N° 246 · Figures historiques · Tome 3
Comment Galvarino, privé de ses deux mains par les Espagnols, est-il devenu une figure légendaire de la résistance mapuche ?
Sujet : Galvarino
En 1557, au cours de la guerre d’Arauco, le guerrier mapuche Galvarino fut capturé après la bataille de Lagunillas et amputé des deux mains sur ordre du gouverneur espagnol García Hurtado de Mendoza. Libéré afin que son supplice serve d’avertissement, il aurait au contraire appelé les siens à poursuivre le combat, avant de participer à la bataille de Millarapue où il fut de nouveau capturé puis exécuté. Des récits lui attribuent des lames fixées aux avant-bras, mais ce détail spectaculaire, devenu indissociable de sa légende, doit être considéré avec prudence en raison du caractère littéraire et colonial des sources qui nous sont parvenues.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Galvarino, un guerrier mapuche qui vécut au 16e siècle dans la région d’Araucanie, au sud du Chili actuel. Son histoire illustre la résistance farouche des peuples mapuches face à la colonisation espagnole lors de la Guerre d’Arauco. Galvarino allait devenir un symbole extraordinaire de courage et de détermination, malgré une mutilation terrible infligée par ses ennemis. Pour comprendre son histoire, il faut d’abord connaître le contexte de cette guerre qui dura près de trois siècles.
Lire la transcription de la case 02
En 1557, la Guerre d’Arauco oppose depuis déjà quatre ans les conquistadors espagnols au peuple mapuche. Les Mapuches, organisés en clans familiaux appelés « Lofs » dirigés par des chefs nommés « Lonkos », refusent de se soumettre aux envahisseurs. Le gouverneur espagnol, García Hurtado de Mendoza, nommé par le roi Philippe II, mène une campagne militaire brutale pour soumettre la région. Contrairement aux Incas vaincus rapidement, les Mapuches résistent avec une efficacité redoutable. Ils ont même tué Pedro de Valdivia, premier gouverneur royal du Chili, en 1553 lors de la bataille de Tucapel.
Lire la transcription de la case 03
Le 8 novembre 1557 se déroule la bataille de Lagunillas, près du fleuve Biobío. Les forces espagnoles, bien que moins nombreuses, disposent d’arquebuses, d’artillerie et de cavalerie : des avantages technologiques décisifs. Les Mapuches, armés principalement de lances, de massues et d’arcs, subissent une défaite. Trois cents guerriers sont tués et cent cinquante capturés, dont plusieurs chefs de guerre, parmi lesquels figure Galvarino. Le lendemain, ces prisonniers vont subir une punition destinée à terroriser tout le peuple mapuche et à briser leur volonté de résistance.
Lire la transcription de la case 04
García Hurtado de Mendoza ordonne un châtiment exemplaire : amputation de la main droite et du nez pour les guerriers ordinaires, amputation des deux mains pour les chefs comme Galvarino. L’objectif est clair : renvoyer ces hommes mutilés auprès de leur peuple comme avertissement vivant. Selon le témoignage du poète espagnol Alonso de Ercilla, présent sur place, Galvarino ne cille pas lors de l’amputation de sa première main. Plus extraordinaire encore : il tend immédiatement sa seconde main au bourreau. Une fois les deux mains tranchées, il présente sa tête au billot, demandant à être tué.
Lire la transcription de la case 05
Mais les Espagnols refusent de lui donner la mort. Ils le relâchent avec les autres prisonniers mutilés, espérant que ces hommes brisés transmettront un message de terreur. C’est leur erreur fatale. Galvarino retourne auprès de son peuple, non pas vaincu, mais animé d’une rage froide. Il se présente devant le chef de guerre Caupolicán et le conseil mapuche, brandissant ses moignons sanglants. Au lieu de les décourager, sa vue galvanise les guerriers. Loin de se résigner, Galvarino demande justice et appelle à intensifier la lutte contre les envahisseurs.
Lire la transcription de la case 06
Pour son courage exceptionnel, Galvarino est nommé commandant d’un escadron par le conseil de guerre. Mais comment combattre sans mains ? C’est là qu’intervient une solution aussi ingénieuse que terrifiante : des artisans mapuches fixent des lames tranchantes directement sur ses moignons à l’aide de lanières de cuir solides. Sans même attendre que ses blessures soient complètement cicatrisées, Galvarino transforme son handicap en arme. Il devient littéralement un guerrier aux lames à la place des mains.
Lire la transcription de la case 07
Le 30 novembre 1557, soit seulement vingt-deux jours après sa mutilation, Galvarino mène ses hommes à la bataille de Millarapue. Trois mille guerriers mapuches lancent une attaque-surprise sur le campement des mille cinq cents soldats espagnols de Mendoza. La stratégie mapuche est audacieuse : submerger l’ennemi avant qu’il ne puisse organiser sa défense, utiliser ses canons ou déployer sa redoutable cavalerie. Selon les chroniques, Galvarino combat en première ligne, exhortant ses camarades : « Voyez que vous vous battez bien, ne finissez pas comme moi sans mains, incapables de travailler ou de manger ! »
Lire la transcription de la case 08
L’assaut initial des Mapuches connaît un certain succès, mais la supériorité technologique espagnole finit par prévaloir. Les canons ouvrent des brèches sanglantes dans les rangs mapuches. La cavalerie espagnole, une fois déployée, charge avec une force dévastatrice. Les arquebuses crachent leurs projectiles de plomb avec précision. Malgré leur courage et leur nombre supérieur, les Mapuches ne peuvent rivaliser avec l’armement européen. Après des heures de combat acharné, du lever du Soleil jusqu’au crépuscule, les lignes mapuches se brisent et se replient vers les marécages.
Lire la transcription de la case 09
Le bilan est catastrophique pour les Mapuches : trois mille morts et huit cents prisonniers, dont Galvarino. Cette fois, il n’y aura pas de clémence. Lorsque certains Espagnols, impressionnés par son courage, lui proposent de rejoindre leur camp, Galvarino refuse avec mépris : « Je préfère mourir plutôt que de vivre comme vous. Je regrette seulement que la mort m’empêche de vous déchiqueter jusqu’au dernier. ». Les sources divergent sur sa mort : pendaison selon Alonso de Ercilla dans son poème épique « La Araucana », ou bien jeté aux chiens selon d’autres témoignages. Il meurt ce même jour, 30 novembre 1557.
Lire la transcription de la case 10
L’histoire de Galvarino transcende sa mort tragique. Il est devenu un symbole puissant de résistance pour le peuple mapuche, incarnant le refus de la soumission face à l’oppression. Fait remarquable : les Mapuches furent l’un des rares peuples indigènes d’Amérique à ne jamais être totalement conquis par les Européens. La Guerre d’Arauco dura près de trois cents ans, se terminant seulement au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, Galvarino reste une figure héroïque nationale au Chili : un astéroïde porte son nom, plusieurs navires de guerre chiliens également, et des monuments lui rendent hommage dans tout le pays.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Galvarino, un guerrier mapuche qui vécut au 16e siècle dans la région d’Araucanie, au sud du Chili actuel. Son histoire illustre la résistance farouche des peuples mapuches face à la colonisation espagnole lors de la Guerre d’Arauco. Galvarino allait devenir un symbole extraordinaire de courage et de détermination, malgré une mutilation terrible infligée par ses ennemis. Pour comprendre son histoire, il faut d’abord connaître le contexte de cette guerre qui dura près de trois siècles.
- Case 02 En 1557, la Guerre d’Arauco oppose depuis déjà quatre ans les conquistadors espagnols au peuple mapuche. Les Mapuches, organisés en clans familiaux appelés « Lofs » dirigés par des chefs nommés « Lonkos », refusent de se soumettre aux envahisseurs. Le gouverneur espagnol, García Hurtado de Mendoza, nommé par le roi Philippe II, mène une campagne militaire brutale pour soumettre la région. Contrairement aux Incas vaincus rapidement, les Mapuches résistent avec une efficacité redoutable. Ils ont même tué Pedro de Valdivia, premier gouverneur royal du Chili, en 1553 lors de la bataille de Tucapel.
- Case 03 Le 8 novembre 1557 se déroule la bataille de Lagunillas, près du fleuve Biobío. Les forces espagnoles, bien que moins nombreuses, disposent d’arquebuses, d’artillerie et de cavalerie : des avantages technologiques décisifs. Les Mapuches, armés principalement de lances, de massues et d’arcs, subissent une défaite. Trois cents guerriers sont tués et cent cinquante capturés, dont plusieurs chefs de guerre, parmi lesquels figure Galvarino. Le lendemain, ces prisonniers vont subir une punition destinée à terroriser tout le peuple mapuche et à briser leur volonté de résistance.
- Case 04 García Hurtado de Mendoza ordonne un châtiment exemplaire : amputation de la main droite et du nez pour les guerriers ordinaires, amputation des deux mains pour les chefs comme Galvarino. L’objectif est clair : renvoyer ces hommes mutilés auprès de leur peuple comme avertissement vivant. Selon le témoignage du poète espagnol Alonso de Ercilla, présent sur place, Galvarino ne cille pas lors de l’amputation de sa première main. Plus extraordinaire encore : il tend immédiatement sa seconde main au bourreau. Une fois les deux mains tranchées, il présente sa tête au billot, demandant à être tué.
- Case 05 Mais les Espagnols refusent de lui donner la mort. Ils le relâchent avec les autres prisonniers mutilés, espérant que ces hommes brisés transmettront un message de terreur. C’est leur erreur fatale. Galvarino retourne auprès de son peuple, non pas vaincu, mais animé d’une rage froide. Il se présente devant le chef de guerre Caupolicán et le conseil mapuche, brandissant ses moignons sanglants. Au lieu de les décourager, sa vue galvanise les guerriers. Loin de se résigner, Galvarino demande justice et appelle à intensifier la lutte contre les envahisseurs.
- Case 06 Pour son courage exceptionnel, Galvarino est nommé commandant d’un escadron par le conseil de guerre. Mais comment combattre sans mains ? C’est là qu’intervient une solution aussi ingénieuse que terrifiante : des artisans mapuches fixent des lames tranchantes directement sur ses moignons à l’aide de lanières de cuir solides. Sans même attendre que ses blessures soient complètement cicatrisées, Galvarino transforme son handicap en arme. Il devient littéralement un guerrier aux lames à la place des mains.
- Case 07 Le 30 novembre 1557, soit seulement vingt-deux jours après sa mutilation, Galvarino mène ses hommes à la bataille de Millarapue. Trois mille guerriers mapuches lancent une attaque-surprise sur le campement des mille cinq cents soldats espagnols de Mendoza. La stratégie mapuche est audacieuse : submerger l’ennemi avant qu’il ne puisse organiser sa défense, utiliser ses canons ou déployer sa redoutable cavalerie. Selon les chroniques, Galvarino combat en première ligne, exhortant ses camarades : « Voyez que vous vous battez bien, ne finissez pas comme moi sans mains, incapables de travailler ou de manger ! »
- Case 08 L’assaut initial des Mapuches connaît un certain succès, mais la supériorité technologique espagnole finit par prévaloir. Les canons ouvrent des brèches sanglantes dans les rangs mapuches. La cavalerie espagnole, une fois déployée, charge avec une force dévastatrice. Les arquebuses crachent leurs projectiles de plomb avec précision. Malgré leur courage et leur nombre supérieur, les Mapuches ne peuvent rivaliser avec l’armement européen. Après des heures de combat acharné, du lever du Soleil jusqu’au crépuscule, les lignes mapuches se brisent et se replient vers les marécages.
- Case 09 Le bilan est catastrophique pour les Mapuches : trois mille morts et huit cents prisonniers, dont Galvarino. Cette fois, il n’y aura pas de clémence. Lorsque certains Espagnols, impressionnés par son courage, lui proposent de rejoindre leur camp, Galvarino refuse avec mépris : « Je préfère mourir plutôt que de vivre comme vous. Je regrette seulement que la mort m’empêche de vous déchiqueter jusqu’au dernier. ». Les sources divergent sur sa mort : pendaison selon Alonso de Ercilla dans son poème épique « La Araucana », ou bien jeté aux chiens selon d’autres témoignages. Il meurt ce même jour, 30 novembre 1557.
- Case 10 L’histoire de Galvarino transcende sa mort tragique. Il est devenu un symbole puissant de résistance pour le peuple mapuche, incarnant le refus de la soumission face à l’oppression. Fait remarquable : les Mapuches furent l’un des rares peuples indigènes d’Amérique à ne jamais être totalement conquis par les Européens. La Guerre d’Arauco dura près de trois cents ans, se terminant seulement au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, Galvarino reste une figure héroïque nationale au Chili : un astéroïde porte son nom, plusieurs navires de guerre chiliens également, et des monuments lui rendent hommage dans tout le pays.
Ce qu’il faut retenir
- Galvarino était un guerrier mapuche du XVIe siècle
- Il combattit les forces espagnoles pendant la guerre d’Arauco, période de violents affrontements entre Espagnols et Mapuches
- Il fut capturé après la bataille de Lagunillas en 1557
- Les Espagnols lui amputèrent les deux mains avant de le relâcher
- Loin d’inciter les siens à capituler, il serait devenu un symbole de résistance
- Selon certains récits, il aurait fixé des lames à ses avant-bras pour reprendre le combat, mais la réalité précise de cet épisode reste difficile à établir
- Il fut capturé une seconde fois après la bataille de Millarapue
- Les sources divergent sur les circonstances exactes de son exécution
- Son histoire est notamment transmise par des chroniqueurs espagnols et par La Araucana, œuvre épique d’Alonso de Ercilla à laquelle une valeur historique est également attribuée
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
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ISBN-13 : 979-8196766626
Personnages, lieux et notions