitale n’est pas nouveau. Brasília (1960), Abuja (1991), Canberra (1913) témoignent de cette tradition. Les motivations récurrentes : désengorger une métropole surpeuplée, rééquilibrer le territoire national, affirmer une souveraineté, créer un symbole de modernité. Mais le XXIe siècle accélère le phénomène avec des budgets et ambitions inédits. Ces villes posent question : développement ou démesure ?
- Case 09 Ces capitales soulèvent des controverses majeures. D’abord, l’échec relatif de certaines : Naypyidaw reste déserte, les ambassades refusent d’y déménager. Ensuite, les inégalités : logements inabordables pour la population locale, villes accusées de servir uniquement l’élite. Enfin, l’impact écologique : déforestation massive, consommation énergétique colossale, artificialisation de milieux fragiles. Le prestige architectural masque souvent des réalités sociales complexes.
- Case 10 Les nouvelles capitales du XXIe siècle illustrent tensions contemporaines : croissance urbaine incontrôlée, changements climatiques, ambitions géopolitiques, quête de modernité. Certains projets resteront inachevés, d’autres prospéreront. L’histoire jugera si ces villes titanesques furent visionnaires ou démesurées. Une certitude : elles redessinent la carte du pouvoir mondial. D’autres pays suivront-ils ? Le phénomène ne fait probablement que commencer.
Ce qu’il faut retenir
- Certaines capitales sont créées presque entièrement ex nihilo, comme Brasília, Abuja ou Naypyidaw
- Leur implantation peut rééquilibrer le territoire ou éloigner le pouvoir d’une métropole congestionnée
- Plusieurs transferts répondent à des impératifs politiques, sécuritaires ou symboliques
- Une capitale officielle ne devient pas toujours immédiatement le principal centre économique et administratif
- Nusantara et la nouvelle capitale égyptienne comptent parmi les projets contemporains les plus ambitieux
- Ces chantiers peuvent entraîner endettement, déplacements de populations et atteintes aux écosystèmes
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- Encyclopaedia Britannica, National capital (nouvel onglet)
- UNESCO, Brasília (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Brasília (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Abuja (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Islamabad (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Astana (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Nay Pyi Taw (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Yamoussoukro (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Dodoma (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Belmopan (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Putrajaya (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, Ngerulmud (nouvel onglet)
- Autorité de la capitale Nusantara (nouvel onglet)
- Banque mondiale, Indonesia Sustainable Urbanization (nouvel onglet)
- Présidence égyptienne, New Administrative Capital (nouvel onglet)
- Administrative Capital for Urban Development (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica, capitales déplacées (nouvel onglet)
- Council on Tall Buildings and Urban Habitat, New Administrative Capital (nouvel onglet)
- ArchDaily, Planned Capitals (nouvel onglet)
- Atlas Obscura, Abandoned and Planned Cities (nouvel onglet)
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ISBN-13 : 979-8196766626
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